SOIXANTE QUINZIEME JOUR ; LE 12 JANVIER 2018

                Exténués par l'altitude nous nous sommes couchés à
21h00 hier soir et çà ne nous empêche pas de trainer au lit jusque sept
heures moins le quart ce matin .Pourtant il faudrait se bouger car nous
avons une étape de 475 bornes avec de la piste , un passage de col à
4700 m et le franchissement de la frontière chilio-bolivienne , rien que
çà  ! Aussi ,dès que je descends de la chambre, j'attaque la préparation
du petit déjeuner pendant que Dominique investit le cabinet de toilette
. Bien que dehors , c'est encore nuit noire , je commence les rangements
nécessaires avant la mise en route . En sortant ranger la table dans la
soute , je tombe sur Roger qui est déjà prés à décoller à 6h15 . C'est
vrai qu'il n'est pas seul à être déjà sur le pied de guerre il y a un
équipage suisse de parti , mais c'est dommage de ne pas profiter du
paysage avec cette obscurité ! De notre côté, nous préférons continuer
nos préparatifs habituels en attendant la lumière du jour . Vers 6h45 je
commence à faire chauffer le moteur selon les conseils de Janette car
nous sommes à 3 600 mètres et nous risquons d'avoir des difficultés à
grimper et le camping car pourrait bien fumer noir .

                Il fait tout juste clair lorsque nous traversons le
terrain de football et nous voyons  déjà au dessus de nos têtes le
faisceau des phares d'autres équipages lève-tôts balayer la montagne .
Il faut d'abord reprendre la petite route qui dessert Putré pour
retrouver la Ruta 11 que nous prenons sur la gauche . Dans la demi
obscurité, nous ne voyons pas que nous prenons rapidement de l'altitude
mais nous le sentons à notre respiration un peu courte et à notre tête
toujours ouatée en pareille circonstance . Par contre , le GPS ne se
trompe pas et affiche très vite 4200  m d'altitude  seulement après
quelques virages . Nous sommes amenés à doubler pas mal de gros camions
qui peinent tout ce qu'ils peuvent dans le forte pente . Au cours de
cette première phase d'ascension ,un vilain rideau de nuages nous
empêche de voir complétement les deux grands volcans neigeux que nous
avons pu voir hier lors de notre arrivée à Putré . Heureusement qu'une
fois parvenus au premier point GPS indiqué par Janette , histoire
defaire une petite randonnée de 40 minutes et de voir des lamas dans la
neige , en regardant derrière nous nous découvrons le Volcan Pomerape
(6250m) et le Volcan Parinacota (6330 m)   éclairés par la chaude
lumière de l'aube ; le spectacle est d'autant plus formidable que tout
ce qui nous entoure est plongé dans le brouillard . Après avoir dégommé
une volet de clichés , nous décidons de repartir en camping car plutôt
que de se perdre à pieds sur ce haut plateau couvert de neige où la
visibilité est plus que réduite . Nous y retrouvons Roger et quelques  
équipages suisses qui prennent la même résolution que nous .

