QUATRE VINGT QUATORZIEME JOUR : LE PREMIER FEVRIER 2018

                Avec la préparation de l'itinéraire qui nous a pris une
grosse partie de l'après midi , je n'ai rien pu faire d'autre . Résultat
ce matin je me lève à 5h15 pour attaquer aussitôt le blog et le
transfert des photos . Pour gagner du temps je laisse même la
préparation du petit déjeuner à Dominique  , il faut dire que  j'ai un
peu la pression avec un départ fixé à 8h30 pour la visite de Lima . Je
prends quand même le temps d'expérimenter les douches du gymnase et de
tailler une bavette avec Roger en passant devant chez lui . Puis avec
Dominique nous réussissons à envoyer depuis le camping car le blog avec
le téléphone équipé de la carte SIM péruvienne . Il ne reste plus qu'à
préparer le sac à dos pour l'excursion d'aujourd'hui : chapeau ,
lunettes de soleil et crème de protection car il parait que ça va
chauffer alors que pour l'instant nous sommes dans une brouillasse pas
possible , toujours dû au phénomène  de la proximité Pacifique-Montagne
et chaleur !

                    Comme prévu le bus vient nous chercher à 8h30 , il
parait qu'il faut une heure pour faire les trente bornes qui nous sépare
du centre historique , à cause de la circulation . Mais ce n'est pas du
temps perdu , bien au contraire car Liliane , notre guide péruvienne en
profite pour présenter son pays . Comme nous passons devant des favellas
installées en haut de la première ligne de dunes , elle nous explique
que ce sont des péruviens venus des campagnes qui s'installent là ; bien
souvent ils construisent leur cabane petit à petit sur un bout de
terrain cédé par la commune de Lima , dépourvu des commodités
indispensables : pas d'eau courante , pas d'électricité , pas d'égout et
encore moins de ramassage d'ordure . Ce sont des gens qui vivent avec
moins de 850 solés par mois (moins de 250 euros!) qu'ils gagnent en
faisant des petits boulots , sans cotisation maladie ou retraite , avec
des contrats de travail non renouvelables .Lorsqu'ils sont trop vieux
pour gagner leur vie , il faut qu'ils comptent sur la famille pour les
aider à survivre ! Il parait qu'à partir de 1968 le pouvoir central à
commencer à s'occuper du sort des déshérités : c'est un militaire qui a 
lancé une loi agraire en nationalisant les immenses haciendas pour
redistribuer les terres : le problème était que les nouveaux paysans
n'avaient pas d'animaux de trait ,ni d'outils suffisants pour travailler
la terre et que beaucoup sont alors venus allonger la liste des pauvres
à Lima qui sont 5 millions à habiter dans ces favellas , soit la moitié
de la population de la capitale et un sixième de celle du Pérou . Puis
c'est le président d'origine asiatique Fujimora qui lors de son premier
mandat s'est attaqué au problème de la scolarisation pour tous et de la
santé en ouvrant les hôpitaux publiques même au plus pauvre .Il a aussi
doté les favellas d'escaliers en bois pour descendre et monter plus
commodément dans les dunes . Son second mandat a malheureusement montré
qu'il était aussi un champion de la corruption et il a été incarcéré .
Sa fille a repris le flambeau avec les même travers . Actuellement c'est
un Polonais qui est au commande avec déjà de sales histoires de
corruption sur le dos après un an et demi de mandat seulement !

                Elle nous explique aussi que le Pérou est un pays très
riche avec beaucoup de réserves minières , beaucoup de pétrole et de gaz
naturel mais que malheureusement ces richesses sont extrêmement mal
réparties au niveau de la population . A côté d'une caste dégoulinante
de dollars , une pseudo classe moyenne essaie de survivre en gagnant
2000 solés alors qu'il en faut 3000 pour vivre décemment : résultat ,
ils sont obligés de compléter leur activité professionnelle principale
par de petits boulots à côté . Comme nous commençons à nous rapprocher
du centre historique elle oriente alors ses explications sur les débuts
du Pérou avec la conquête de celui-ci par Pissaro  qui avait réussi à
vaincre le très puissant dernier Inca , Atahualpa ,par traitrise ; il
captura le maitre de presque toute l'Amérique Latine lors d'une
rencontre amicale et exigea une rançon en or et en argent énorme contre
sa liberté , puis le fit exécuter . Pissaro choisit le site de Lima pour
installer sa capitale car à l'époque le désert côtier actuel était
couvert de cultures grâce à un ingénieux système d' irrigation venant
des montagnes qui n'a malheureusement pas été entretenu .Suite à des
rivalités entre conquistadors , Pissaro sera exécuté à son tour à Lima .
Le Pérou sera au même titre que les pays voisins sous la coupe de la
couronne d'Espagne jusqu'à sa libération le 15 juillet 1821 par les deux
grands Libertadors ; San Martin d'origine Argentine ,  mort à Boulogne
sur Mer et Simon Bolivar d'origine vénézuélienne . Toutefois il faut
savoir que le Pérou a été le dernier à refuser le joug espagnol car Lima
,  en tant que capitale du Pérou, était peuplé de riches familles
espagnoles , pas très intéressées par l'Indépendance .

