CENT QUARANTE CINQUIEME JOUR : LE 23 MARS 2018




























                Comme hier c'est le lever du soleil qui nous réveille
vers 5h30 . Encore une nuit fraiche , toutes proportions gardées bien
sûr , grâce à la proximité du grand lac et de la brise nocturne . Et
puis quand on est bercé par le bruit du ressac on dort comme un loir !
Ce matin , pas d'obligation de blog , tout a été fait hier soir en même
temps que la dégustation du robusto nicaraguayen  . Après le petit
déjeuner je rejette un coup d'oeil de plus en plus désespéré sur la
veilleuse du frigo qui fonctionne correctement , dommage que le système
de refroidissement n'en fasse pas autant : cette fois on sent la chaleur
dans le frigo et le compartiment congélation n'arrive même plus à
rafraichir notre bouteille d'eau ! Roger pense qu'il faudrait essayer de
demander dans un garage s'ils peuvent faire l'appoint de fréon dans le
circuit de refroidissement . En attendant je vais  faire tourner le
frigo sur la batterie pendant les deux cent bornes de l'étape .

                 Nous décidons de partir tôt pour essayer de passer le
blog avec la wifi d'un grand hôtel . Sur les conseils de Monique et Jean
Marc , nous cherchons l'hôtel Colon , près de la place d'armes , c'est à
dire du côté de la cathédrale , plus facilement repérable avec son dôme
et ses deux clochers . Comme hier avec la  calèche , une fois sortis du
parc où nous étions logés , je suis le Malécon le long du lac , puis
nous tournons à gauche vers l'église de la Guadalupe et en bidouillant
dans les petites ruelles qui se croisent perpendiculairement comme dans
tous les pays d'Amérique Latine , nous finissons par nous stationner
devant l'hôtel  en question. Installés en terrasse nous sirotons un
expresso d'excellente qualité tout en tapotant sur l'ordi . Janette et
Jeremy ne tardent pas à nous rejoindre , également dans le but de
bénéficier de la wifi . Les deux articles du blog en retard partent
comme des lettres à la poste , c'est super . J'en profite  ensuite pour
jeter un oeil aux commentaires , c'est toujours encourageant de voir que
ce que l'on fait n'est pas vain ,  puis nous mettons les bouts pour
laisser la place aux Bories qui viennent d'arriver . Nous cherchons 
maintenant  un supermercado car nous sommes vraiment à sec au niveau des
réserves . Nous avons la bonne surprise de voir qu'il est déjà ouvert à
7h45.Puis  nous nous mettons en quête d' une station service pour faire
le plein de gasoil ; là nous tombons sur Claire et Roger à qui nous
confions notre viande pour la mettre au frais dans leur frigo .

                Nous prenons dans un premier temps la route du volcan
Masaya distant d'une vingtaine de bornes. Là , moyennant 100 cordobas
par personne on peut grimper en voiture jusqu'au bord du cratère . La
route étroite , part aussitôt à l'assaut des pentes du cône volcanique ,
aux milieux des champs de cendres et de scories . La végétation est
plutôt chétive , pourtant la dernière irruption daterait de 1850 d'après
Monique . Des belvédères sont installés le long du bord du cratère d'où
nous avons une vue plongeante sur l'entrée de la cheminée  , en grande
partie masquée par les fumées du volcan . Curieusement ça ne sent pas le
soufre comme à l'approche des autres cratères que nous avons déjà pu
voir . Pour rendre ça en photo , c'est plutôt difficile , la
circonférence du cratère étant trop importante pour rentrer d'un seul
morceau dans l'objectif ; de plus le rideau de fumée masque quasi en
permanence la berge d'en face . Quant aux couleurs , même avec la chaude
lumière du levant , elles restent ternes : des bruns foncés , des gris ,
des ocres , rien d'éclatant . Et bien sûr on ne voit jamais  la lave
rouge incandescente au fond , derrière les fumée . Seuls quelques
vautours , noirs eux aussi , semblent apprécier les lieux !

