CENT QUATRE VINGT DIX NEUVIEME JOUR : LE 16 MAI 2018























                    Il a plu toute la nuit sur le parking de John Day
Fossiles ,  il faut dire que nous avions même eu quelques éclairs et
quelques coups de tonnerre en soirée hier , en avant première ! On
dirait que nos voisins n'ont pas intégré l'heure d'Orégon car dès 5h00
nous entendons un barouf pas possible à droite comme à gauche . Fatigués
par les 500 bornes d'hier et surtout par  les six mille kilomètres
parcourus aux USA depuis 2 semaines , nous replongeons sous la couette
jusque 5h45 . Aujourd'hui encore, nous avons à peu prés la même ration
de bornes au menu  , pour rejoindre Newport sur la côte pacifique .
D'après un portoricain rencontré hier , il ne faut pas s'attendre à se
baigner , il y fait froid . Après un mini briefing  de dernière minute
,sur le pouce, histoire de bien refixer l'endroit et l'heure de notre
rendez-vous de fin d'après midi , nous levons le camp , bien contents de
ne pas avoir été délogés cette nuit par les rangers , sur ce parking
interdit au camping en principe !

                Après avoir vérifié que Jean Marc a bien réussi à
démarrer , notre premier soucis est de trouver du carburant étant donné
qu'il n'y a pas de pompe avant 100 bornes . Nous décidons donc de
retourner sur nos pas, vers Dayville distante de 10 kilomètres .
Malheureusement la pompe est fermée lorsque nous arrivons sur site . Du
coup ,nous prenons  le risque de commencer l'étape , mais au bout de
cinq ou six bornes , un violent doute nous fait jouer la carte de la
sagesse et nous faisons demi-tour . Revenus en ville , nous attendons 
sagement l'heure d'ouverture devant la pompe . La taulière , arrivée
avec dix minutes de retard sur l'horaire indiqué, commence par me dire
que ce n'est pas possible de me faire le plein ! Et la voilà partie dans
de grandes explications pendant que  je commence à me décomposer :
voyant ma pâleur s'installer brutalement  ,elle ajoute aussitôt "in cash
is possible , if you can !" Et voilà qu'elle m'explique que son lecteur
de carte bancaire est en rideau ....que c'est peut être consécutif à
l'orage d'hier soir ....qu'elle est franchement désolée de cette
déconvenue ! Pendant ce temps ,de mon côté je m'efforce d'inspirer à
fond trois ou quatre fois pour évacuer la dose de stress qu'elle m'a
collé sans le savoir ! Résultat ,après m'avoir servi gentiment ,pour me
montrer sa bonne fois , elle arrondit la note au dollar inférieur .

                C'est sous la pluie battante , que nous quittons enfin
Dayville , avec  prés de trois quart d'heure de retard , en direction de
Mitchell . Au bout d'une dizaine de bornes , nous prenons à gauche pour
nous enfoncer dans un étroit canyon bordé de falaises, faites" d'orgues
basaltiques" aux tuyaux octogonaux .Dommage qu'avec la sombre lumière de
ce matin ,le brun de la roche volcanique ne soit pas mis en honneur à sa
juste valeur . Heureusement que les larges méandres d'un petit torrent,
forment une succession de miroirs ,renvoyant vers nous le peu de lumière
qui pénètre au fond de ces gorges . Dès que nous commençons à prendre de
l'altitude ,nous nous retrouvons dans d'importantes nappes de brouillard
qui m'obligent à allumer les phares.Nous nous apercevons tout juste que
nous franchissons le petit col de Keyes Creek Summit qui atteint 1330 
mètres d'altitude .  Un peu après Mitchell ,nous tombons sur la petite
route à droite qui mène à Painted Hills où nous croisons Roger , puis
Jean Marc qui viennent d'en finir la visite .Il s'agit d'un parc
gratuit, où l'on circule librement avec son véhicule, pour découvrir des
monts zébrés de larges rayures de couleurs vives , surtout du rouge , du
jaune et du noir : d'après les panneaux explicatifs , les pigments
rouges se développent avec la chaleur et les strates  de cette couleur
sont souvent dans le bas des collines ; le jaune dont la prolifération
est lié à la sécheresse se retrouve d'avantage sur les sommets . Le noir
est occasionné par la multiplication de lichens , juste après les
épisodes de pluies , peu fréquents mais très abondants . Un belvédère
permet d'avoir une vue d'ensemble et quelques sentiers balisés
permettent d'approcher ces curieuses structures qui paraissent très
friables . Malgré la pluie battante et la boue qui colle aux pieds nous
trainons là une bonne heure , admirant ces magnifiques phénomènes
géologiques que nous avions déjà eu l'occasion de voir en Chine à Daxia
et aussi en Argentine . Dommage que l'absence de lumière gâche beaucoup
les plaisirs du photographe .

