DEUX CENT TRENTE DEUXIEME JOUR : LE 18 JUIN 2018































On ne peut pas se lever un jour comme
aujourd'hui sans entendre à ses oreilles la voix grave et déterminée du
Grand Charles :" Ici Londres , un Français parle ... " Après avoir été
bercés une partie de la nuit par le bruit du ressac et une autre par le
clapotis de la pluie sur le toit de la chambre ,nous émergeons
tranquillement vers 6h00 , juste pour mettre en route le chauffage et
replonger sous la couette une petite demi heure , le temps que le
camping car se réchauffe . Il ne fait vraiment pas chaud sur l'île de
Cap Breton ! Les Ecossais venus peupler ce coin du Canada il y a bientôt
trois siècles ne devaient vraiment pas être dépaysés . Ce matin le
ciel est gris et charrie de gros nuages : un vent glacé nous fouette
le visage dès qu'il faut sortir et le thermomètre extérieur plafonne à 8
degrés . Lorsque je reviens d'avoir été porter les poubelles , de
l'autre côté du petit port , je suis transi : j'ai alors une petite
pensée pour les pêcheurs que nous avons entendu partir en mer, au petit
matin , lorsque nous étions bien au chaud sous la couette . Un sacré
métier ! De retour au camping car je m'occupe des vidanges puis nous
organisons un mini briefing de dernière minute car hier nous n'avons
pas fixé de point GPS de rencontre pour ce soir, ni fait le bilan de ce
qui est à voir le long de la côte aujourd'hui . Pour finir nous nous
contentons d'un rendez vous de milieu de journée à Chéticamp où nous
devons visiter un musée de la tapisserie . Comme l'étape n'est pas très
longue ,nous le prenons cool jusqu'à l'heure du départ vers 8h30 .
Dès que nous quittons notre joli petit port , nous
prenons à gauche vers le nord . La route suit scrupuleusement la côte
pendant les premiers kilomètres , offrant de magnifiques panoramas sur
la gauche , que nous admirons malgré le manque de lumière : une
succession de petites criques , des caps audacieux qui s'avancent
effrontément vers le larges , des rochers qui déchirent les flots , sur
lesquels la houle vient se fracasser , les auréolant d'écume blanche
qui tranche avec le bleu sombre de l'océan .Nous piquons ensuite vers
l'intérieur du pays pour découvrir des forêts ,offrant une multitude de
nuances de vert, car ici la plupart des feuillus sont encore en
bourgeons ou tout juste dotés de feuillages juvéniles. La nature est en
retard par rapport aux autres régions du Canada que nous avons
traversées . Comme nous nous ennuyons déjà de l'océan , nous décidons
de prendre une petite route à gauche qui mène au port de Mabou , coincé
au fin fond d'une impasse de sept bornes . Nous longeons par moment un
long fjord , sinueux à souhait ,qui s'enfonce profondément dans les
terres . De jolies maisons de bois ,très colorées, se cachent dans la
végétation ,sur la rive d'en face . Des voiliers au mouillage , se
balancent nonchalamment devant ces superbes propriétés . Il faut au
final emprunter une piste qui descend de façon abrupte jusqu'à un petit
phare construit en bois, pour trouver enfin le petit port de Mabou :
nous ne sommes vraiment récompensés de nos efforts car il est beaucoup
moins joli que celui qui nous a offert l'hospitalité la nuit dernière .
