CENT VINGT QUATRIEME JOUR : LE 2 MARS 2018

                    Heureusement que la climatisation fonctionne à
merveille  dans cette chambre miteuse ,car il a fait  vraiment chaud et
humide cette nuit , beaucoup plus qu'à Cartagena ! Bien que j'ai
prolongé la frappe du blog jusqu'à 23 h00 , ce matin je m'y remets dès
6h00 car nous devons partir tôt vers 8h00 , pour aller visiter Panama .
Bien sûr ici , pas question de se faire un café dans cette piaule , il
faut se contenter d'un verre d'eau, fraiche malgré tout car le frigo
fonctionne . A 7h00 nous descendons prendre le petit déjeuner, servi au
rez de chaussée : celui-ci se révèle aussi nul que la chambre : nous
avons droit à un oeuf brouillé et deux petits pains , un morceau de
beurre ranse , un café noir après une demi heure d'attente et un jus
d'orange, après réclamation et une autre demi heure d'attente : il faut
dire qu'avec deux serveurs mal dégourdis pour 70 petits déjeuners à
servir , c'est mission impossible ! On nage dans l'incohérence totale :
et vas-y que j'apporte un café là , puis deux jus de fruits là-bas , et
je reviens à vide pour déposer une omelette ici ... ! Ils ne
fonctionnent vraiment pas comme nous ces panaméens !! Résultat, tous les
organisateurs présents mettent la main à la pâte pour débloquer le
service : c'est comme cela que nous faisons connaissance avec le fameux
Jeremy , un Français venant de Bayonne , arrivé hier soir par avion ,
pour seconder Janette pendant les deux mois qui reste de notre périple .
En pricipe il devait avoir dans ses bagages les plaquettes de frein de
Jean Marc , sa clé USB Mac-PC , et le verre de lunette de Monique . Le
problème est que ses sacs sont restés enquillés à Madrid , Comme ceux de
Claire et de Roger , il y a quatre mois !

                    A 8h00 , nous grimpons à bord d'un petit bus en
compagnie de Jeremy et de Serge , notre guide local  . Celui-ci nous
annonce que nous allons commencer l'excursion en allant faire un tour au
canal de Panama , et plus exactement aux écluses de Miraflores : aux
nombres de deux successives , elles permettent aux navires de  monter de
8 mètres chacune . Ils existe deux autres écluses  sur les 82 km du
canal : Pédro Miguel et Gatun car il faut monter les bateau de 26
mètres  au total ,puis les redescendre de la même hauteur pour franchir
la Cordillère des Andes . Au départ Ferdinand de Lesseps pensait pouvoir
creuser suffisamment profond pour éviter cet inconvénient  . Lorsque les
Américains reprirent le chantier , ils  se rendirent vite compte que
l'opération serait beaucoup plus facile avec trois séries d'écluses .
Ils creusèrent aussi un lac artificiel  à 27 mètres au dessus du niveau
de la mer, le lac Gatun alimenté par la rivière Chagres pour fournir
l'eau nécessaire au remplissage les écluses , sans l'intermédiaire de
pompes. Le passage difficile, creusé  dans la  roche au niveau de la
Cordillère, s'appelle le Corte Culebra . Les chambres des écluses
mettent 15 minutes pour se remplir . Huit locomotives aident le navire à
avancer et surtout à se diriger car il ne reste que 40 centimètres de
jeu de chaque coté : de marque japonaise (Mitsubichi), celles-ci coûtent
3 millions de dollars US chacune et il y en a une centaine sur la
totalité du site . Pas étonnant que le passage d'un bateau coûte plus de
400 000 dollars US . Il faut une bonne dizaine d'heures pour passer d'un
océan à l'autre sous le commandement de trois pilotes panaméens qui
montent à bord de chaque bateau . Il y a trois canaux parallèles en tout
, ce qui permet le croisement des navires . Ce sont les USA qui ont
exploité le canal de son ouverture en août 1914 jusqu'au 31 décembre
1999 à 11h59 . Maintenant le canal appartient et est exploité par le
Panama lui-même . Tout le personnel américain est reparti chez lui ,
laissant les bâtiments et les maisons  à l'état de Panama . C'est Jimmy
Carter qui fit la passation des pouvoirs . En approchant du canal ,
Serge nous montre qu'il existe une voie ferrée qui transporte des
conteneurs d'un océan à l'autre : la moitié des bateaux préfère
décharger leur cargaison d'un coté de l'isthme , pour la faire transiter
par le rail et la  récupérer sur un autre navire de l'autre coté , ça
revient certainement moins cher .

