CENT SOIXANTE NEUVIEME JOUR : LE 16 AVRIL 2018



























Comme maintenant depuis trois jours consécutifs , ce
sont les singes hurleurs qui nous réveillent en fanfare . Il faut en
profiter car c'est certainement la dernière fois que cela se produit au
cours de notre périple; en effet en quittant le Chiapas aujourd'hui ,
nous quittons la zone tropicale humide avec ses forêts luxuriantes et
ses animaux sauvages en pagaille : adieux les singes , adieux les
toucans , adieux les quetzals ...! J'avoue que cela nous file un peu le
bourdon , même si nous savons qu'il reste deux mois et demi de voyage
pendant lesquels nous verrons encore beaucoup de belles choses , mais le
dépaysement risque de s'en ressentir quand même . Fini les immenses
cocotiers , fini les bouquets de bananiers avec leurs larges feuilles et
toutes ses fleurs tropicales que nous payons les yeux de la tête chez
nos fleuristes ! Nous terminons la nuit en claquant des dents et en se
battant pour récupérer un bout de drap tant il fait frais dans la
chambre : lorsque je descends faire le café, le thermomètre intérieur
affiche 17 degrés ! Ce n'est plus arrivé depuis bien longtemps ! Pour
prendre le petit déjeuner en terrasse je suis même obligé d'enfiler un
pull , c'est pour dire ...! Je m'occupe ensuite de l'envoi du blog avec
le modem comme hier , n'ayant qu'une confiance modérée en la wifi de
l'hôtel.Bien que nous soyons particulièrement encastrés au fond du
camping , je parviens à nous extirper de notre tanière sous les arbres,
en faisant un peu de slalom parmi les autres camping cars .
Nous prenons à rebrousse-poils le tronçon de route qui
nous à conduit de la nationale à Palenque il y a déjà trois jours , puis
il faut repasser le contrôle de police avec vérification de la plaque
moteur avant de trouver la direction de Villahermosa , qui veut dire
"belle ville" en espagnol , ce qui n'est pas tout à fait vrai selon
Janette . Le revêtement de la chaussée se révèle très vite déplorable
avec de nombreuses déformations surtout au niveau des ponts , avec
beaucoup d'ornières assez profondes et d'autant plus dangereuse que nous
sommes sur une quatre voie ,donc en roulant à plus de 80 km/h . Il faut
être vraiment très vigilant : la seul fois où je me permets de regarder
le GPS à la demande de Dominique , je roule sur un sac plastique rempli
de je ne sais quoi , qui craque violemment sous la roue avant gauche .
Devant tant de fracas , nous nous arrêtons aussitôt pour vérifier l'état
des pneus . Apparemment il y a eu plus de peur que de mal , mais malgré
tout je reste prudent au cas où celui-ci éclaterait secondairement .
Nous quittons définitivement les monts du Chiapas pour nous enfoncer
dans une vaste plaine où l'on voit peu de cultures hormis quelques
palmeraies : il parait , d'après notre chauffeur d'hier, que ces arbres
sont cultivés pour la production d'huile de palme qui sert de complément
au carburant pour les voitures . Les villages que nous traversons
paraissent moins déshérités que ceux que nous avons rencontré sur la
route d'Agua Azul . Ici les maisons sont quand même construites en
parpaings pour la plupart , avec l'éternel toit en tôles ondulées
métalliques . Par endroit le bas côté de la route est encombré de
stands de poteries où sont proposés des plats pour faire cuire les
tortillas sur la braise et aussi de grosses céramiques en forme de coq ,
très colorés , comme ce que nous pouvons voir au Portugal .
Après 150 bornes , nous arrivons à l'entrée de
Villahermosa protégée par l'immense statue d'un guerrier maya . C'est là
que notre GPS décide de nous jouer un mauvais tour en nous envoyant à
gauche . Le problème c'est qu' avec ces quatre voies à terre plein
central , il faut faire cinq bornes avant de trouver une opportunité
pour faire demi-tour . Une fois que nous retrouvons la bonne route ,nous
commençons par nous arrêter au supermarché indiqué par Janette ,
histoire de compléter un peu le frigo qui manque de fruits et de légumes
; c'est à cause du barrage sanitaire auquel nous avons encore dû nous
soumettre ce matin pour passer du Chiapas dans le Tabasco , une autre
région, côtière celle-là , donnant sur le Golfe du Mexique . Une fois
les courses terminées , nous nous mettons à la recherche du Muséo ,
installé dans un immense parc de verdure . Celui-ci est consacré à la
civilisation Olmèque , antérieure aux Mayas , puisqu'elle s'est
développée de -1200 avant JC à -400 avant JC . Moyennant 88 pésos pour
deux personnes nous pouvons accéder au parc qui est à la fois zoologique
et archéologique . C'est donc dans un magnifique cadre de verdure ,où se
côtoient les bambous , les ceibas , les bananiers ,que nous redécouvrons
les énormes têtes de guerriers olmèques découvertes parfaitement
alignées à La Venta , à une soixantaine de bornes sur la côte . Elles
ont la particularité d'avoir la bouche ouverte , montrant les dents du
haut . Le chef porte une coiffure décorée d'un aigle pour montrer les
qualités du personnage : l'agilité , la rapidité et la vision nocturne .
