CENT SOIXANTE SIXIEME JOUR : LE 13 AVRIL 2018



























                Avec la journée marathon de la veille et la visite de
cinq sites archéologiques , je suis très en retard au niveau du blog
malgré des prolongations jusqu'à minuit . Ce matin je m'y remets dès
5h00 tant il y a  de photos à transférer et à trier . Une dernière
lecture pour vérifier l'orthographe qui n'est pas ma tasse de thé et
nous l'envoyons dans la foulée avec le téléphone de Dominique en guise
de modem . Après le petit déjeuner nous retrouvons Claire et Roger pour
admirer le lever de soleil sur la côte ,  sur le Malécon et ses immenses
cocotiers et aussi sur le petit port de pêche qui se trouve juste en bas
de notre promontoire . Même le groupe de pélicans qui montent la garde
sur un récif, en face du camping car, s'embrase sous l'effet des rayons
du soleil levant , c'est superbe  . De l'autre côté , ce sont les
rochers de deux petites criques qui dorent maintenant ainsi que les
ramages de quelques jeunes palmiers qui les dominent . Et vlan encore
une série de clichés !

                Sans se bousculer , nous parvenons quand même à prendre
la route de Champoton vers 7h30  .Claire et Roger  , de leur côté ,
envisage peut être de visiter la citadelle de Campéché que nous avons
contournée hier en arrivant d'Edzna . C'est une jolie fortification
datant de l'occupation  du Yucatan par les conquistadores espagnols ,
mais qui  malheureusement pour nous , n'ouvre qu'à partir de 8h30 . 
Juste en sortant de notre petit retranchement , nous voyons Monique et
Jean Marc passer sur le Malécon  . Nous leur emboitons le pas pour
suivre la côte jusqu'à ce que nous tombons sur une traversée de village
difficile  : du fait de l'étroitesse des rues et de la circulation d' en
face , il faut souvent attendre son tour pour passer , ce qui fait que
nous n'avançons pas . Aussi juste avant le second patelin , nous prenons
à gauche pour essayer de retrouver la route principale qui mène
également à Champoton . Là aussi il faut faire du slalom dans des
ruelles exiguës, encombrées de voitures en stationnement et dotées
d'énormes ornières . Et je ne parle pas des "topes" qui sont légions
dans le secteur. Après un petit quart d'heure de parcours du combattant
, nous sommes récompensés , nous voilà sur la nationale où la
circulation est beaucoup plus fluide . Le problème est que ça ne dure
pas car la signalisation est faite pour rabattre le plus possible de
gens vers l'autoroute à péage que nous voulons à tout prix éviter . Il
faut ruser plusieurs fois en faisant le tour complet des ronds points
pour voir qu'il y a toujours une alternative afin d' éviter "la ruta
cuota" (route payante)  , c'est de bonne guerre .

                Une fois bien installés sur la "ruta libre" , celle-ci
se met à serpenter dans une zone boisée , souvent à flanc de coteau  ,
mais  malheureusement à distance du rivage . Quelquefois , parvenus au
sommet d'un petit mont, on aperçoit furtivement le bleu turquoise des
Caraïbes , juste de quoi nous allécher un peu . C'est au moment où  nous
commençons à regretter l'option que nous avons prise, que la N186 se met
à descendre une grande pente et débouche  alors sur le rivage . Mais
très vite l'enthousiasme retombe à la vitesse d'un soufflet quand nous
constatons que les belles plages de sables blancs bordées de cocotiers
que nous avions connues il y a 35 ans ont fait place à de véritables
poubelles :  ici c'est le domaine des sacs plastiques , des canettes de
bières ,des bouteilles en plastiques quand ce ne sont pas carrément des
gravas ou des matériaux de construction . Heureusement que par endroit
on peut encore voir quelques paillotes ou des huttes de pêcheurs
entourées de tas de filets qui sèchent au soleil .En faisant un petit
effort de cadrage je parviens malgré tout à tirer quelques clichés
sympas . Un peu plus loin , nous assistons même au retour d'un  groupe
de pêcheurs , leurs barcasses chargées de poissons jusqu'à la gueule , à
tel point que l'eau affleure le plat-bord des embarcations . Ils
déchargent leur précieux butin à l'aide de grands paniers d'osier qu'ils
portent sur l'épaule jusqu'à la rive . Ils étalent ensuite les poissons
sur une vaste dalle pour les laisser sécher au soleil ; en approchant un
peu plus prés je constate qu'il s'agit de petits poissons d'argent que
l'on préparent en friture chez nous .

