CENT NEUVIEME JOUR : LE 15 FEVRIER 2018

                    Il faut encore faire un effort ce matin car nous
avons une longue étape , peut être pas en kilomètres puisqu'elle ne 
fait que 260 bornes mais en temps ,car il s'agit de routes de montagne .
Aussi comme d'hab à 5h15  je suis sur le pont pour faire le café et
finir le blog . Ce qui a de bien c'est que la réparation de Roger est
nickel , le frigo fonctionne à merveille depuis hier soir . Comme
Janette nous a fixé rendez vous à 16h30 pour la visite de Popayan à bord
d'une chiva , nous avons un peu la pression ce matin . C'est Jean Marc
qui ouvre le feu en démarrant vers 6h45 .Nous le suivons de peu avec
Roger mais nous devons faire le plein de gasoil avant de prendre le
large . Nous nous arrêtons à la grande station installée en face de
l'usine à gaz . Les pompistes sont doublement sympas car ils acceptent
la carte Visa et sont d'accord pour nous faire le plein d'eau de la
réserve . C'est le panard ! Encore un plein pour 20 dollars US , il faut
en profiter car ce n'est pas la même chose dans le nord de la Colombie
d'après Janette .

                Nous reprenons la rocade de contournement de Pasto
et au premier rond point nous trouvons la Nationale 25 en direction de
Popayan distante de 250 bornes . Encore perchés à 2700 mètres d'altitude
et ça se sent car ce matin le thermomètre extérieur affiche 10°5 , nous
commençons par un immense descente où nous enfilons virage sur virage a
tel point qu'ici il n'y a plus le moindre tronçon de ligne droite entre
deux . Dès la sortie d'une courbe nous plongeons dans la suivante .
Dominique , occupée à brancher les différents appareils sur les
allumes-cigares pour les charger , attrape aussitôt le tournis ! Pas
facile de doubler un gros 50 tonnes dans de telles conditions , on voit
qu'avec une nuit j'ai perdu mes habitudes de conduite colombienne ! Il
faut attendre un petit quart d'heure avant que les réflexes latinos
reviennent . Parvenus en bas de la première pente , nous empruntons un
large pont qui enjambe un torrent impétueux pour regrimper de plus bel
sur le coteau d'en face .La route offre une succession de panoramas
magnifiques et des à-pics à couper le souffle . Même lorsque nous
arrivons à nous arrêter avec  le camping car pour faire quelques photos
, nous serrons les fesses pour approcher du bord ,à pieds pourtant  :les
vallées sont immensément profondes avec des flancs de montagne qui
descendent presque à la verticale, à tel point que nous avons souvent du
mal à voir le court d'eau qui en occupe le fond . Autres sujets de
stress , ce sont les effondrements de la route , côté ravin , qui
atteignent parfois la chaussée jusqu'à la ligne jaune ou à l'inverse ,
les glissements de terrain , côté montagne , avec des tas de terre et de
cailloux qui envahissent plus d'une voie ! Bien sûr , c'est toujours à
la sortie d'un virage que nous en avons la surprise . Ici la
signalisation n'existe pas ! Des ouvriers de la DDE , habillés et
casqués de jaune, ce qui les fait ressembler à des Play-mobils ,
essaient d'évacuer ça à l'aide de pelles . Nous en voyons un, arriver à
son chantier en cyclomoteur, tout en tirant sa brouette derrière lui .

                Sur les sommets voisins, des nuages de brouillasse
s'effilochent un peu partout autour de nous . Pourtant il commence à
faire lourd, lorsque nous descendons du véhicule ; le thermomètre
extérieur affiche 26 ° maintenant et le degré hygrométrique est plus
important que ce matin . En regardant de plus prés le GPS, nous voyons
que nous sommes descendus de plus de mille mètres . Petit à petit  la
végétation tropicale disparait : l'herbe des bas côtés devient jaune ,
des cactus chandeliers commencent à dominer les massifs d'épineux .
Beaucoup de figuiers de Barbarie exhibent leurs fruits rouge comme des
boules de Noël . Même les maisons sont moins jolies et moins soignées .
Par contre une chose reste constante , c'est la présence de nombreux
militaires armés jusqu'aux dents et portant le gilet pare-balle, sur le
bord des routes et dans les villages . Ici les autochtones vendent
beaucoup de citons verts , de papayes et des pastèques . C'est amusant
car hier avant Pasto, ils n'avaient que des anones sur leurs étales . Je
crois bien d'ailleurs que "l'anonier"ressemble à un manguier de par la
taille et de par les feuilles ovales et un peu vernissées .

