CENT QUATRE VINGT DIX HUITIEME JOUR : LE 15 MAI 2018






























Installés au bord du torrent Payette South , nous
passons une nuit de rêve , bercés par le bruit de l'eau qui cascade
parmi les rochers . Résultat nous nous réveillons un peu tard et
j'embraye aussitôt sur la préparation du petit déjeuner pendant que
Dominique investit la salle de bain . Avant de partir il faut aussi
s'occuper des vidanges qui n'ont pas été faites depuis deux à trois
jours . Jean Marc , en faisant sa petite promenade du matin est tombé
sur un vol d'oies sauvages qui remontaient la vallée en rase-motte . Un
petit coucou chez les Gruffat et nous sortons du campground en croisant
un chevreuil , dont la curiosité dépasse la couardise car il attend que
nous soyons arrivés à sa hauteur pour détaler . En traversant le hameau
de Lowman , nous arrêtons à la pompe à essence qui fait aussi office de
magasin où l'on trouve de tout , aussi bien au niveau alimentaire qu'en
outillage , en passant par les vêtements . Un vieux autochtone barbu ,
vêtu d'une chemise à grands carreaux et d'un pantalon de velours qui
lui donnent l'allure d'un trappeur ,sort de cette caverne d'Ali Baba ,
les bras chargés de grands sacs qu'il se dépêche de déposer dans la
benne de son pick-up tout rouillé .Comme le sabot à carte bleue gît sur
le comptoir , les tripes à l'air , je décide de payer en cash , ce qui
enchante aussitôt la taulière .
Au lieu de descendre sur Boise et de continuer ensuite
sur l'autoroute , nous prenons une petite route à droite qui passe par
Banks . Nous suivons alors d'étroites gorges , très encaissées et très
sinueuses où nous multiplions les arrêts photo , tant les paysages sont
magnifiques et variés . Là-bas , tout au fond , dans la pénombre, le
torrent Payette écume comme un malade en se fracassant sur les nombreux
rochers qui obstruent son lit ; par moment , dans les virages un peu
serrés ou dans les étranglement , le voilà qui grimpe sauvagement à
l'assaut des parois rocheuses en bouillonnant et en grondant de plus bel
.L'érosion a joliment grignotée les falaises qui bordent les à-pics pour
en faire une véritable dentelle minérale . Au dessus , sur les coteaux
herbeux parsemés de sapins, la lumière rasante du matin tire sur les
ombres , les allongeant de façon démesurée , transformant les pans de
montagne en un vaste drapé , rayé de vert tendre et de brun sombre .
C'est aussi difficile à décrire qu'à prendre en photo , c'est bien
dommage car le tableau réel est exceptionnel .
Un peu avant Emmett , nous retrouvons Roger et Jean
Marc stationné au bord d'un lac : en fait , en voyant le capot des
Bories levé , nous comprenons aussitôt qu'il ne s'agit pas d'une simple
pause café . Après un court arrêt photo , le moteur a refusé de
démarrer ; des voyants rouges sont allumés . Avec sa valise de
diagnostic électronique , Roger détecte 4 anomalies qu'il parvient à
annuler . A peine ai-je fini la préparation d'un café collectif que le
moteur redémarre , c'est super . On pense que lorsque le mécano de
Mexico a fait la vidange , il a oublié de reprogrammer le système de
gestion d'entretien moteur. Par sécurité Roger laisse son kit
électronique à Jean Marc et nous décidons de le suivre au cas où ça se
reproduirait . Effectivement , après s'être arrêté à Létha , une petite
ville distante de 15 bornes , même scénario, mais cette fois la valise
miracle détecte une cinquième anomalie au niveau du circuit des
injecteurs que Roger ne parvient pas à neutraliser . Il faut téléphoner
en France malgré les huit heures de décalage horaire pour que le
garagiste Fiat télécommande Jean Marc qui découvre avec stupeur que ce
sont des souris qui ont endommagé des fils électriques !! Décidément ces
petits rongeurs nous donnent du fil à retordre depuis quelques jours .
Claire en a quand même éliminé plus de dix en tout dans son camping car
au cours des trois derniers jours !
Dès que la panne est réparée , nous roulons un moment
groupé pour plus de sécurité puis chacun vogue à nouveau à son rythme .
Après avoir coupé un gros axe routier Nord-Sud qui va de Salt Lake City
à Seatle , nous retrouvons la sauvagerie mais cette fois ,dans une vaste
plaine peuplée de quelques fermes très isolées .Nous quittons l'Idaho
pour l'Orégon où le décalage horaire avec la France s'aggrave d'une
heure. Nous roulons jusqu'à 13h00 dans cette monotonie déserte pour nous
installer au bord d'un petit lac pour casser la croute en terrasse sous
un beau soleil . Une demi heure plus tard Roger et Claire nous
rejoignent pour en faire autant . En sortant sa table de la soute Roger
constate qu'il y a plein d'huile partout : après examen de la situation
, il s'aperçoit que ça vient de son cric bouteille qu'il avait prêté au
garagiste lors du changement de ses pneus à Idaho Falls dimanche soir .
En fait le mécano a desserré à fond la purge qui permet de descendre le
cric et ne l'a pas resserré après. Décidément depuis quelques jours nous
multiplions les ennuis, chacun notre tour ! Nous décidons d'attendre ici
le passage des Bories avant de continuer notre route vers l'ouest ,
direction Dayville où nous nous sommes donnés rendez-vous à 17h00 . Sur
les 200 km qui restent , nous suivons une succession de vallées où
serpentent de larges rivières . Les petites montagnes qui les bordent
sont couvertes de denses forêts de sapins qui s'étendent à perte de vue
. Arrivés à Dayville , nous retrouvons d'abord Roger entrain de faire le
plein de gasoil à la pompe où nous devions nous retrouver , puis Monique
et Jean Marc . D'un commun accord , nous décidons d'aller nous
installer sur le parking d'un site où on a trouvé de grosses quantités
de fossiles d'animaux préhistoriques sous la direction du paléontologue
Condon. Une fois les camping cars installés au pied de magnifiques
montagnes arides , je pars en compagnie de Jean Marc pour une ballade à
pieds de 4 ou 5 km dans un décor envahi de cheminées de fées allant du
vert au rouge, sous un ciel qui charrie de gros nuages menaçants . Nous
faisons la rencontre d'un serpent d'environ un mètre cinquante de long
,de couleur crème avec des dessins ocres sur le dos . Apparemment il a
aussi peur que nous ,car il adopte aussitôt la fuite . Nous voyons en
route le fossile d'une tortue , d'un chat et de la tête d'un cheval
préhistorique , plus petit que ceux que nous connaissons actuellement .
Une jolie ballade qui nous prend malgré tout une bonne heure sous un
soleil ardent , le thermomètre du camping car indiquant plus de 30
degrés . Ce soir c'est Jean Marc qui est d'apéro-briefing que nous
prenons sous une tonnelle aménagée sur le parking , face au coucher de
soleil sur les monts voisins .
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