QUATRE VINGT DIX SEPTIEME JOUR : LE 3 FEVRIER 2018

                     Hier Janette nous a mis la pression lors du
briefing : "demain nous afons une lonk étap , plus 400 kilomètres et la
ficite  d'un site archéologique  préfue à 15h30 ,mais  ce site est fort
cassé , fort fieux , c'est comme fou foulez , fou n'êtes pas oblichés de
fénir ! Pour ceux qui feul , il y a la plache , mais c'est une plache
péruvienne ! Personnellement moi che baigne pas !"   Et puis d'entrée il
faut compter une heure de piste pour faire les 25 première bornes !
C'est bien pour ça que ce matin j'entends des bruits de gamelles dès
4h30 ! Il ne faudrait quand même par exagérer , les Helvètes !
Qu'importe , je ne descends pas faire le café avant six heures : par
contre nous prenons le petit déjeuner immédiatement après et nous
enchainons avec les différents préparatifs d'usage , histoire d'être
opérationnels à 6h30 . Claire et Roger sont déjà partis depuis 1/4
d'heure.  C'est avec plaisir que nous empruntons la vallée du Supé , un
véritable jardin d'Eden aux portes du désert . Comme hier nous admirons
les paysans déjà au turf dans les vergers de cognassiers , de fruits de
la passion ou de maracuas . D'autres s'affairent autour d'un énorme tas
de pastèques qu'ils chargent à bord d'une camionnette en se faisant des
passes comme au rugby . C'est vraiment amusant de les voir lancer ces
énormes ballons verts avec une précision redoutable . Nous assistons
aussi à la préparation d'un champs de cannes à sucre : après avoir buté
le terrain , les autochtones plantes de petits tronçons de cannes
verticalement au sommet des crêtes , puis ils arrosent copieusement pour
faire reprendre les bouture . En y regardant de plus prés dans l'un des
hameaux que nous traversons , je découvre des arènes pour combat de coqs
avec des gradins tout autour . Aussi malgré les trous de la chaussée et
la tôle ondulée , nous ne voyons pas passer l'heure consacrée à cette
piste épouvantable . C'est d'autant plus étonnant que nous l'avions déjà
emprunté hier !

                    Malgré tout , nous retrouvons le macadam de la
Panaméricaine avec beaucoup de plaisir : on a l'impression de glisser
sur de la soie tant le contraste est violent . Après une bonne vingtaine
de kilomètres , au niveau de Paramonga , nous prenons à droite pour
aller visiter une superbe forteresse Chimu construite en adobes :
celle-ci est assez bien conservée . Elle occupe toute une colline
jusqu'à son sommet mais comme la brouillasse du matin masque une bonne
partie du paysage , nous laissons de côté l'ascension . C'est un peu
dommage car par beau temps on doit avoir une vue magnifique sur l'oasis
et sur le Pacifique tout proche . J'essaie de m'appliquer en tirant les
photos pour rendre la puissance de l'édifice dont les épaisses murailles
sont encore en parfait état . Pendant ce temps Dominique taille une
bavette avec le gardien des lieux venu aux nouvelles : il ne doit pas
voir de pèlerins tous les jours , et de France encore moins .

                    Nous reprenons  ensuite la Paraméricaine en
direction de Casma : celle-ci alterne des tronçons d'autoroute et des
tronçons de deux voies dès que nous traversons une ville , ce qui
n'arrange pas notre moyenne . Nous doublons énormément de camions qui
vont de la capitale à Trujillo , une des plus grosses villes du Nord du
Pérou . Nous traversons d'abord une région spécialisée dans la culture
de la canne à sucre , puis une autre envahie de rizières . De temps en
temps nous voyons surgir la côte de la brume avec de vastes plages de
sable sur lesquelles viennent mourir les grosses vagues du Pacifique ,
laissant derrière elles , une large frange d'écume . Beaucoup de petits
îlots rocheux  très déchiquetés s'égrainent aussi le long de la côte
Après un essai infructueux de plein de gasoil à Huanley nous trouvons
une  petite station sympa où le pompiste accepte de nous faire le plein
de la réserve d'eau  à l'entrée de Chimbotte.A peine avons nous repris
la route que nous évitons de peu un accident qui aurait pu être mortel :
arrêtés devant un  tumulos (un ralentisseur) nous passons
tranquillement  sur la voie de droite  lorsque une voiture arrive à fond
les manettes derrière notre voisin de gauche :à grand renfort de bruits
de moteur et de crissements de pneus . Un coup d'oeil dans le rétro et
je pivote vers le bas côté pour laisser passer l'énergumène en dérapage 
sans se soucier  le moindre du monde de ce qui se passe autour de lui !
Heureusement qu'un Français était là , si non ,on aurait pu voir dans
les jours qui viennent une chapelle de plus au bord de la route avec
quatre ou cinq noms . ! C'est malheureusement ça la Panaméricaine et sur
des milliers de kilomètres : on tue et on réfléchit après !