                Il faut ensuite reprendre la direction de Granada pour
tourner à gauche un peu avant l'entrée de la ville . A peine avons-nous
fait une dizaine de bornes que nous nous faisons arrêter par les flics
pour excès de vitesse : leurs jumelles affichent 76km/h . Je lui fait
constaté que sur les routes la limite est fixée à 80 km/h . Il me répond
alors du tac au tac qu'ici c'est 70 km/h !! Drôle d'histoire ,mais je
sais par expérience qu'avec c'est gens là cela ne sert à rien de
discuter . C'est alors qu'il demande pour monter à bord ; cette démarche
, complétement illégale me met aussitôt la puce à l'oreille : nous
sommes en plein abus d'autorité comme ça existe dans ce genre de pays ;
à mon avis il veut d'abord satisfaire sa curiosité en visitant le
camping car et il veut s'éloigner de son collègue pour demander un
cadeau ou de l'argent , ça ne fait aucun doute . Pendant que Dominique
s'occupe de la visite , je lui prépare deux Tours Eiffel , une pour lui
et une pour son collègue : comme par hasard l'affaire s'arrange . Il
nous souhaite même bonne route !

                Nous traversons une campagne vallonnée , avec de
petites collines couvertes d'herbes jaunies par le soleil et d'arbres
chétifs . Quelques troupeaux de zébus paissent par-ci par-là . Par
contre sur les bas côtés de la route nous voyons beaucoup de commerçants
et d'artisans qui ont dressé leur étale : nous voyons des meubles en
bois  brut , de multiples ustensiles en vannerie , des camions-jouets 
en bois aux couleurs latinos et même des singes à vendre . Et je ne
parle pas des marchands de fruits : ananas , papayes , oranges ,
mangues, bananes et avocats .Nous passons Tipitapa puis Sébaco pour
prendre ensuite la direction de Esteli . Là curieusement le paysage
change : les collines laissent la place à une vaste plaine couverte de
rizières . Ce qui est joli  c'est qu'elles sont à différents stades
d'évolution. Il y en a en labour , d'autres inondées ,certaines
fraichement plantées et bien sûr celles qui sont proches de la récolte .
Nous voyons se dresser au milieu de ce patchwork des arrocerias , c'est
à dire des coopératives de riz dotées d'immenses silos . Un peu plus
loin ce sont des champs de tabac qui attirent notre attention : c'est
vrai que nous nous dirigeons vers une région spécialisée dans la
fabrication de cigares . Comme chez nous les champs de ces précieuses
plantes sont entourés de clôtures assez dissuasives .Nous rencontrons
aussi beaucoup de zone de travaux avec passage unique qui nous
ralentissent . Malgré tout, nous arrivons à Estéli un peu avant 13h00 .
Nous décidons d'aller directement à la fabrique de cigares La Pacienca
où nous avons rendez-vous pour une visite guidée vers 15h45 , plutôt que
d'aller d'abord au camping puis à la fabrique distante de 5 kilomètres .
Nous nous installons juste en face , à l'ombre de gros arbres pour
casser la croute . Nous constatons une fois de plus que même notre
compartiment congélation ne produit plus de froid ! Il va falloir
apprendre à boire chaud !

