DEUX CENT TREIZIEME JOUR : LE 30 MAI 2018





























                    Toc...toc...toc...!" Qu'est-ce-qui se passe
,Dominique ?Je ne sais pas, Pierre ...! Zut , il est déjà 7h00 , nous
sommes farcés ! C'est Jean Marc qui vient de taper à la porte !"Je n'en
reviens pas , ça fait prés de neuf heures que nous dormons sans la
moindre interruption ; il faut dire que nous sommes en pleine forêt et
qu'il n'y a pas eu un bruit de la nuit . Cette traversée d'Ouest en  Est
du Canada est vraiment éprouvante , nous sommes vraiment fatigués pour
en arriver là ! Une fois habillé , je vais aussitôt aux nouvelles chez
nos voisins . Dans un premier temps ils se sont contentés d'être surpris
que rien n'était encore ouvert chez nous puis Jean Marc en allant faire
un tour à la petite cascade, a constaté qu'il n'y avait aucun bruit
venant de notre camping car , alors il s'est décidé à frapper à la
porter . Pendant que Dominique prend possession de la salle de bain je
prépare le petit déjeuner , enchainant gestes désordonnés sur bêtises .
Ce n'est pas facile d'avoir un bon rendement lorsqu'on est réveillé en
sursaut . Je crois que c'est la troisième fois que cela se produit en
sept mois , ce n'est pas dramatique d'autant qu'aujourd'hui nous avons
prévu une étape de 500 bornes mais sans extra à côté ; avec un
rendez-vous fixé à 17h30 , ce n'est pas le bagne ! Monique et Jean Marc
décident   de nous laisser nous préparer tranquillement en partant en
avant . Pour finir , nous les retrouvons stationnés à la première
station service , juste à la sortie du parc pour bénéficier de la wifi,
certainement . De notre côté , dès que nous quittons notre petit coin de
nature, c'est pour multiplier les arrêts photos pendant la traversée de
Sleeping Giant Provincial Park : d'abord de la forêt elle même ,qui
associe une multitude de nuances de vert, car ici la nature est très en
retard . Nous avons aussi constaté qu'il fait beaucoup plus frais prés
du Lac Supérieur . De nombreux arbres sont encore en bourgeons ,
d'autres arborent un feuillage juvénile vert tendre qui tranche avec la
couleur sombre des sapins . Ensuite nous arrêtons au bord d'un marigot
aux eaux tourbeuses , noirâtres à souhait , où de nombreux troncs , à
moitié couchés sont en voie de décomposition . Sur les berges de grands
sapins jouent les "Narcisses" en se mirant dans le parfait miroir de
l'eau sombre . Enfin nous stoppons également près de Pass Lake pour
tirer quelques clichés de ses rives, peuplés de jolis chalets en bois ,
peints de couleurs vives et nichés à la lisière de la forêt .

                Une fois sortis de notre sauvagerie , nous reprenons
notre course vers l'Est en prenant la N17 à droite . Nous longeons le
Lac Supérieur , mais bien souvent il faut se contenter de le deviner
derrière un épais rideau d'arbres . Et puis le ciel grisâtre ne nous
pousse pas à faire des efforts  ! Au bout d'une soixantaine de bornes,
nous arrêtons dans une station service pour faire le plein de gasoil car
dans le secteur il faut être prudent , les espaces entre deux pompes
pouvant dépasser les cent kilomètres . Tout doucement les nuages
disparaissent pour laisser place à un beau soleil : malgré tout, le
thermomètre ne décolle pas des 13 degrés de ce matin . La N17 y met
également du sien, en flirtant d'avantage avec la côte rocheuse , pour
nous faire apprécier le plus grand lac de la planète . L'année dernière
on nous avait dit la même chose en parlant du Baïkal ! C'est très
agréable de dominer la rive très découpée qui tombe souvent à-pic dans
les eaux bleues foncées du lac . De petits îlots rocheux , couverts de
forêt de sapins forment un chapelet au fond des profonds golfes qui
s'offrent à nous . Vers 9h30 nous décidons de prendre une petite route à
droite pour aller voir les rives de plus prés, du côté de Rossport .
Nous profitons d'une petit aire de pique nique aménagée spécialement
pour les kayakistes qui font des ballades de plusieurs jours sur le lac
. Nous apprenons sur un panneau que c'est ici que les eaux sont les plus
froides parmi les Grands Lacs Américains et que la profondeur maximum
atteint 400 mètres . Le volume du Lac Supérieur  représente un dixième
des réserves d'eau douce de la planète , soit 3 quadrillons de gallons :
cela permettrait de recouvrir l'Amérique du Nord et du Sud sur une
épaisseur de 1 pied (30 cm) ! Ca laisse rêveur ! En attendant, nous
profitons des tables de l'aire pour déguster notre café au milieu d'un
tapis de fleurs jaunes , face au lac .

                C'est à regret, après une telle escale, que nous
reprenons la N17 . Nous ne tardons pas à emprunter un interminable pont
qui enjambe une large rivière aux eaux boueuses . Parvenus sur l'autre
rive , nous arrêtons pour tirer quelques clichés des eaux chamois de la
rivière côtoyant les eaux bleues du lac sans se mélanger . En grimpant
sur des rochers pour bénéficier d'un meilleur point de vue , je tombe
sur un superbe pare-terre de muguet sauvage que je m'empresse de
cueillir pour le rapporter à Dominique : il a un mois de retard par
rapport à chez nous puisque nous sommes le 30 mai aujourd'hui . Nous
continuons à bénéficier d'une route en corniche offrant de magnifiques
panoramas sur le lac et les petites criques bordées de forêt de sapins
jusqu'à Héron Bay où nous arrêtons vers 12h30 pour casser la croute en
pleine nature . Juste avant de nous installer nous tombons sur un élan
mâle de grande taille qui tente de traverser la route devant nous , puis
change d'avis brutalement et repart en sens inverse dans les bois . Il
avait l'air d'être beaucoup plus foncé que ceux que nous avons vu jusque
là .

                    Comme d'habitude après le repas ,Dominique prend
le volant pendant que je commence à rédiger le blog tout en gardant un
oeil sur le Lac Supérieur que nous continuons à suivre de prés
.Malheureusement la lumière commence à devenir blafarde , gênant la
prise des photos . Arrivés à l'entrée de Lake Superior Provincial Park ,
nous nous arrêtons au bureau des rangers pour savoir où se trouve la
prochaine pompe : la fille du Visitor Center me dit en rigolant que la
prochaine station est à Sault Saint Sauveur ,distante de 189 km ! Voyant
mon air contrarié , elle ajoute que le mieux est de repartir sur Wawa à
36 km vers le nord , en riant de plus bel !! Pour un peu , je la
bafferais cette insolente ! Résultat nous nous tapons 72 bornes de plus
, ce qui fait que nous arrivons au point de rendez-vous fixé par Monique
et Jean Marc ,avec un bon quart d'heure de retard ,je n'aime pas çà .
Heureusement que le coin est magnifique, avec une superbe plage de sable
fin , juste à côté de l'aire de pique nique , le panard . Cinq minutes
plus tard  , je suis en maillot de bain , histoire de faire un
comparatif avec le Baïkal , son concurrent direct : pour ce qui est de
la fraicheur de l'eau je crois que l'on peut les déclarer exaequo . Jean
Marc , d'abord septique , finit par me rejoindre pendant que ces dames
se contentent d'un bain de pied . Puis nous nous retrouvons sur la plage
pour un apéro-briefing face au lac . Encore un dur moment de la vie de
retraité !




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