                    Tant bien que mal nous finissons par arriver au
sud de Trujillo où nous trouvons la petite route à droite qui mène au
site de Huacas del sol y  la Luna : Après 5 bornes de petites rues et
quelques demi tours et marches arrières , nous atteignons le parking du
site : il est 14h00 et je roule depuis 6h30 sans interruption dans des
conditions très péruviennes , aussi j'aime autant vous dire que j'en ai
ras la casquette ! Un bon petit coup de blanc et nous passons à table .
Ensuite ,je commence le blog pendant que Dominique s'occupe de la
vaisselle et du café .
Tout doucement nous voyons le Suisses arriver et enfin Janette . Elle
nous confie aux bons soins de Marysa , une guide francophone que nous
avons en exclusivité pour nous deux  , un régal car elle est très
cultivée et parle parfaitement le français .Elle commence par nous
expliquer que Moché ou Mochica , c'est la même chose le terme Mochica
avait été choisi par les Espagnols , ici on préfère le terme Moche plus
en rapport avec le Rio Moché qui arrose , Trujillo , la troisième ville
du Pérou après Lima et Aréquipa . Le territoire Moché correspondait à
une bande côtière qui s'étendait sur 800 km du nord au sud c'est à dire
de Sipan à Caral . La civilisation Moché s'est développée du début de
notre ère jusqu'en 850 après JC , c'est à dire des Romains à Charlemagne
. Leur empire se composait d'une succession de vallées ,
perpendiculaires à la côte Pacifique où ils développèrent l'agriculture
grâce à l'irrigation . Ils étaient aussi pêcheurs à bord de petites
embarcations individuelles en roseaux (totoras) comme sur le lac
Titicaca . Ils possédaient aussi des embarcations plus grandes ,pour 10
à 15 passagers ,pour commercer avec les tribus d'Equateur .Ils avaient
aussi des échanges avec les tribus de la Selva (forêt amazonienne ).

Le site se compose de deux pyramides construites en adobes , d'un côté
la plus grande dédiée au Soleil et l'autre plus petite dédiée à la Lune
, adossée à une montagne de forme parfaitement pyramidale . Au centre ,
une vaste esplanade , où étaient construites les maisons des gens du
commun . D'en haut du site on voit d'ailleurs les bases de quelques
bâtiments déjà excavés . La pyramide du Soleil n'a pas encore était
exploré faute de moyen . Il faut dire que le site n'est pris en charge
que depuis 1992 . Nous grimpons jusqu'au sommet de la pyramide de la
Lune pour découvrir plusieurs temples fortement endommagés par le
pillage des Espagnols et les intempéries .Marysa nous montre différents
types d'adobes avec sur chacune un signe distinctif de l'ouvrier qui
l'avait fabriqué . Les adobes étaient réalisées avec un mélange
d'argile , de sable , de graviers et de fibres végétales puis cuites au
soleil . La brique classique pesait 7 kilos mais il en existaient de
beaucoup plus grosses , coulées sur place qui servaient dans le bas des
murs et qui pouvaient atteindre 200 kilos .Les Mochés avaient l'habitude
tous les siècles de changer la décoration en fonction des nouveaux
dignitaires et qu'ils muraient les anciens bâtiments avant de les
enterrer et de reconstruire un nouvel étage au dessus , cela a permis
aux archéologues de découvrir 4 étages au dessous en parfait état de
conservation . Tous les murs des couloirs et des salles étaient décorés
de bas reliefs et de fresques très colorés : ils utilisaient le rouge et
le jaune grâce aux pigments minéraux que l'on trouve dans le secteur ,
le blanc était réalisé avec de la chaux et le noir avec les cendres du
bois de caroubiers . Les teintes étaient fixées avec la sève d'un
cactus. C'est le Dieu Ayacapec qui servaient souvent de motif décoratif
: en y regardant de plus prés on voit qu'il a différentes expressions du
visage , la colère , la gaité ,l'autorité , .... Il a de grands yeux de
hiboux et de grosses boucles d'oreilles comme aimaient en porter les
indiens de l'époque . Les deux étages inférieurs de la Pyramide de la
Luna n'ont pas encore étaient excavés . En haut au cinquième étage , à
côté de l'autel on a retrouvé 800 squelettes mutilés qui correspondent à
des sacrifices humains . Les victimes étaient des prisonniers de guerre
: le commun des mortels ne se battaient pas à l'époque , il servait à
nourrir la société . Seule , la classe supérieure faisait la guerre
décorés de parures magnifiques en or et en argent . La guerre n'était
pas une tuerie comme nous pouvons la concevoir , pas meurtrière , le but
étant de ramener le plus de prisonniers possible pour les offrir en
sacrifice aux Dieux . Les pauvres victimes étaient préparées pendant
plusieurs jours dans des pièces spécialisées : ils étaient d'abord
drogués puis torturés avant de monter sur l'autel à sacrifice . Les
archéologues pensent même que certains ont été victimes de
l'anthropophagie des prêtres d'après les traces retrouvées sur les
squelettes , notamment des traces de dents sur les os !

Puis nous redescendons en longeant le côté droit de la pyramide pour
constater avec surprises que celle-ci était complétement décorée de
fresques : en bas des lignes de prisonniers attachés par le cou. A
l'étage supérieur , les soldats rentrant vainqueurs , armés de leur
massue et derrière le fanfare pour fêter la victoire . Un troisième
étage est consacrée aux araignées : celles-ci représentent l'humidité
certainement très vénérée par ces cultivateurs : il faut savoir qu'ici
il pleut tous les 20 ans grâce à l'influence de El Nino et que dans ces
cas le pays est envahi d'araignées ! L'étage d'au dessus montre
différents travaux , de cultures , de pêche , de chasse ,....Le dernier
étage est décoré d'un interminable serpent qui ondule d'un bout à
l'autre de la fresque . C'est bien la première fois que nous voyons un
site aussi ancien et aussi bien conservé au niveau de la décoration .

Enthousiasmés par cette visite formidablement commentée , nous offrons
à notre guide de la déposer chez elle en ville avant de regagner la
plage de Huanchaco où nous retrouvons le reste de la troupe Ce soir Jean
Marc qui offre l'apéro histoire de pouvoir discuter de tout ça
tranquillement , un verre à la main , après une journée très fatigante à
cause des 400 bornes de Panaméricaine .

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