CENT CINQUANTE DEUXIEME JOUR : LE 30 MARS 2018




























                    La nuit a été très animée avec la musique de la
Procession de 3h00 du matin , avec le bruit des bus qui repartaient 
vers les villages voisins chargés de pèlerins mais aussi  avec les
hurlements des ivrognes, voir même leurs bruits digestifs peu agréables
à entendre . Heureusement qu'avec la fraicheur due aux 1500 mètres
d'altitude d'Antigua , nous avions fermé la plupart des fenêtres .Comme
hier soir j'ai fait le forcing pour bien avancer le blog et  terminer le
transfert des photos , nous pouvons le prendre plus cool . Aussi je ne
descends pas de la chambre avant 6h00 pour faire le café et préparer le
petit déjeuner que je termine en finissant la lecture du blog . Nous
l'envoyons aussitôt avec le téléphone de Dominique comme modem , sans
bouger du camping car , le panard ! Pas besoin de galérer à trouver le
mot de passe de la wifi ou  chercher après le coin de la réception où ça
passe le mieux , quand ce n'est pas le moins mal . Claire et Roger sont
sortis cette nuit  à cause d'une averse  ,pour décrocher leur linge qui
séchait dehors .

                Vers 8h00 ,nous partons en leur compagnie visiter la
vieille ville et aussi pour assister aux préparatifs de la Grande
Procession du Vendredi Saint . Comme hier, nous commençons par remonter
la route le long du cimetière , puis au lieu de tourner tout de suite à
droite vers le centre ville , nous continuons tout droit vers un immense
parking où viennent se garer les  vieux bus américains superbement
relooké à la latinos : du rouge , du jaune , du vert , du bleu , toutes
les couleurs du perroquet y passent et je ne parle pas du chrome qui
dégouline de la calandre  jusqu'aux nombreux pots d'échappement pour
finir au niveau des roues  . De vrais gâteaux d'anniversaire . Et ce
bruit de grosse cylindrée ! Et  ces volutes de fumée noire qui monte à
chaque coup d'accélérateur ! C'est tout un spectacle ! Armés de nos
appareils photos , nous nous faisons plaisirs pendant au moins dix
bonnes minutes avec Roger ! Et puis il y a aussi, à ne pas manquer, le
spectacle des autochtones qui en descendent , sortis tout droit de leur
cambrousse , les femmes en robes traditionnelles très colorées et les
hommes couverts de leur chapeau de paille à la " Jacques Vabres"  .
Ensuite nous commençons à errer sur le marché voisin . La première chose
qui attire mon attention c'est un marchands de "bondieuseries" très
clinquantes qui prépare son étale pendant que son voisin s'affaire à
clouer  avec une certaine hargne des Christ sur de grandes croix de bois
entreposées par terre . Je ne peux pas m'empêcher  de lâcher un
"Aie...aie... aie...!" retentissant , ce qui me vaut l'interdiction
formelle de faire des photos : " la prochaine fois tu te tairas , Pédro
!" Plus loin, ce sont les stands réservés à la restauration des
autochtones,  venues passer les fêtes de Pâques à Antigua . On  voit
d'ailleurs certaines familles encore couchées dans des hamacs  ou bien
carrément par terre . Entre deux étales de fruits artistiquement
présentés , des gargotes commencent à fumer et à embaumer  l'air ambiant
d'odeurs de fritures . Plus loin ce sont les tissus qui attirent
aussitôt l'attention  de Claire et de Dominique qui  se dépêche
d'acheter deux nappes pour 50 dollars US .La journée risque d'être rude!!