                Curieusement nous quittons cette nature un peu sèche
pour retrouver avec plaisir la végétation tropicale luxuriante de ce
matin : des palmiers , des bananiers , des fougères énormes et des
fleurs partout : des strélisias , des bougainvilliers , des crotons ,
des poinsétias , ... Nous avons l'impression de rouler dans la jungle
tant la végétation enserre la route au point de l'étouffer . Sans
compter ces immenses arbres qui avec leurs interminables branches
forment une voûte complète au dessus de la chaussée . Je profite d'un
des nombreux contrôles de police pour demander le nom de ces géants de
la forêt , mais ils ne savent pas ! Ils ont un peu la même feuille que
les acacias et ils ne produisent pas de fruit . Par endroit la route est
bordée de haie de bambous aux troncs énormes et dotés de feuillages qui 
les font ressembler à  des plumeaux . Plus loin ce sont d'énormes
flamboyants qui s'inclinent sur notre passage comme s'ils nous saluaient
tant ils sont chargés de fleurs  . Ensuite sur plusieurs tronçons de
route ,ce sont des citronniers chargés de fruits qui nous servent de
haie d'honneur .Nous profitons de la traversée d'un village pour acheter
quelques fruits : malheureusement nous ne trouvons que des mangues et
des melons ( 8 000 COP pour 3 grosses mangues et un melon soit un peu de
3 euros ) . Ils vendent aussi des oranges , des mandarines , des citrons
verts , des pastèques et des anones pas mûres . Ici beaucoup de maisons
sont faites de bambous fendus sur lesquels on a projeté de l'argile :
malheureusement dans le secteur , les toits sont souvent en tôles ,mais
rarement en tuiles romaines comme en Equateur . Nous arrêtons également
devant un étale un peu bizarre : une mamie y a installé des blocs
cubiques marron clair , qui ressemblent à des pains de savon : il s'agit
d'un mélange à base de sirop de canne à sucre et de noix de coco râpée :
coupé en petit dés , ça ressemble à une friandise !

Plus nous rapprochons de Popayan ,moins le relief est accidenté .
Comme hier pour Pasto , nous empruntons la rocade de contournement ,
direction Cali .Dans les faubourgs , nous voyons beaucoup de scieries où
ils font sécher les planches en faisant des pyramides autour d'un feux
de sciure qui fume tout ce qu'il peut . Les habitations dans ce genre de
quartiers sont tristes . Le contournement de la ville fait d'au moins 15
bornes . Nous finissons par trouver le parking du restaurant où nous
devons passer la nuit . Comme nous sommes les premiers, nous nous
choisissons une place face à un petit lac situé en contrebas du
campement .Après le repas, je commence le blog et le transfert des
photos en attendant le départ de l'excursion .

Comme prévu à 16h30 nous grimpons à bord d'une chiva superbement
décorée pour aller visiter Popayan , ville de 220 000 habitants appelée
"ville blanche"car en raison d'une épidémie de peste les maisons avaient
toutes étaient peintes à la chaux pendant l'occupation espagnole . Nous
commençons par la visite de la plus vieille église de la ville qui date
du milieu du XVIème siècle . Ensuite nous descendons une superbe rue
pavée de grosses pierres et bordée de maisons coloniales espagnoles
dotées de jolis balcons en fer forgé pour rejoindre la Place d'Armes .
Ombragée par de grands arbres , celle-ci est bordée par la cathédrale et
la tour de l'horloge (horloge qui vient d'Angleterre ), par une tripotée
de banques et par la mairie . Après avoir sortie un peu de COP au
distributeur , nous allons visiter la cathédrale qui est d'une sobriété
déconcertante ; une chose curieuse aussi , c'est que c'est la vierge qui
occupe le fond de l'abside derrière le maitre autel en position de
crucifixion !! Après avoir fait un tour de place nous avançons jusqu'au
Pont d'Humilité , un pont de pierres qui faisait la jonction entre le
quartier des notables et les quartiers populaires . C'est par ici que
les denrées alimentaires pénétraient dans la ville . Nous reprenons
ensuite la chiva pour grimper jusqu'à un belvédère dominant la ville .
Là ,il faut grimper un sentier pavé de grosses pierres disjointes dans
l'obscurité , ce qui se révèle difficile, pour avoir une vue panoramique
sur Popayan , nom qui vient du dernier chef indien Payan lorsque les
Espagnols s'emparèrent de la ville. Puis nous regagnons la chiva sous
l'orage qui menaçait depuis tout à l'heure . C'est sous la pluie et avec
de beaux éclairs que nous faisons les trois quart d'heure de route pour
rentrer au campement dans la nuit équatoriale , noire de chez noire !
Encore une soirée où nous nous retranchons chacun chez soi par la force
des choses !

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