Avec des symboles comme ça , pas besoin de texte pour expliquer pourquoi
il est le chef ! Nous découvrons aussi une série d'autels , plus beaux
les uns que les autres , toujours de forme cubique chez les Olmèques :
sur plusieurs d'entre eux ,une niche décore la face antérieure , d'où
sort une tête , voir un buste , quand ce n'est pas un personnage complet
, assis en tailleur ; il jaillit de la pierre comme s'il sortait d'une
caverne . Le personnage représente un dieu de l'Inframonde , la caverne
étant considérée comme le lieu de naissance de l'humanité et aussi le
lieu de communication entre les deux mondes . Sur les faces latérales
deux bas reliefs montrent des mères aux prises avec des ninos (bébés)
turbulents qui s'agitent dans leurs bras .Un peu plus loin, une petite
sculpture attire notre attention : c'est" l' Abuerta", la grand mère .
Le sculpteur a su parfaitement montrer le vieillissement des traits sur
le visage de cette femme avec une coiffe sur la tête qui se prolonge par
une cape tombant sur ses épaules . Ensuite , c'est le "Gouverneur" qui
nous intrigue : sa position assise en tailleur , sa tenue vestimentaire
montrent qu'il s'agit d'un dignitaire . Il n'a pas l'air commode , le
gaillard ! Juste à coté je tire le portrait d'une grande stèle ainsi
que celui des personnages représentés en bas relief sur la face
antérieure. Deux personnages principaux vu de profil semblent converser
. On dirait que l'un d'eux porte la barbe , d'où le nom de la stèle .
Tous autour de la scène principale , six personnages secondaires pouvant
être assimilés à des guerriers font sorte de ronde . Au bout d'une
autre allée nous voyons le "Nino Jaguar" , un bébé jaguar qui a vraiment
l'air inoffensif : il voisine avec "Mono mira el cielo" c'est à dire
Mono qui regarde le ciel , une sculpture particulièrement expressive qui
devait faire partie d'un ensemble plus important . De l'autre côté de
l'allée principale, nous découvrons une sorte de haie faite de colonnes
basaltiques plantées debout dans le sol : celle-ci servait à délimiter
la zone sacrée où seule les prêtres pouvaient pénétrer . Dans le mène
style nous admirons au passage "la Tumba a Colunnes" (la tombe à
colonnes) qui ressemble étrangement à nos dolmens celtiques , mis à part
qu'ici les pierres latérales sont des colonnes basaltiques : à
l'intérieur on peut voir une grande dalle de pierre sur laquelle
reposaient deux corps accompagnés d'offrandes en jade et couverts de
poudre rouge , du cinabrio ,le minéral qui recouvrait également "La
Reine Rouge" de Palenqué .
Comme nous terminons la visite du musée vers 13h30 ,
nous décidons de nous mettre aussitôt en quête du camping dès que nous
récupérons le camion au parking .Notre premier souci est de trouver un
riturno sur la deux fois trois voies où la circulation est très dense à
cette heure . Une fois cette opération délicate réalisée , nous nous
laissons guider aveuglément par le GPS sur une quinzaine de kilomètres ,
qui pour une fois fait un sans faute jusqu'à la porte du camping . Après
avoir trouvé une belle place sur le gazon et à l'ombre de deux gros
amandiers tropicaux , nous cassons la croûte en terrasse à coté de Jean
Marc et Monique qui viennent d'arriver . Nous prenons ensuite le café
ensemble . Claire et Roger ont préféré sans doute chercher un coin en
bordure de mer . Il ne me reste plus qu'à blogger jusqu'à l'heure du
briefing où Janette nous expose les différentes options pour l'étape de
demain . Nous prenons ensuite l'apéro chez Gérard qui se prolonge tard
dans la soirée , en dansant avec la musique du téléphone de Janette
amplifiée par l'enceinte de Gérard qui fonctionne en wifi . Il y a même
quelques Suisses qui nous rejoignent pour terminer les bouteilles de
téquila entamées .
Commentaires
Enregistrer un commentaire