                Nous suivons ainsi la côte sur cinquante bornes ,
découvrant au passage de grands bancs de sable couverts d'oiseaux ,
surtout des pélicans , des mouettes et des cormorans qui sèchent leur
plumage en écartant les ailes face au vent , les ébouriffant par moment.
Nous arrêtons aussi une ou deux fois pour tirer le portrait de petites
plages incurvées qui occupent le fond de minuscules  criques ,mais rien
de sensationnel , juste un petit ruban de sable blanc avec des récifs
qui affleurent juste à la surface et qui n'invitent pas à la baignade .
Roger me confiera le soir qu'ayant voulu insistait , il est tombé sur
des fonds d'argile blanchâtre qui , dès qu'on remue un peu trop rendent
l'eau laiteuse ! Nous arrivons enfin à Champoton que nous traversons en
suivant le bord de mer . Là aussi nous nous arrêtons à plusieurs
reprises devant de jolis petits ports de pêches où des barcasses
colorées se balancent  nonchalamment au mouillage , au gré d'une houle
assez faible dans le secteur . Nous trouvons la route de Esperanza sur
la gauche  au bout du front de mer . Nous nous enfonçons alors dans les
terres , abandonnant définitivement les Caraïbes , pour traverser des
zones boisées de petits arbres chétifs comme dans le Yucatan : par
endroit de grands arbres couverts de petites fleurs roses amènent une
note  presque printanière par leur grâce et leur légèreté .Entre deux on
découvre quand même quelques zones  cultivées , souvent relativement
teigneuses , avec des champs de maïs , de vastes cultures de cannes à
sucre et de papayers . La région n'a pas l'air très peuplée car nous  ne
traversons  que très peu de villages et en plus ils sont souvent de
petites tailles . Avec d'interminables portions de ligne droite , cela
devient vite monotone ; seules les nombreuses ornières et les "topes"
nous obligent à rester très vigitants . Par endroit c'est carrément la
moitié de la piste de droite qui s'est affaissée de vingt à trente
centimètres ,  nous donnant un violent coup de gite au passage . Au
cours d'un de ces épisodes , j'ai l'impression que je vais frotter le
haut du camping car contre  le tronc d'un arbre poussant juste sur le
bord de la route : j'en ai la chaire de poule et les mains moites tant
je passe prés !

                Accablés par la chaleur , le thermomètre flirtant avec
les 40 degrés ,et surtout fatigués par la monotonie de ces interminables
lignes droites désertes , nous décidons vers 12h30 de nous mettre en
quête d'un coin pour casser la croute . Après vingt bornes d'échec ,
nous nous introduisons sous un vaste hangar relativement neuf où sont
déjà stationnées trois voitures . A peine sommes-nous installés depuis
dix minutes que deux flics pointent leur nez ; nous leur expliquons que
nous en avons pour une demi heure , que nous sommes là juste pour manger
et nous reposer car il fait très chaud . Le plus compatissant tâte alors
le moteur et acquiesce de la tête :" mucho calor , senor !" Je comprends
aussitôt qu'ils ne s'agit pas de mauvais bougres et je leur donne une
Tour Eiffel qui fait aussitôt l'effet rechercher : "média hora , si ,
pero  no mas senor ! Y no alcol , por favor !" A peine commençons-nous à
manger qu'un troisième larron pointe le nez et demande aussi une Tour
Eiffel ! Arrivés au dessert , un quatrième nous soumet la même requête !
"Je crois que nous allons finir notre stock ici , si ça continue ,
Dominique ! On ne traine pas , on prend le café et on repart , Pierre
!Dommage , il faisait bon  à l'ombre , avec le petit courant d'air !"

                Nous avalons les derniers quatre vingt dix kilomètres ,
toutes fenêtres fermées et la clim à fond ; nous nous arrêtons juste
pour le contrôle des papiers du véhicule lorsque nous passons du
Campéché à la région du Chiapas , ainsi qu'à un contrôle sanitaire et
enfin pour faire le plein de gasoil . Une fois arrivés à Palenqué , nous
commençons par une escale technique au supermercado car nous n'avons
plus d'eau , ni de fruit , ni de légume . Nous allons ensuite nous
installer dans un camping situé à 3 km du site. Notre premier soucis est
de piquer une tête dans la piscine de l'établissement  , histoire de
baisser un peu notre température corporelle qui frise la température de
fusion  ; puis Dominique attaque une vaste lessive pendant que je
commence le blog en terrasse en faisant une dégustation de cigare , un
robusto nicaraguayen . Ce soir , comme nous n'avons pas de briefing avec
Janette , Roger nous invite pour  l'apéro en compagnie de Monique et
Jean Marc.

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