CENT SOIXANTE TREIZIEME JOUR : LE 20 AVRIL 2018


























                Quelle nuit épouvantable ! Pourtant Dominique avait
sorti la couette et l'endormissement fut un régale ,enroulé dedans 
jusqu'au oreilles avec l'air froid qui nous passe juste au dessus de la
tête . Eh oui , hier avec les 2500 mètres d'altitude j'ai fini le blog
en terrasse avec mon pull et je n'avais qu'une hâte , c'est de rentrer
me mettre au chaud . Vous avez bien lu , c'est de l'air froid qui
pénétrait la chambre par les fenêtres et le hublot de toit . Mais
malheureusement vers 2h00 du mat un orchestre s'est mis hurler de je ne
sais où pour notre plus grand malheur ! Et çà a duré au moins jusque
5h00 , l'heure que  les chiens du quartier ont choisi pour faire leur
récital ! Résultat , nous avons replongé dans les bras de Morphée sur le
petit matin et le lever vers 6h30-7h00 s'en ressent . Nous avons la tête
dans le sac ! Heureusement qu'aujourd'hui nous nous sommes fixés un
programme plutôt cool avec la visite d'un site olmèque , situé à l'Est
de Mexico et ensuite de faire la route vers le nord en direction du site
de Tula où nous comptons dormir sur le parking . En faisant le café je
constate que Roger et Jean-Marc sont déjà parti pour Taxco , la ville de
l'argent situé  à cent bornes au sud de la capitale . Comme les jours
précédents , nous prenons le petit déjeuner à l'intérieur , pas à cause
de l'obscurité aujourd'hui puisqu'il est plus tard que d'habitude mais
parce que le thermomètre indique 7 degrés . Je suis d'ailleurs obligé de
mettre le chauffage en route dès que nous sortons des plumes car c'est
intenable à bord . Après avoir prévenu Janette que nous ne rentrons pas
sur Cholula ce soir , il n'y a plus qu'à ranger le salon de jardin .

                Nous parvenons à décoller vers 7h45 malgré tout ,pour
d'abord affronter la sortie de Cholula , puis il faut trouver
l'autoroute qui passe le plus près du site de Cacaxtla . Après un ou
deux ritornos , nous finissons par nous caler  sur la direction de San
Martin Texmelucan . Au bout d'une dizaine de bornes sur un autoroute ,
nous tombons enfin sur un panneau indiquant le site par la route 117 .
Celle-ci se révèle très étroite et très encombrée par la circulation .
De plus, la traversée des villages , même si elle offre son lot de
curiosités , elle offre aussi son stock de "topes", inépuisable celui-là
. Un peu après Zacatelco , le panneau du site nous invite à prendre sur
la droite une route encore plus petite, qui grimpe la montagne en
décrivant des épingles à cheveux bien serrées .Malheureusement , une
fois au coeur du village actuel de Cacaxtla , il n'y a plus d'indication
et les autochtones ne connaissent pas trop la route pour aller aux
ruinas . Avec un peu de percévérence et de chance aussi , nous trouvons
un petit parking payant (30 pésos!) juste en face de l'entrée. Il faut
quand même attendre jusque 9h30 pour pouvoir acheter les billets à 70
pésos par personne alors que l'horaire officiel est 9h00 ; ils sont très
cool ici apparemment ! C'est l'occasion pour nous reprendre un petit
café à bord et aussi de prendre connaissance des généralités  de ce
site: nous apprenons que Cacaxtla est un site Olmèque-Xicalancas qui a
connu son apogée entre 650 et 900 après JC. Cette puissante cité
contrôlait aussi bien sur le plan stratégique que sur le plan
commercial  toute la vallée de Puebla et de  Tlaxcala à cause de sa
situation entre le Mexique de l'altiplano et le golfe caraïbe . Elle
s'est développée surtout après le déclin de la grande cité de Téotihucan
, au même titre d'ailleurs que le site de El Tajin et de Xochicalco .

