DEUX CENT VINGT NEUVIEME JOUR : LE 15 JUIN 2018
































Blottis sous la couette car il fait 6 degrés sur la
rive de la "Baie des Chaleurs" , nous faisons du cocouning au point que
nous en oublions l'heure du lever : résultat à sept heures moins le
quart , c'est le branle-bas de combat . C'est d'autant plus la panique
qu'hier soir , pour la première fois depuis que nous roulons à quatre
,nous avons fixé l'heure du départ à 7h00 : en effet nous voulons finir
le tour de la Gaspésie , pour ensuite remonter plein nord vers l'Acadie
afin de visiter un village historique . Comme la visite dure en moyenne
4 à 5 heures , il ne faudrait pas que nous y arrivions trop tard . Avec
notre perpétuelle marche vers l'Est , nous avons aussi décalé d'une
heure hier , nous ne sommes plus qu'à 5 heures d'écart avec la France .
Encore une chose qui a contribué aussi à ce que nous soyons farcés ce
matin .Après le petit déjeuner pris sur le pouce , nous rejoignons Jean
Marc, parti en avant pour s'installer à proximité du bureau du camping
voisin, afin de bénéficier de la wifi encore une dernière fois . De
notre côté ,nous avons le dernier chapitre du blog à envoyer et aussi
nous devons écrire une fois de plus à Kim Marriott , notre transitaire,
pour lui demander si c'est vraiment réalisable de passer chez lui le 26
juin à 8h30 pour ensuite déposer notre camping car au port et enfin
foncer à l'aéroport , notre avion ne décollant que vers 22 h00 . Comme
les formalité portuaires peuvent durer trois ou quatre heures selon
notre expérience personnelle , ça risque d'être chaud ! Et puis il faut
compter avec la circulation , Halifax étant une grande ville , et il y a
son port qui a la réputation d'être immense . Il faudra compter aussi
sur la bonne volonté des chauffeurs de taxi qui nous conduirons du port
à l'aéroport , chargés comme des baudets !
Malgré notre démarrage raté de ce matin , nous
parvenons à décoller vers 7h40 . Bien que ce soit grand beau , les
arrêts photos se font rares sur le bout sud de la côte de Gaspésie , les
paysages étant moins jolis aujourd'hui que les jours précédents . Il n'y
a presque plus de village , ici c'est plutôt la forêt qui vient mourir
le rivage , en haut des falaises . Arrivés au bout de la fameuse "Baie
des Chaleurs" nous traversons un immense pont métallique qui enjambe une
large rivière , marquant notre entrée en Nouveau Brunswick . Après
quelques difficultés d'ordre technique , en fait il s'agit d'un
différent entre notre GPS et nous, nous retrouvons la N134 qui nous mène
ensuite à l'autoroute 11 . Décidés à tailler la route , nous négligeons
un moment la petite route de la côte pour traverser droit à travers la
forêt . Après quatre jours passés à sauter de criques en criques , la
situation devient vite ennuyeuse et nous finissons par reprendre un
chemin côtier . Ici les maisons sont plus petites et beaucoup moins
luxueuses : toujours en planches , peintes de couleurs vives , elles
sont souvent dépourvues de balcons et de terrasses couvertes comme leurs
homologues gaspéciennes . L'habitat parait beaucoup plus dispersé ,
laissant de larges espaces de lande entre les hameaux . Même les ports
paraissent minuscules .Arrivés à l'Anse Bleue , nous quittons la grand
route pour aller voir notre premier village acadien : ici tout est
bleu-blanc-rouge : les clôtures , la façade des maisons , les salons de
jardins , ...un sacré pied de nez à l'envahisseur britannique ! Partout
des drapeaux tricolores , avec en plus l'étoile jaune de la Vierge ,
flottent au dessus des toits . En avançant vers le port , nous sommes
surpris de voir des tas de véhicules converger vers l'unique quai où de
petits bateaux de pêches s'amarrent pour décharger aussitôt leur
précieux butin . Ce sont bien les petits chalutiers que nous avons pris
en photo depuis le haut des falaises un peu avant sur le bord de la route .
Après avoir rejoint la grand route , il ne nous
reste qu'une dizaine de bornes à parcourir pour tomber sur le fameux
village historique acadien que nous devons visiter . Sur le parking
nous retrouvons Jean Marc et Monique qui viennent d'arriver . Pour une
visite de quatre ou cinq heures le prix d'entrée à 19 dollars pour deux
parait bien modique . Dans un vaste espace, couvert de forêts , un
chemin pédestre permet de découvrir des habitations authentiques ayant
appartenu à d'anciens colons acadiens , déplacées jusqu'ici et
rassemblées sous forme d'un village . Dans la première , la plus
ancienne datant de de la fin du XVIII ème siècle , un vieillard en habit
d'époque nous reçoit devant sa cheminée où crépite une belle flambée :
il est entrain de préparer son repas dans une marmite accrochée à une
crémaillère bien particulière ; pivotante , celle-ci est faite en bois
trempé dans l'eau salée pour éviter de brûler . Il nous explique qu'à
l'époque la ferraille était rare . Il nous montre également quelques
outils , notamment un sorte d'étau qui permettait de maintenir des
morceaux de bois pour pouvoir les tailler plus facilement . Nous
découvrons également des lampes à huile , appelées "becs de corbeaux" à
cause de leur couleur noire et de leur forme pointue , que l'on
remplissait de graisse animale dans laquelle on mettait une mèche de
tissus . La maison était faite de rondins légèrement équarris empilés
les uns sur les autres avec des joints bourrés d'argile ou de chaux .
