CENT SOIXANTE QUATORZIEME JOUR : LE 21 AVRIL 2018




























                On voit que la capitale est proche car nous avons eu
une nuit particulièrement bruyante avec un ronronnement de circulation
intense du fait de la proximité de noeuds autoroutiers ; et puis il y
avait aussi de façon intermittente ,la sirène de trains qui fendait le
calme de la nuit ,avec sa complainte lugubre , un peu comme celle des
bateaux perdus dans le brouillard . Bref , c'est bien difficile de
replonger dans les bras de Morphée, si on a le malheur de se réveiller
,au milieu de ce vacarme ! En plus ,nous avons eu beaucoup plus chaud
qu'à Cholula car ce matin le thermomètre affiche quand même 16 degrés
malgré les 2000 mètres d'altitude . Comme les jours précédents , nous
prenons le petit déjeuner à l'intérieur à cause de l'obscurité et en
plus cela me permet de finir le blog en même temps , l'ordi étant
branché sur le secteur . Ensuite je l'envoie dans la foulée par
l'intermédiaire du modem . Je vois au passage que Christophe prend son
travail de publication très au sérieux car les articles arrivent
régulièrement sur le blog , c'est vraiment super ! Merci Christophe !

                Ce matin nous avons prévu la visite du site de Tula
,distant de 50 bornes du camping , au nord de Mexico . Nous parvenons à
décoller vers 7h30 , mais malheureusement les portes du camping sont
fermées . J'ai beau sonner à l'entrée de celui-ci, puis à la réception ,
personne ne vient . C'est alors que je me rends compte que la chaine
n'est pas cadenassée . Le problème c'est que les trois chiens de la
maison , qui nous font la fête depuis notre arrivée hier après midi , en
profite pour se sauver pendant la manoeuvre . Au bout d'un quart d'heure
, nous parvenons à en récupérer deux , mais le troisième c'est plus
d'une demi heure que nous mettons pour tomber dessus et le ramener au
camping  . Et comme les ennuies n'arrivent jamais seuls , en traversant
le village de  Tépotzotlan  , déjà étroit en temps ordinaire, nous
tombons encore sur le tournage d'un film . Ici, les techniciens ont fait
venir deux énormes camions de 50 tonnes et de 20 mètres de long  ,plus
une dizaine de grosses caravanes avec des slides qui débordent sur la
rue . Un vrai calvaire pour atteindre la sortie du bourg ! Là , comme
nous voyons un grand supermercado sur notre gauche avec un parking
facile d'accès , nous décidons de commencer la journée par les courses
de bouche , le frigo étant de nouveau complétement vide .

                Nous prenons ensuite la direction de Tula, en suivant
l'autoroute de Mexico ,qui mène à l'aéroport . Puis nous terminons ,en
empruntant une quatre voies dans un état déplorable et truffée de topes
.Résultat, il est presque 10 h00 lorsque nous arrivons sur le parking du
site . Comme pour les autres, moyennant 70 pésos par personne, nous
pouvons attaquer la visite en remontant un chemin bordé d'une magnifique
collection de cactus dont les plus grands atteignent une dizaine de
mètres de hauteurs comme certains bouquets de chandeliers . Il y en a
pour tous les goûts : des figuiers de barbaries couverts de fleurs
jaunes ou rouges , de grosses boules comme des coussins dotés d'épines
énormes , ou encore d'autres qui ressemblent à des vieillards avec leurs
cheveux blancs . Après avoir longé une allée bordée de stands de
marchands de souvenirs et de boissons , nous arrivons droit sur un jeu
de pelote . Un panneau nous apprend que Tula était une importante cité
Toltèque , qui occupait 16 kilomètres carrés pendant plus de quatre
siècles , l'apogée ayant été atteint vers l'an 1000 . Au XIIème siècle, 
des Chichimèques venus du nord, s'installèrent à Tula et la cohabitation
a d'abord bien fonctionné . Puis il y a eu une période de discorde avec
départ de Huémac le roi toltèque avec une partie de son peuple vers
Chapultépec où il ne tarda pas à mourir . Une autre partie de la
population de Tula a migré également sur Cholula . Aussi lorsque les
Aztèques au XIVème siècle envahissent Tula , celle-ci a déjà été
désertée en grande partie , ce qui ne les empêchent pas de saccager
divers bâtiments dont le fameux jeu de pelote par exemple ; c'est ce qui
explique que l'on peut en voir un deuxième sur le site . Le premier
était décoré de sculptures de Tlaloc , le dieu de la pluie , très lié à
la famille royale toltèque .

                Nous continuons notre visite en approchant de la
Pyramide B , la plus haute construction du site dont le bas était
protégé par "El Muro de Serpientes" ou "El  Coatepantli" en nahuatl : il
s'agit d'un bas relief assez effrayant montrant un énorme serpent
entrain de dévorer des squelettes humains : on voit ici que les
Toltèques avait subi l'influence des Aztèques de Téotihucan . Une
grecque encadre le bas relief  et montre ici l'influence des Mixtèques
de Mitla , dans la vallée de Oaxaca . Non seulement le bas relief avait
un rôle dissuasif , histoire d'empêcher au peuple d'approcher ,  mais il
était là  aussi pour rappeler l'horreur des sacrifices humains et
maintenir l'autorité royale . Sur l'autre face de la pyramide, nous
découvrons d'autres bas-reliefs d'excellente facture , représentant une
procession de jaguars avec des masques de Tlaloc , vu de face , entre
deux . Nous atteignons maintenant la façade principale de la Pyramide B,
avec son grand escalier qui mène à la plate-forme supérieure . Le pied
de la pyramide était masqué par un vaste patio dont les nombreux piliers
carrés étaient couverts de bas-reliefs représentant des guerriers . Seul
le roi et les prêtres  avaient accès au temple, construit en haut de la
pyramide : celui-ci était dédié au culte de la royauté et aux dynasties
gouvernantes de Tula , et donc au dieu de la ^pluie , Tlaloc , par la
même occasion .