                En  continuant à remonter vers le centre , nous voyons
des autochtones agenouillés, au milieu des ruelles adjacentes , occupés
à étaler des fleurs pour en faire un tapis rectangulaire , devant leur
demeure , histoire d'honorer le passage de la Procession de 15h00 . Pour
qu'elles tiennent le coup plus longtemps , ils piquent leurs queues dans
une couche de sciure humide, étalée au préalable . Sur la gauche, nous
faisons au passage, quelques  clichés d'une église détruite en partie
lors du tremblement de terre de 1773 . Nous finissons par arriver sur la
Place d'Armes ,ombragés par de grands arbres . Les ruelles qui
l'entourent sont bordés d'arcades sous lesquelles se succèdent des
petits commerces d'artisanats , des restaurants et des tiendas . Après
que Roger ait acheté un petit instrument de musique fait dans un bambou
peint sur lequel on frappe avec une baguette pour 40 quetzales , nous
traversons la place pour aller visiter la cathédrale : les portes
grandes ouvertes , elles accueillent les paroissiens qui viennent voir
les baldaquins qui vont circuler dans la ville tout à l'heure ,portés
par cinquante volontaires . En sortant par la porte de derrière nous
tombons sur l'ancienne cathédrale : construite vers 1650 ,soit un siècle
après l'arrivée des Espagnols en 1558 , elle a été victime de plusieurs
tremblements de terre et finalement détruite par le celui de 1773
.Moyennant 1 dollar US par personne on peut visiter cette immense
squelette , dépourvu de toit , dont les immenses arcades se découpent
merveilleusement sur le bleu du ciel . On peut encore voir les moulures
de stuc qui décoraient le haut des massifs piliers de briques .
Curieusement elle nous fait penser à ses églises irlandaises ou
écossaises , privées de toit où le gazon fait office de carrelage . De
gros blocs de maçonnerie ont été volontairement laissé sur place pour
montrer la violence du séisme . Sur les autres blocs exposés dans la
cour on peut encore voir des fragment de fresques où dominaient le blanc
et le rouge .

                    A peine sortis de l'édifice , nous nous mettons en
quête d'un taxi pour nous conduire au "Cerro de la Cruz" , une hauteur
dominant la ville d'où le panorama sur Antigua , dominé par le Volcan de
Agua ,est remarquable . Moyennant 100 quetzales ,le chauffeur accepte de
faire l'aller et le retour avec une attente de vingt minutes là-haut .
C'est très agréable maintenant que nous connaissons un peu la ville, de
voir celle-ci à l'état de carte routière en relief  avec les différents
bâtiments historiques : la Place d'Armes , la Cathédrale  , l'Ancienne
Cathédrale , l'Eglise de Bélen , là-bas tout au bout sur la gauche , le
cimetière San Lazzaro à droite bref , tout nos repaires . Une fois de
retour sur la place centrale , nous faisons nos adieux à Claire et Roger
car nous comptons nous isoler un peu du groupe pendant quelques jours ,
histoire de visiter le lac Atitlan et ses volcans  , le marché de
Solola  réputé pour être le plus beau d'Amérique Centrale, et quelques
sites Mayas ,incontournables comme Iximché ou Quirigua .

                    De retour au camping après une demi-heure de marche
et une réhydratation indispensable , nous faisons le plein d'eau en
prévision des trois bivouacs à venir et nous nous dépêchons de partir
car il est déjà 11h30 et la circulation risque d'être impossible d'ici
peu avec les festivités et le monde que cela attire . Avec les deux
processions auxquelles nous avons assisté hier et le spectacle de
l'arrivée des autochtones pour les festivités de Pâques ce matin nous
pensons franchement que  nous avons eu le meilleur morceau :cela vaut 
certainement beaucoup mieux que la Grande Procession du Vendredi envahie
de touristes blancos !! Pour facilité la sortie d'Antigua , je prend la
roue d'un bus local pour remonter un dédale de petites rues et une fois
hors les murs , il faut sortir de la cuvette en  grimpant au sommet
d'une petite montagne et rattraper la route de Chimaltenango . Une fois
celle-ci traversée et ce n'est pas une mince affaire , nous prenons la
direction de Atitlan . Nous traversons alors un haut plateau couvert de
champs carrés de couleurs différentes qui constitue un magnifique
patchwork entre le bleu des choux , le vert des salades , le rouge des
tomates et le jaune de l'herbe . Arrivés à Tecpan , nous prenons à
gauche vers les ruinas de Iximché , pas facile car la ville est coupée
par endroit par des barrières . Nous finissons par nous retrouver sur
une petite piste caillouteuse : là il faut se résoudre à demander l'aide
d'une jeune fille qui nous confirme que nous sommes sur le bon chemin .
La route grimpe fortement à l'assaut de la montagne à travers une
superbe forêt de pins . Nous finissons par traverser le village actuel
de Iximché pour atteindre les ruines au fond d'un cul de sac : moyennant
100 quetzales pour 2 personnes ,nous nous installons dans une vaste
clairière à l'ombre des pins et des eucalyptus , envahie d'autochtones
venus pique-niquer en famille et visiter le site . La plupart des femmes
portent des robes traditionnelles .