Par terre c'était de la "terre battue" : comme cela communiquait le
froid au niveau des pieds , les Acadiens portaient des sabots de bois
dans la maisons et des mocassins en peau pour marcher à l'extérieur :
ce sont les indiens Micmac de la régionqui leur ont appris à les
fabriquer .
Nous avançons dans une seconde maison ayant appartenu à
une famille avec sept enfants, vers 1800 . Tout le monde vivait dans la
même pièce : ici l'occupante mange son repas avec une voisine , qu'elle
a préparé préalablement dans la cheminée : de la morue salée et des
pommes de terre car nous sommes vendredi . Elle nous invite à visité les
dépendances . Il y a deux poulaillers faits avec des branches , un avec
des poules et un autre avec des pintades , une porcherie avec un gros
cochon , un hangar rempli de bûches et un petit champs de pommes de
terre , le tout dans un enclos fait de troncs de jeunes arbres .
Dans la troisième maison ,nous tombons sur un vieux
couple avec un jeune homme d'une trentaine d'année , assis autour de la
grande table pour prendre leur repas : du hareng , des pommes de terre
et la mère a prévu un dessert : une tarte à la rhubarbe qu'elle a fait
cuir dans la cheminée , dans un fait-tout en fonte en mettant de la
braise sur le couvercle pour faire cuire le dessus comme dans un four .
C'est astucieux . Il parait que le papy de la première maison est invité
pour le dessert . Quant au jeune homme , il doit ensuite aller
travailler dans les champs cette après midi . On a beau savoir qu'il
s'agit d'acteurs , ceux-ci jouent parfaitement leur rôle , avec beaucoup
de coeur et d'authenticité . La préparation des repas , la culture des
légumes et l'élevage des animaux est réel .
En s'avançant encore un peu vers le centre du
village , nous attaquons la visite d'une quatrième maison où vivait une
famille de 10 personnes , les parents , sept enfants et leur tante ,
vieille fille, qui servait de bonne . La maitresse de maison est entrain
de filer de la laine de mouton avec un rouet actionné par une pédale .
C'est remarquable de voir avec quelle dextérité elle raccorde le fil
lorsqu'elle passe d'une touffe de poil à l'autre . Nous apprenons
qu'avec une toison complète de mouton on peut habiller quelqu'un de la
tête au pied . Dans un coin de la pièce unique elle nous montre son
métier à tisser . Dehors , nous voyons la servante qui garde les mouton
et qui s'occupe des autres bêtes de la ferme . Dans la cour , une série
de cuve en bois cerclé servent à la teinture de la laine , d'autre au
lavage des toisons avant de les laisser sécher au soleil .
Autour de la maison suivante nous voyons des clayettes
où sèchent des poissons ouverts en deux : dans le hangar nous découvrons
des outils servant à tresser des cordes de différents calibres ,
permettant la fabrication de filets . Les Acadiens étaient presque tous
pêcheurs .
Encore un peu plus loin , nous sommes accueillis dans
une maison qui appartenait également à une famille de 13 personnes . Ici
, on commence à voir deux chambres séparées , un fourneau en fonte à la
place de la cheminée : nous sommes au milieu du XIX ème siècle . Notre
hôtesse nous montre comment elle travaille le lin : elle commence par
écraser les tiges par poignées dans une espèce de grosse pince montée
sur un tréteau ,afin d'en extraire les fibres qu'elle peigne ensuite
plusieurs fois pour obtenir quelque chose de soyeux . Ensuite à l'aide
d'un rouet elle file les fibres ainsi obtenu . Elle nous montre
également son métier à tisser installé au fond de la pièce . Les maisons
commencent à être plus grandes et surtout mieux éclairées par plus de
fenêtres mais on dort toujours en bas autour du poêle .Le haut est
réservé au stockage du grain et du foin.
Nous voyons aussi le tonnelier , la maitresse d'école ,
l'église , le moulin actionné par l'eau de la rivière , le cordonnier ,
le magasin général , la taverne et également une sorte de menuisier qui
prépare des bardeaux : ce sont de petites planchettes de bois obtenus
par éclatement de bûches et terminées à la plane pour les uniformiser .
Ces bardeaux servaient à couvrir les toitures , comme des tuiles et
aussi les pignons exposés à la pluie . Ils pouvaient résister aux
intempéries pendant un siècle . Nous rendons visite également au
maréchal ferrant qui est entrain de fabriquer des clous . Nous nous
arrêtons en cours de journée pour casser la croute dans une auberge où
nous goûtons la morue cuisinée avec de la poitrine de porc fumée et
servie avec de la confiture de tomates vertes : c'est excellent . Nous
terminons avec une tarte aux bleuets(myrtilles) et des "pets de soeurs"
qui ressemblent à nos "nonnettes" . Nous goûtons également leur bière
,légèrement ambrée , que nous trouvons très bonne puisqu'il nous en faut
deux pour étancher notre soif !
Nous terminons la visite par le "Château Albert" , un
hôtel construit en 1907 qui a connu plusieurs faillites et un incendie ,
la gare et enfin la station service datant de 1930 avec une collection
de vieilles Ford . Après un tel voyage dans l'histoire , ça nous fait
tout drôle de retrouver le XXI ème siècle et notre camping car . Comme
il est déjà 17h30 , nous cherchons un camping au bord de mer pour
pouvoir y faire la lessive , le linge sale s'accumulant sérieusement
depuis quelques temps. Et puis il devient urgent de faire le plein d'eau
et de prendre une bonne douche dans une vraie salle de bain . Nous
trouvons notre bonheur juste à l'entrée de Caraquet où nous assistons à
un magnifique coucher de soleil au cours de l'incontournable briefing du
soir .
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