              Nous commençons par la visite de la place San Pédro où
règne en maitre le général San  Martin du haut de son cheval . Puis
Liliane demande au chauffeur de nous déposer à l'église San Pédro
construite par les Jésuites  et plusieurs fois victime de tremblements
de terre ayant détruit totalement les deux clochers . De style baroque
espagnole elle est dotée d'un maitre-autel doré à la feuille d'or  et
d'un balcon équipé de moucharabieh  , doré également  également  pour 
que les dignitaires puissent assister discrètement à la messe . Liliane
nous explique qu'au début de la création de Lima les différentes
congrégations religieuses ont essayer de tirer la couverture chacune de
leur côté que ce soit les Jésuites , les Bénédictins ,les Dominicains
,...L'Espagne envoyait des flots de moines destinés à évangéliser les
indigènes : pour cela , il fallait qu'ils commencent par apprendre le
quetchua  , puis qu'ils s'adaptent aux croyances locales avec la
Pachamama (la terre mère) et le ciel , d'où le syncrétisme qui s'est
aussitôt établi avec la religion catholique . En flânant ensuite dans
les rues du centre historique , nous voyons de beaux exemples de maisons
coloniales espagnoles avec de superbes balcons en bois . Liliane nous
montre la différence avec celles construites après l'Indépendance de
1821 , beaucoup plus sobre quant à la décoration des balcons , souvent
peint en vert plutôt que vernis . Dans les rues nous constatons
effectivement que les gens vivent de petits métiers comme les cireurs de
chaussure , les rémouleurs qui passent aiguiser les couteaux des
restaurateurs , les transporteurs de marchandises avec leur carriole à
bras ; on voit même de jeunes acrobates profiter des feux rouges pour
faire leur numéro , n'hésitant pas à monter sur le toit des voitures .

                    Nos pas nous mènent au monastère des Bénédictins à
la Basilica Santa Cruz : Liliane profite de l'ombre et de la douceur que
dégage un magnifique cloître donnant sur un jardin exotique doté d'une
superbe fontaine pour nous parler un peu de l'histoire de ce bâtiment
qui abrita  les deux premiers Saint et Sainte d'Amérique du Sud ; il
s'agit de Santa Rosa , morte à 31 ans et de San Martin  de Porres , un
mulâtre dont le père était noble et la mère  esclave noire , qui vécut
jusque 61 ans en soignant les pauvres mais dont le statut resta  celui
d'un simple domestique des frères dominicains à cause de sa couleur . Il
fut canonisé néanmoins par Jean XXIII en 1962 .

                    De là, nous passons à la visite de la Place d'Armes
sur laquelle donne la Cathédrale , l'Archevêché dont la façade est
décorée de magnifiques balcons de bois et  sur le côté le Palais
Présidentiel où nous assistons à la relève de la garde à midi . Nous
reprenons ensuite le bus qui nous emmène dans un quartier appelé Pueblo
Libre à cause de la maison de Simon Bolivar et de la place du même nom ,
pour y déjeuner : Liliane nous fait goûter le cébiche de poisson cru au
citron vert , aux oignons et aux piments , du crabe enrobé d'une couche
de patate douce , une brochette de coeur , toutes des spécialités de
Lima malheureusement servi dans une atmosphère de cantine ! Puis nous
consacrons le reste de l'après midi à la visite du Musée Larco : c'est
une exposition privée de céramiques particulièrement riche, consacrée
aux  différentes civilisations de la côte Pacifique allant des Huaris ,
aux Mochicas en passant par les Chimus et pour terminer au sud avec les
Paracas et les Nazcas . Nous apprenons que ces civilisations utilisaient
la poterie comme nous nos tableaux et livres pour exprimer leur art
qu'ils maitrisaient à la perfection . Comme la plus part de ces
céramiques ont servie d'offrandes dans les cérémonies funéraires et
qu'elles ont séjourné dans les tombes , elles sont en parfait état de
conservation .Elles sont vraiment  d'une rare beauté : même le cadre  
du musée est enchanteur avec toutes ces fleurs et nous terminons par une
salle réservée aux poteries érotiques qui montrent que les indiens n'ont
rien à envier aux disciples du Kamasutra !

                    Nous quittons ensuite le quartier de Pueblo Libre
pour celui de Miraflores  ,très chic , histoire d' aller voir la Costa
Verde : un front de falaises y domine l'océan Pacifique . Sur la plage ,
où d'énormes vagues viennent étaler leur écume , des centaines de
surfeurs tentent de faire des figures . Nous commençons  notre visite
par le "Jardin des Amours " ,  haut lieu lieu de rencontre de la
jeunesse de Lima, pour flirter , pour s'entrainer aux rollers ou au
skate board .Puis nous avançons d'un kilomètre pour voir un autre parc
où sont installées des galeries marchandes avec des commerces de luxe.
Vers 19H00 notre chauffeur nous descend sur la plage pour diner dans un
restaurant installé au bout d'une jetée , au beau milieu des grosses
vagues de l'Océan . Le cadre est magnifique , le pisco aussi , mais la
tambouille beaucoup moins ! Puis notre chauffeur nous ramène au camping
moyennant 80 dollars US soit 15 dollars US par couple pour 30 bornes ,
soit une heure de route même à 22h00 !

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