                Nous apprenons  par un message de Janette sur le
téléphone que Roger a eu un petit accrochage et qu'en conséquence la
visite de la fabrique est avancée .Effectivement un quart d'heure plus
tard nous voyons tout le monde arriver et nous embrayons aussitôt la
visite en compagnie de la responsable de l'établissement qui emploie
1600 personnes .Cette famille possédait  au départ  une fabrique à Cuba
: avec l'arrivée de Fidèle Castro au pouvoir , ils sont venus au
Nicaragua . De nouveau avec l'arrivée de la dictature  sandiniste , ils
sont partis s'installer au Honduras puis sont revenus ici au Nicaragua
une fois le calme revenu .Après quelques explications de base sur le
pied de tabac qui met 4 mois pour pousser et qui possède 7 étages de
feuilles de qualités différentes en fonction de la quantité
d'ensoleillement , nous passons à l'atelier de traitement des feuilles 
entreposées en bottes . Nous allons ensuite visiter un atelier de
fabrication  de cigares où les torcédors travaillent alignés sur des
bancs comme des galériens . Il parait qu'ils roulent 2 à 300 cigares par
jour et qu'ils gagnent 400 dollars US par mois . Ils ont le droit de
fumer un cigare par jour en travaillant , comme à Cuba  .Nous voyons
celui qui crée le cigare en associant trois feuilles qui constitue la
tripe enroulée dans une feuille de tabac grossière appelée la sous-cape
. Puis l'ensemble est placé dans un moule , le" muebles"  qui passera
huit jours sous presse  .Une fois sorti du moule ,un autre torcédor
finit le travail en mettant la cape par dessus : celle-ci est faite avec
une belle feuille sans défaut mais qui n'apporte aucune note gustative
aux cigares . Vient ensuite la petite rondelle de tabac découpée à
l'emporte pièce et collée sur la tête du cigare pour avoir une plus
belle finition . Puis nous passons dans une petite pièce consacrée au
contrôle qualité : là, les cigares passent au calibrage , au pesage , au
contrôle de la densité et du goût , la responsable fumant une dizaine de
vitoles par jour choisis au hasard . Nous passons ensuite dans un
atelier consacré au conditionnement : et là , grosse surprise , je vois
des tas de cigares avec des bagues de Cohiba ! C'est incroyable qu'ils
fassent ainsi des contrefaçons en toute impunité et devant témoins .
Pour ceux qui ne connaitraient pas ,Cohiba est la marque de cigare la
plus prestigieuse de Cuba , autrement dit c'est comme ci on voyait
sortir des bouteilles de Château Margaux  d'un chais du Languedoc ! Puis
vient l'épisode de la vente tant attendu : après avoir vu des superbes
cabinets de cinquante doubles coronas avec des capes couleur cuir ,
grasses à souhait comme je les aime , on nous propose des horreurs sous
cellophane vendus à l'unité, sans coffret de cèdre  , un vrai scandale !
Et ils ont le culot de vendre 10 robustos pour 150 dollars US dans de
telles conditions !!

                Résultat nous quittons cette usine de bricoleurs pour
essayer de trouver un magasin en ville , histoire d'acheter quand même
quelques cigares nicaraguayens . Comme le stationnement est impossible
en ville nous demandons à Annie et Christian de nous déposer . Après un
quart d'heure de recherches vaines , nous revenons à la fabrique pour
acheter 5 malheureux cigares bio pour 20 dollars US , histoire de ne pas
rentrer bredouille au camping .Dès que nous y sommes installés , nous
profitons de la piscine et des douches d'une propreté très discutables !
A 19h00 nous retrouvons Janette pour le briefing , histoire de préparer
le passage de la frontière du Honduras demain matin . Elle nous explique
que c'est le pays le plus pauvre du monde après Haïti ,ça promet . Elle
nous parle également des récents événements politiques qui ont été
violemment réprimés dans le sang avec plus de 80 morts .Elle nous met en
garde vis à vis de bandes de voyous couverts de tatouages qui
s'entre-tuent mais qui en principe ne s'attaquent pas aux touristes .
Bonjour l'ambiance ! Heureusement que nous n'y passons que quatre nuits
! Le Honduras est peuplé de prés de 9 millions d'habitants et les routes
y sont en très mauvaise état . Comme il est déjà plus de 20h00 lorsque
nous terminons , nous rentrons au camping car directement pour casser la
croute et terminer le blog en faisant une dégustation de cigare bio !



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