                Une fois sur place nous tombons juste sur une éclusée
avec le Queen Victoria d'un coté et un énorme méthanier sur l'autre
canal . Ce qui nous surprend le plus , c'est la vitesse à laquelle nous
voyons monter les navires  , pourtant très grands , dans la chambre de
l'écluse et puis le travail de toutes ces petites locomotives qui halent
de concert ces énormes bateaux à l'aide de câbles . Une fois les portes
de l'écluse ouvertes , ce sont les remorqueurs qui prennent le relai 
pour effectuer les manoeuvres sur le lac Gatun .De loin nous voyons le
second pont construit au dessus du canal qui ressemble à notre Pont de
Normandie et qui s'appelle Pont du Centenaire car il a été ouvert en
2014 . Un petit musée retrace l'historique des travaux du canal avec la
première période française de 1879 à 1888 puis la reprise du chantier
par les USA après la Guerre d'Indépendance contre la Colombie en 1903 .
Les travaux durèrent 10 ans de 1904 à 1914 .On peut aussi  s'amuser à
manoeuvrer les grands navires pendant la traversée des écluses grâce à
un simulateur . Une salle est également consacrée à la faune rencontrée
localement . Puis nous descendons les quatre étages du musée pour
assister à une vidéo retraçant les grands moments de l'histoire du canal
et une seconde partie consacrée à l'élargissement  de celui-ci commencé
en 2007 et mis en service en 2016 , le nouveau permettant le passage de
plus gros bateaux dont le prix atteint 1 200 000 dollars US .

                Après un petit incident  suite à une incompréhension
sur le lieu de rendez vous , nous finissons par nous retrouver dans la
foule qui visite Miraflores quotidiennement . Nous reprenons  le bus en
direction de la vieille ville appelé Casco Antiguo . En route Serge nous
parle un peu de son pays et surtout de son histoire . Il nous explique
que le Panama est un petit pays de 80 000 km carrés avec une population
de 4 millions d'habitants ; 1,2 millions d'entre eux vivent à Panama
Ciudad  , 10 000 travvaille pour le canal .Panama veut dire "rivage
riche en poisson" dans la langue des indigènes qui habitaient l'isthme
avant l'arrivée des Espagnols en 1501 . Toujours en quête d'une route
vers les Indes , Christophe Colomb multiplie les explorations de la côte
depuis Hispagnola (l'actuelle Haïti) et finit par remonter un fleuve de
la côte atlantique .Ce n'est qu'en 1503 que Balboa traverse l'isthme à
pieds et découvre le Pacifique . Un peu plus tard , Pissaro , désireux
d'explorer l'Empire Inca dont il a entendu parler , établit un port au
niveau de l'actuelle Panama Ciudad . Pour éviter les attaques des
pirates  tel que Francis Drake ou Morgan par la suite ,la couronne
d'Espagne fait fortifier l'actuel Colon situé sur la côte atlantique .
Lorsque Pissaro finit par s'établir au Pérou un chemin est créé à
travers l'isthme pour transporter l'or d'une côte à l'autre puis vers
l'Espagne . A l'inverse le matériel venant d'Espagne passe de la côte
atlantique à la côte pacifique à dos d'homme puis reprends la mer
jusqu'à Lima . Panama va rester sous le joug espagnol jusqu'à la guerre
d'Indépendance en 1821 menée par  Simon Bolivar . Panama fait  alors
parti de la Grande Colombie jusqu'à la nouvelle guerre d'Indépendance de
1903 où les USA jouent un rôle important pour pouvoir  se  débarrasser
du joug colombien  ,creuser ensuite le fameux canal à leur guise et se
l'approprier jusqu'en 2000 .