                Il faut d'abord emprunter un chemin sur un petit
kilomètre d'où la vue  est formidable sur la vallée, dominée par le
Popocatepelt , qui ne fume plus ce matin . Après cette petite ballade 
très sympathique au soleil parmi des champs de grands figuiers de
barbarie et d'arbres fleuris , notre déception est grande : nous avons 
devant nous trois pyramides , mais l'une est là-bas dans le lointain ,
au sommet d'un mont , quasi inaccessible , la seconde est enfermé
dernière un haut grillage , empêchant toute photo et la troisième ,
énorme , est couverte d'une gigantesque toiture métallique ,
complétement hideuse . Nous avons les bras cassés lorsque l'employé qui
contrôle nos billets et nous invite à grimper d'interminables escaliers
de bois à clair-voie . Je tente malgré tout quelques clichés des gradins
de pierres de la pyramide en me contorsionnant pour éviter  l'horrible
charpente métallique mais en vain . Une fois parvenus au sommet , nous
empruntons une série de passerelles en bois qui contourne la Grand Place
de Cacaxtla  ,bordée de patios à colonnes rectangulaires , chaque côté
de l'esplanade étant bordé par un temple .  Certaines pilastres sont
décorées de bas reliefs en stuc : l'un d'eux montre le bas d'un
personnage dont les sandales sont percées par des fleurs qui semblent
pousser à travers ! Mais lorsque nous parvenons au bout de la Plaza ,
nous avons le souffle coupé : une fresque de 45 mètres de long sur deux
mètres de haut ,en parfait état de conservation ,s'offre à nous . C'est
une merveille , d'une finesse et d'éclat incomparable, qui retrace une
bataille ; c'est le fameux "el mural de la Batalla " dont nous avions
déjà entendu parlé . Nous découvrons les vainqueurs dotés de magnifiques
habits , de boucliers à plumes et de lances  entrain de mettre en pièce
les vaincus qui gisent sur le sol avec les tripes à l'air ou couverts de
profondes blessures qui saignent abondamment . C'est le rituel du
sacrifice  des prisonniers .On se croirait devant la "Tapisserie de
Bayeux" . Ici le rouge et l'ocre jaune étaient réalisé avec de l'oxyde
de fer  , le noir avec du carbone , le vert et le bleu avec de l'oxyde
de cuivre , le blanc avec un broyat de coquillages et le bleu maya avec
de l'argile (de l'illite , de la sepiolite ou de l'actapulgite que nous
utilisons nous comme pansement intestinal ) . Nous restons là un moment
assis sur des bancs pour admirer les moindres détails de cette fresque ,
unique en son genre .    Une fois rassasiés par tant de beautés , nous
grimpons pour visiter le "Vestibule des Prêtres", lui aussi
admirablement décoré de fresques, représentant à gauche "L'homme-Jaguar"
avec un tête et un corps humain, mais doté de pattes de félin, avec
d'énormes griffes qui donnent froid dans le dos  : il représente la
Pluie fertilisant la Terre. A droite c'est "L'homme-Oiseau" qui monte la
garde ,symbolisant  le dieu Quetzalcoalt qui gère les arts et l'agriculture.

                    De l'autre côté de la place nous découvrons un 
complexe architectural appelé"El Palacio" , qui correspond à un ensemble
d'habitations de luxe avec peintures murales malheureusement mal
conservées et  doté d'un système de récupération des eaux de pluie avec
un réseau de collecteurs qui alimentent de vastes citernes comme nous
avions pu voir à Comalcalco il y a deux jours . Une fois que nous avons
traversé ce palais , nous tombons sur la Place des trois Pyramides , le
quatrième côté étant limité par un très large escalier qu'il faut gravir
pour atteindre le "Temple de Vénus": ici on voit encore deux piliers
décorés de magnifiques fresques , celle de droite représentant  un homme
et celle de gauche une femme , tout deux portant une sorte de jupe
décorée du symbole de Vénus (une étoile à 6 branches coupée en deux ) .
Les prêtres revêtaient ce genre de tenue lors des fêtes importantes du
calendriers ou lors d' événements  astronomiques . En face , un peu en
décalé , nous tombons sur le "Temple Rouge" décoré d'une fresque d'une
fraicheur incroyable : ici le personnage central est un homme d'un
certain rang du fait de son costume ; il porte une hotte de colporteur
avec un tas de trésors dedans ; des carapaces de tortues , des
coquillages , et une quantité d'objets en tous genres . Ils est entourés
de pieds de maïs avec de beaux épis , de pieds de cacao dont les noix
sont des têtes humaines . La scène  est entourée d'une frises faites
d'animaux aquatiques et d'un serpent à plumes , bien sûr ! A l'autre
extrémité de la fresque nous pouvons voir un animal imaginaire, qui
ressemble à un caméléon entrain de gravir les marches d'un escalier pour
quitter l'Inframonde , cher aux Mayas . En quittant ce vaste complexe ,
nous passons devant ce qui est appelé "La Perriquéras" ; il s'agit d'un
ensemble de pièces dotés de casiers avec une ouverture centrale ronde
qui servait à élever des perroquets pour la production de belles plumes .