                Après le repas nous attaquons la visite du site ; à
l'entrée nous avons la surprise de voir que les panneaux explicatifs
sont rédigés à la fois en Espagnol et en Katchik'el : comme un jeune
arrive accompagné de son grand père , je lui demande de me confirmer la
réalité de la chose . C'est vraiment formidable comme idée car nous
avons bien entendu autour de nous que la plupart des autochtones ici
parlent des dialectes inconnus de nous . Le site qui occupe tout le
sommet d'une montagne boisée de pins et d'eucalyptus se divise en quatre
ensembles de pyramides et de temples encadrant chacun une immense place
. L'une d'elle est dotée d'un autel à sacrifice de forme ronde posé en
bas de l'escalier principale . Beaucoup de panneaux sont là pour
expliquer la vie à Iximché : nous apprenons que la société était divisée
en trois classes sociales : le roi et les nobles qui s'occupaient de la
politique et de la religion , le peuple qui cultivait et les esclaves ,
souvent des prisonniers de guerres qui effectuaient les gros travaux de
voirie et s'occupaient de la construction des édifices publics . Petit à
petit une quatrième classe intermédiaire s'est créé entre nobles et
peuple , constituée de militaires , d'artisans et de commerçants . Le
rois et les nobles , ainsi que des vassaux proches vivaient intramuros ,
le peuple et les esclaves à l'extérieur du centre sauf lorsque la ville
était menacée d'invasions guerrières . Iximché, de par sa situation
géographique, était un grand carrefour commercial de la méso-amérique
participant aux échanges entre les méxicains au nord et les peuples du
sud de l'isthme qui fournissaient des fruits exotiques et surtout des
plumes de quetzal . Les peuples du nord vendaient des céramiques
blanches qui n'existaient pas ici à Iximché , de l'Obsidienne et du Jade
. Les Katchik'el se nourrissaient à 80 % de maïs , produit sur place ,
de tomates , de papayes , de cucurbitacés en tous genres et de miel
qu'ils faisaient fermenter pour en faire une boisson .

                Arrivés au bout du site , nous continuons à suivre le
flot des autochtones jusqu'à une petite clairière où nous sentons
aussitôt que notre présence gène un peu  . En y regardant de plus prés
nous voyons une femme d'une quarantaine d'année, à genoux devant un
monticule d'offrandes disposées sur une pierre ronde . Elle semble
marmmoner tout en passant des colliers de perles d'une main dans l'autre
, tout ça au milieu d'un cercle de spectateurs qui observent un silence
respectueux , faisant taire les jeunes enfants quand cela est nécessaire
.Arrivés dans son dos , je me permets quelques clichés de la prêtresse .
Par contre , quand je me enhardie au point de vouloir la prendre de face
, toute absorbée qu'elle est avec ses incantations , elle relève la tête
et me fait non de la main en souriant . Bon joueur , je range l'appareil
et nous plions bagages pour les laisser dans l'intimité requise pour ce
genre de cérémonie . En sortant de cette clairière nous voyons d'autres
pierres rondes posées sur le sol et noircies par la suie : ce doit être
des autels à offrandes que l'on brûlent lors de cérémonies identiques à
celle que nous venons de voir .

                   Nous regagnons maintenant le camping car en
traversant le site une derrière fois dans le sens de la longueur ,
magnifiquement éclairé par la lumière de fin d'après midi qui dore la
pierre déjà ocre de nature . C'est superbe avec le vert de la pelouse et
des arbres . Ce qui est agréable aussi c'est de voir autant
d'autochtones venir admirer en famille  les constructions colossales de
leurs ancêtres  et même d'en faire des photos . Comme le gardien ne veut
pas que nous dormions dans le site même , dès la fermeture à 16h00 ,nous
nous installons à proximité de la porte d'entrée . Au fond de notre
impasse ,nous avons l'impression de vivre dans un village guatémaltèque
, autour d'une place . A droite c'est une petite mémé qui habite une
coquette maison joliment fleurie . A côté ce sont deux familles ; le
père vient de rentrer en conduisant deux vaches au bout d'une corde .
Les enfants , armés d'une bassine vont chercher des racines de manioc
dans le champ en face de chez eux pour le repas de ce soir . Nous avons
vraiment l'impression de vivre avec eux . Malheureusement avec la
fraicheur du au 2300 mètres d'altitude et l'obscurité dès 18h00 ,nous
sommes obligés de nous isoler dans notre roulotte . Cela tombe bien car
il y a du pain sur la planche avec toutes les photos de la journée à
classer et à transférer .

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

CHAPITRE 5

CHAPITRE 9

CHAPITRE 8