Une fois que nous retrouvons la grand route, nous
nous mettons en quête de Glenville, où nous nous arrêtons pour visiter
la distillerie de whisky Glenora . Malheureusement nous y sommes
accueillis à "coup de fusils" par la taulière , très british , qui en
nous dévisageant de la tête au pieds nous déclare : " I do'nt speak
Frensh !" autrement dit "casses-toi , le loqueteux !" Il faut dire
qu'avec des bouteilles à 750 dollars nous ne nous sentons pas vraiment
chez nous et nous plions bagage sans lui laisser le temps d'en dire
d'avantage . "Salut la vioc ...!" Nous reprenons notre route vers le
nord en multipliant les arrêts photos pour immortaliser ici, une crique
,là ,une falaise , plus loin, un long banc de sable qui délimite un
chapelet de lagunes . Nous avons affaire à une côte variée . Je tire
également le portrait de petits bateaux de pêche aux prises avec la
mauvaise humeur de l'océan ; ils balancent comme des bouchons dans la
forte houle que le vent a soulevé depuis ce matin . Suite à tous ces
arrêts , il est déjà 11h00 lorsque nous atteignons Chéticamp , un
village acadien qui sort comme une verrue au milieu du visage de la
Nouvelle Ecosse . Après avoir longé son grand port, envahi de nombreux
chalutiers peints de couleurs vives , nous tombons sur l'office du
tourisme où nous découvrons une exposition de tapisseries : en fait il
s'agit de simples canevas , aux motifs souvent très naïfs , mais pas de
tissage réel fabriqué sur un métier . Ici on travaille au crochet .Comme
nous n'avons pas retrouvé les Bories au point GPS fixé ce matin , nous
demandons aux employées si elles n'ont pas vu des Français avec un fort
accent du sud ouest .Etant donné elles nous répondent par la négative ,
nous décidons d'avancer vers l'entrée du Parc National , distante de 5
kilomètres . Là aussi , nouvel échec . Nous décidons d'avancer encore
jusqu'à la guérite de péage du parc : même résultat et bien sûr, pas de
réseau téléphonique ! Aie ...aie ...aie ...! Ca s'annonce mal ! Pour
finir en revenant sur nos pas, nous tombons sur Jean Marc et Monique
occupés à chercher le fameux musée de la tapisserie . Comme nous leur
livrons nos appréciations sur cet artisanat local , ils préfèrent
revenir sur l'office du tourisme où l'on peut en voir un échantillon
sans payer l'entrée du musée qui n'est pas donnée . Pendant que je
profite de la wifi pour envoyer les deux derniers chapitres du blog ,
Jean Marc parvient à joindre Roger et Claire qui finissent juste la
visite de l'Alaska avant d' attaquer celle du Canada . Ca fait plaisir
de les entendre de vive voix car jusque là nous n'avions de leurs
nouvelles que par leur blog . De leur côté Monique et Dominique
discutent de la pêche avec la taulière de l'agence : elles apprennent
que la pêche au homard est limitée à trois mois et qu'elle se termine
ces jours-ci . Ensuite c'est celle des King Crabe ou Snow Crabe ,
limitée à un mois mais très lucrative . Ensuite le personnel pointe au
chômage pendant les huit mois qui restent . Quant au propriétaire du
bateau , il arrive à vivre toute l'année avec les bénéfices de sa saison
de pêche tout en couvrant ses frais .
Comme il est déjà plus de 13h00 nous décidons d'aller
casser la croute sur le parking du Visitor Center du parc avant de
continuer notre ascension plein nord . La route se met aussitôt à
grimper à flanc de coteau offrant des a-pics redoutables et des vues
magnifiques sur des falaises de granit rose . Nous multiplions les
arrêts photos bien que nous soyons cueillis par de violentes rafales dès
que nous sortons du camping car . Là bas en bas , sous nos pieds la
houle gronde en se fracassant sur les nombreux récifs , puis se retire
, pour recommencer un nouvel assaut, inondant le rivage d'écume à
chaque va et vient . C'est superbe tout ce rose souligné de blanc , qui
tranchent avec le vert de la forêt toujours présente en arrière plan .
Puis arrivés à Pleasant Bay ,nous obliquons vers l'Est pour traverser
le Cap Breton de part en part, à travers une superbe forêt d'épinettes,
vierge de toute habitation sur 20 ou 30 bornes, pour atteindre le Cap
Nord . Là, nous redescendons vers le sud, en suivant la côte Est du Cap
Breton, jusqu'à Ingonish , où nous trouvons un beau petit squatte prés
de la plage après avoir essayé le petit port de pêche , trop exposé au
vent selon nous . Ici nous trouvons du muguet sauvage , tout juste
fleuri et très odorant : la nature a donc deux mois de retard par
rapport à chez nous alors qu'ici nous sommes sur le 45 ème parallèle ,
comme à Bordeaux .
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