                En sortant du site nous avons accès à un  petit musée
très bien conçu et surtout très riche, où nous apprenons des tas de
choses concernant la technique de la peinture murale des Olmèques : le
noir traduit l'obsidienne , c'est donc une couleur en rapport avec les
armes et la guerre . Le jaune , c'est la couleur du maïs , de la terre
nourricière , de l'agriculture en général . Le rouge est la couleur du
sang , donc de la vie . Le bleu correspond au sacrifice . Le vert est la
couleur du pouvoir , de la royauté . Sur chaque fresque du site ,il
existe toujours une dualité entre le jour et la nuit . Les grands thèmes
abordés sont la guerre , le commerce et l'agriculture avec bien sûr le
serpent à plume , symbole de la Méso-Amérique toujours présent . Sortie
de ces constatations générales , preuves à l'appui , nous pouvons
admirer une superbe collection de céramiques , de masques de différentes
divinités , d'outils , d'armes , de bijoux et d'urnes funéraires  .

            Comme il est déjà 12h30 , eh oui trois heures  sur le site
que nous n'avons pas vu passer , nous décidons de casser la croûte vite
fait pour ensuite enchainer avec Xochitecatl , un site voisin , où nous
pouvons accéder avec le même billet . Une fois notre café dégommé , nous
quittons notre promontoire pour plonger à nouveau dans la vallée pour
faire quelques kilomètres et grimper à nouveau dans la montagne  . Après
avoir trouvé une place sur le parking parmi les bus scolaires , nous
grimpons un sentier qui nous mène dans un premier temps devant un
spécimen de pyramide, unique en son genre, puisqu'elle est circulaire
,baptisée "Pyramides Spirales" : elle date de -200 avant JC et possède
plus de 10 étages . Elle est le symbole du syncrétisme des religions au
Mexique, avec sa grande croix blanche plantée au niveau de sa
plate-forme supérieure , les villages voisins l'utilisant comme lieu de
pèlerinage encore actuellement ! Ils ne sont vraiment pas rancuniers les
descendants des Olmèques !! Une belle prestation architecturale que je
cadre sous tous les angles tant elle est originale . Depuis le temps que
nous voulions voir cette pyramide ronde ...voilà qui est fait ! Quelle
journée enchanteresse !

            Nous continuons à grimper dans le site de Xochitecalt pour
déboucher sur la Grand Place, bordée d'un côté par "Los Volcanes", un
complexe architectural rectangulaire, datant de la Période Classique,
c'est à dire de 750 après JC, construit en pierres recouvertes de stuc ,
ayant subi l'influence Téotihucan . Sa position , au milieu de la place 
et sa faible hauteur , à peine deux mètres , lui confère un caractère
cérémoniel . De l'autre coté de l'esplanade , nous gravissons les
nombreux escaliers d'une pyramide énorme pour atteindre la plate forme
supérieure ,décoré d'un portique en pierre . En bas du dernier grand
escalier , on découvre une gigantesque vasque creusée dans un bloc de
basalte  . Ils ont dû s'amuser les tailleurs de pierre pour réaliser une
telle cuve  de plus d'un mètre de diamètre! Une fois revenus sur le
plancher des vaches , nous attaquons la visite de la petite pyramide qui
borde la place sur son côté gauche , appelée "Edificio de la Serpiente"
, de forme rectangulaire et dotée de trois étages . Elle est appelée
ainsi à cause d'un pilier de temple sculpté en forme de tête de serpent
.Un autre a la forme de l'Homme-Jaguar et un troisième représente un
humain doté du "bâton du pouvoir".

                Nous passons ensuite faire un tour au petit musée du
site où nous apprenons que celui-ci a connu deux époques de gloire : une
première de -750 à -100 avant JC  et une seconde de 500 à 950 après JC .
Là aussi nous pouvons admirer une importante collection de céramiques
utilitaires et aussi cérémonielles , avec une vaste série de figurines
souvent avec un seule dent , les autres ayant été limés . Quelques unes
ont la particularité d'être articulées et l'une d'entre elle représente
une femme  entrain d'accoucher !

                Rassasiés par toutes ces découvertes nouvelles pour
nous , fatigués par tant de marches à gravir sous le cagnard , nous
décidons de plier bagages vers 14h30 . Il faut maintenant affronter le
monde moderne et sa circulation intense pour contourner l'une des plus
grande capitale du Monde avec plus de 20 millions d'habitants . Par
chance, nous faisons un sans faute sur les cent soixante bornes du quart
supérieur droit du contournement de la mégalopole jusqu'à Tépotzolan ,
lieu de camping où nous devions venir une journée plus tard . Comme
Janette a eu la délicatesse de passer un coup de fil avant , nous sommes
accueillis de façon fort sympathique . Une fois installés tout en haut
de la propriété , sur une terrasse bien ombragée , nous commençons par
nous détendre un peu en dégommant une mousse bien fraiche , puis je me
mets à la rédaction du blog en attendant l'heure du diner , ravi d'une
journée aussi enrichissante et aussi agréable car, dans cette vallée de
Puebla nous avons renoué avec la gentillesse et la douceur des mexicains
que nous avions connu il y a 35 ans . Que du bonheur !





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