                Dès que nous récupérons la grand route? c'est pour
franchir un nouveau petit col  ,le Ochoco Pass qui culmine à un peu plus
de 1440 mètres d'altitude . Nous plongeons ensuite sur Prineville ,
puis  nous gagnons Sisters qui ressemble aux villes du far-west, avec
sa  rue principale bordée de saloons et  de commerces avec leur façade
en planches peintes, avec leur trottoir en bois et leurs balustrades .
Dès la sortie de la ville nous nous mettons à traverser d'interminables
forêts de pins d'Orégon  , bien sûr , reconnaissables par leur taille
immense et leur écorce rouge . Nous sommes arrêtés par deux fois à cause
de travaux : en fait il s'agit de chantiers d'abattage où des bûcherons
, armés de tronçonneuses géantes , s'attaquent aux arbres menaçant la
route . Un peu plus loin , c'est la fumée d'un incendie que nous
traversons au galop devant plusieurs gros camions de pompiers jaune fluo
. Nous arrêtons vers 12h30 en plein massif de MacKenzie où nous trouvons
une sympathique petite aire de repos pour casser la croute en compagnie
de cantonniers .

                Cette après midi , Dominique prend le volant pendant
que je commence la frappe du blog ; étant donné que le mauvais temps ,
toujours présent,  ne permet pas de profiter des paysages de montagne
souvent voilés par la brume , je n'ai aucun remord à avoir les yeux
rivés sur l'écran . De temps en temps Dominique m'appelle , car ici il y
a un troupeau de biches qui s'apprête à traverser la route devant nous
ou  là-bas il y a un petit lac sur la droite qui mériterait bien un
cliché . Plus nous approchons du Pacifique  , plus l'ambiance devient
printanière : sur les talus ,à la lisière de la forêt , c'est un tapis
continu de genets qui dégringole  jusqu'au bord de la route . Leur jaune
éclatant tranche violemment avec le vert austère des résineux . Dans le
secteur, le feuillage des arbres est bien en avance avec ce que nous
avons rencontré depuis quelques jours . Dans les jardins les
rhododendrons , les azalées , et les jonquilles crient haut et fort que
s'en est bel et bien avec l'hiver . Arrivés sur la côte , nous passons
rapidement sur le port de pêche de Newport pour admirer au passage
l'armada de chalutiers peints de couleurs vives , amarrés le long du
quai .Un peu avant 17h00 , nous retrouvons Jean Marc et Monique devant
le camping  . Comme Claire et Roger sont encore à 70 bornes d'ici ,nous
prenons trois emplacements parmi les derniers restants , la taulière
étant pressée de fermer sa boutique . Puis pendant que Dominique profite
des machines à laver de l'établissement , je m'installe dehors pour
finir le blog . Comme nous sommes  juste à l'entrée du campement ,
j'assiste aux retours du travail de ses occupants qui vivent ici à
l'année, apparemment ; la plupart  d'entre eux me saluent gentiment
comme un nouvel habitant du village de toile . Ici ,même le bus scolaire
rentre pour y déposer les enfants . Drôle de pays que les States où une
importante partie de la population vit comme des nomades .

                    Roger et Claire étant fatigués , nous allons au
restaurant en compagnie de Monique et Jean Marc , sur le port : nous
trouvons une tôle sympa repérée auparavant par Jean Marc et recommandée
par le guide Michelin où nous dégustons une marmite du pêcheur à base de
palourdes , de coquilles st jacques , de crevettes ,de gambas , de crabe
et de poissons nageant dans une sauce à l'américaine tout à fait
correcte . Nous goûtons le pinot gris de la vallée de Willamette , au
sud de l'Orégon , qui se révèle excellent , à tel point que nous en
reprenons une seconde bouteille . Lorsque nous réglons nous avons la
surprise que la seconde bouteille , pourtant à 29 dollars ,est offerte
par la maison ! Puis une fois rentrés au camping , nous allons faire le
briefing chez Roger .


Commentaires

  1. Encore merci de nous faire partager ces moments dans la nature du Nord Ouest des États Unis ! Ravis aussi ,non sans un peu de nostalgie que vous ayez aimé notre parc préféré : Yellowstone. Je ne sais pas si vous montez directement sur Seattle et Vancouver ou si vous repartez un peu sur l’est mais sinon Grand Glacier National Park vaut aussi le détour ( quoique la météo peut être encore difficile en Mai)
    Oui oui Pierre les ricains commencent à faire de bons vins surtout les blancs d’Oregon et de l’ état de Washington juste au dessus !
    Profitez bien !!!

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