                Nous grimpons maintenant l'immense escalier pour
découvrir les fameux Atlantes qui ont fait la renommée de Tula  . Ce
sont eux qui servaient de piliers pour soutenir la toiture du Temple B :
chaque Atlante représente un roi de Tula , le plus célèbre étant
Topilzin-Quetzalcoatl à cause du serpent à plume qui accompagne le
hiéroglyphe mentionnant son nom .Sculptés dans le basalte , ils étaient
fait de plusieurs tronçons cylindriques , assemblés par un système de
tenon-mortaise . Le peuple ne voyait donc pas ces fameux Atlantes
puisqu'il restait en bas de la pyramide . Derrière ,  au fond du temple
,des piliers carrés étaient gravés de bas reliefs représentant des
guerriers toltèques : ils portaient un casque décoré de belles plumes ,
un pectoral en forme de papillon , un couteau et d'autres armes , leur
tenue montrant qu'ils appartenaient à la haute société . En redescendant
le vertigineux escalier avec beaucoup de précautions pour ne pas voler
en bas , nous tombons sur une série de Chacmol , pierre à sacrifice ,en
forme d'humain à demi couché sur le dos  , posé sur les coudes ,avec les
genoux fléchis .

                Nous traversons maintenant la Grande Place , limitée à
un bout  par le second jeu de pelote  et à l'autre par la Pyramide C que
nous longeons maintenant  : plus basse que son homologue "B" ,elle n'en
était pas moins le bâtiment religieux le plus important de Tula , dédié
on ne sait toujours pas à quelle divinité . Son style a été fortement
influencé par  la Pyramide du Soleil ou celle de la Lune de Téotihucan .
Nous traversons maintenant la place selon son grand axe pour aller jeter
un coup d'oeil au second jeu de pelote très vaste , un peu dans le style
de celui de Chichen Itza . Juste à côté ,on voit une petite construction
, le Tzompantli ,faite de gradins qui mènent à une plateforme : on y
exposait les têtes des victimes de sacrifice, enfilée sur d'énormes
broches  , pour rappeler l'autorité royale et faire régner ainsi  la
terreur. Cela avait la même fonction dissuasive que nos gibets du Moyen
Age vis à vis du peuple . Nous rentrons en suivant l'interminable patio
de "El Palacio " avec un nombre incalculable de colonnes rondes  ,en
pierres , couvertes de stuc peint . Une banquette, de pierres également
,courait le long des murs  tout autour des pièces de réception .

                Le retour sous le soleil, ardent maintenant, jusqu'au
musée se révèle difficile .Celui-ci est malheureusement dépourvu d'un
éclairage efficace , ce qui ne permet pas de profiter pleinement des
richesses  exposées et des explications fournies avec . Nous apprécions
malgré tout une belle collection de sculptures  , de jolies céramiques 
, des bijoux et des armes en obsidiennes . Les différentes civilisations
de Méso-Amérique possédaient au départ des gouvernements téocratiques
qui vont se transformer chez les Toltèques en gouvernements militaires :
ceux-ci vont favoriser les  nombreuses représentations de guerriers sur
les bas-reliefs  comme on peut le voir à Tula .

                Avec un site aussi intéressant  et un musée aussi riche
, il est déjà 12h30 lorsque nous regagnons le camping-car . A la sortie
du nouveau village de Tula, nous tombons sur une station de distribution
de GPL . Bien qu'elle soit mal placée sur notre gauche, nous nous
dépêchons de trouver un riturno pour y accéder . En effet, depuis ce
matin la cuisinière et le four, présente des signes de faiblesse , mais
pas franc , puisque le frigo fonctionne toujours . Puis nous mettons une
bonne heure pour rentrer au camping , Tépotzotlan étant toujours sans
dessus-dessous avec le tournage du film de ce matin . Après avoir pris
notre repas en terrasse devant le camping car , j'attaque la réparation
du tiroir extérieur afin d'en extraire notre transfo 110 v/220volts et
aussi pour pouvoir y ranger  des bricoles qui ne nous servent plus
,avant de le condamner définitivement . Malheureusement , en essayant de
l'ouvrir ,la garniture en plastique de bas de caisse me reste dans les
mains . Il me faut plus d'une heure pour réussir à la boulonner
correctement en reperçant des trous à la chignole  . Une bonne douche
s'impose , mon séjour sous le camion dans la poussière m'ayant
transformé en mineur de fond , puis j'attaque aussitôt le blog . Pour
une fois je me dispense même du briefing,  histoire de pouvoir m'avancer
un peu du fait de mon retard avec le bricolage de début d'après midi .
Puis le propriétaire du camping , un dénommé "Pépé", nous réunit pour un
pot de bienvenue . Nous enchainons ensuite avec le pot de départ de
Jérémy qui prend l'avion demain pour Madrid . Encore une histoire qui se
termine bien tard !


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