                Arrivé à Panama Ciudad , le bus nous abandonne Place du
Centenaire pour une visite de la vieille ville à pieds : nous commençons
par remonter la Calle Oeste qui nous mène au quartier le plus ancien de
la ville où nous pouvons encore voir un bout de l'ancien rempart qui
protégeait celle-ci des attaques venant du continent . En route nous
voyons de magnifiques maisons dotées de grands balcons en fer forgé .
Beaucoup sont seulement en cours de restauration . Nous admirons au
passage plusieurs édifices religieux  , tous présents lors de la
création de Panama :l'église des Augustins  dotée d'un magnifique autel
en or, puis celle des Jésuites en ruine ,  celle des Bénédictins ,pour
terminer par celle des Franciscains , récemment restaurée . Serge nous
raconte que lors du pillage de la ville par le pirate Morgan , le
vicaire de l'époque fit enduire d'une peinture noire le fameux autel en
or de l'église des Augustins , histoire de le sauver de la soif d'or des
pillards . Nous visitons ensuite la Plaza Mayor , appelée aussi Place
d'Armes ou Place de l'Indépence car elle est bordée par l'actuelle
mairie où furent signés la Déclaration d'Indépendance de 1821 contre
l'Espagne puis celle de 1903 contre la Colombie . Sur le côté latéral
droit la Cathédrale est en cours de restauration : dotée de deux
clochers , sa façade est décorée de sculptures en bois de meurisier ,
abritée dans des niches . Elle associe à la fois le style colonial
dépouillé et le style néo-classique . De l'autre côté de la place , un
bâtiment de style Haussman abrite le musée du canal Interocéanico :
autrefois c'était un hôtel où Ferdinand de Lesseps avait séjourné
pendant la période des travaux . En continuant vers la pointe de la
presqu'île nous passons devant le couvent de Santo Domingo puis tout au
bout , face au Pacifique nous découvrons la Place des Français avec
l'Ambassade de France et un peu plus loin une obélisque érigée à la
mémoires de 22 000  français morts dans le creusement du canal . On voit
aussi un buste de Ferdinand de Lesseps et une plaque commémorative en
l'honneur du Docteur qui fit des recherches sur la fièvre jaune et sur
la malariat , deux maladies qui ont décimé les ouvriers du chantier  et
qui par la m^eme occasion ont entrainaient la faillite du projet de
Lesseps . Puis Serge nous montre le Théâtre Nacional en cours de
restauration  aussi, appelé autrefois Théâtre Sarah Bernard et il finit
par nous abandonner sur la place Bolivar . Comme il est presque 13h00
nous décidons de manger dans un petit troquet du coin , le Casablanca ,
que Gérard avait repéré .

                Après le repas nous décidons de rentrer à l'hôtel à
pieds bien qu'il soit éloigné de quatre ou cinq bornes . Après avoir
contourné le Palais Présidentiel avec quelques difficultés , nous
longeons la côte tout en admirant les innombrables grattes-ciels qui
s'alignent de l'autre côté de la baie : nous photographions en
particulier celui  du bout qui à une forme d'arc appartenant à Donald
Trump . Nous longeons ensuite un sympathique petit port de pêches où on
peut  même voir  la construction de barques de pêche en bois . Puis il
faut affronter les grands boulevards et leur circulation infernale pour
rentrer enfin à l'hôtel . Nous croisons quelques anciens bus scolaire
américains tout bariolés de couleurs vives et souvent doté à l'arrière
de quatre grands pots d'échappements chromés qui remontent jusqu'au toit
. Après un bain de sueur durant plus d'une heure de marche nous nous
octroyons un plouff en règle dans la piscine installée sur le toit, au
troisième niveau . C'est amusant de nager au milieu des buildings de
verre et d'acier qui nous entourent et nous dominent . Puis une petite
heure de blog et nous nous retrouvons chez Roger pour un apéro pizza
avec Jean Marc et Monique qui a enfin récupéré des lunettes avec deux
verres non rayés !

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