                La ruta 11 , tout en traversant ce haut plateau et en
sinuant tout ce qu'elle peut, grimpe encore  jusqu'à 4700 mètres parmi
les rochers et les grandes plages de neige . Nous laissons de côté la
visite d'un petit village typique proposé par Janette , d'abord à cause
de la visibilité et aussi parce que la piste qui  mène à  Parinacota 
est complétement enneigée .  C'est alors que le macadam nous abandonne
pour  laisser place à une piste épouvantable où nous réunissons tôle
ondulée , énormes ornières et plaques de boues très glissantes , tout çà
accompagné d'une brouillasse qui s'effiloche plus ou moins . Nous
longeons ensuite le lac Chungara situé à 4570 m , ce qui en fait le lac
le plus haut du monde . Bien que les conditions d'arrêt soient
difficiles le long de la piste boueuse , avec le passage de nombreux
camions qui convergent vers la frontière bolivienne , nous nous
octroyons quelques poses photos pour immortaliser les flamants roses qui
pêchent imperturbablement , les canards et les oies sauvages qui en
peuplent les berges .  A force de doubler des camions nous finissons par
tomber sur une colonnes de poids lourds stationnés pour de bon  : c'est
déjà la queue pour la douane et nous en sommes  encore à 17 kilomètres .
Il faut donc essayer de doubler ce bouchon mais cela se révèle une
opération délicate car en face d'autres camions sortis du poste
frontière prennent la direction du Chili ! Ce n'est pas drôle de se
retrouver nez à nez avec un gros tracks américain de 50 tonnes qui ne
veut rien savoir ! Et pour compléter le tout il y a des secteurs de
piste en travaux  ; c'est d'ailleurs dans un de ces passages délicats
que je sauve la mise à Roger , qui n'a pas de place pour se rabattre, en
le laissant se glisser devant moi . Au passage , il nous confie qu'il a
galérait tout au long de l'ascension avec son moteur qui se mettait en
mode dégradé . Il a d'ailleurs dû sortir sa mallette de diagnostic
informatique pour essayer de solutionner le problème sans trop de
résultat apparemment !

                Avec bien des soucis  , des marches arrières
hasardeuses et autres péripéties  en tous genres, nous finissons par
atteindre le poste frontière où les formalités côté chilien se passent
en un tour de main  mais qui deviennent très désagréables côté bolivien
où nous glandons plus d'une heure au troisième guichet . Résultat il est
déjà 11h00 , heure chilienne  , 10h00 heure bolivienne lorsque nous
sortons de ce guêpier .Nous finissons par descendre un peu en altitude
en suivant des vallées où paissent de nombreux troupeaux de lamas . De
drôles de rochers verticaux ,de couleur rouge le plus souvent ,semblent
jaillir  des entrailles de la terre ,un peu comme  ceux que nous avions
vus lors de notre excursion de trois jours . Puis tout à coup au détour
d'un virage , nous voilà de nouveau devant une file ininterrompue de
camions . En fait il s'agit d'un mouvement de grève qui a conduit les
meneurs à faire un dépôts de sable sur la route d'un bon mètre de haut .
Renseignements pris avec Roger et Jean Marc que nous retrouvons sur
place , il parait qu'il y en a pour des heures . Nous décidons donc d'en
profiter pour déjeuner et Roger se propose même pour faire le café .
Puis après le repas , en allant faire quelques clichés des événements
avec Jean Marc , nous nous rendons compte qu'un groupe de camionneurs
est entrain de faire un passage à grands coups de pelles . Nous revenons
vite au camping car  sans perdre de temps pendant que Roger a déjà
entrain d'emboiter le pas au premier bus qui a forcé le barrage . Nous
tirons alors la route comme des malades à 120 km/h jusqu'à Patacamaya
,distante de 130 bornes .Nous faisons les 20 derniers kilomètres sur la
réserve de gasoil .Arrivés à la pompe , une fois qu'ils ont servi Roger
, ils me font attendre indéfiniment en disant que la cuve est vide puis
que le système informatique est défectueux . Pas de chance pour eux , il
ne me connaisse  pas: je sors mon jerrican et je prends tout mon temps ,
moi aussi , pour faire le plein . Je range ensuite mon bidon que je
raccroche soigneusement avec mes sangles , je me lave les mains
tranquillement avant de libérer leur pompe ! Je n'ai jamais vu des
pompistes aussi désagréables qui pratiquent  deux tarifs ; 9 bolivianos
avec facture et 8 bolivianos le litre sans facture alors que sur la
pompe c'est affiché 3 bolivianos ! Nous prévenons alors Roger et Jean
Marc que nous abandonnons l'idée d'aller voir le Paris-Dakar demain  du
côté d'Oruro car je ne me sens pas la force de faire encore 275 bornes
avec de la piste en supplément . Nous préférons rentrer tranquillement
sur La Paz et profiter un peu la vie demain tranquillement .

                Nous dégommons les 100 bornes d'autoroute de La Paz en
une bonne heure en évitant de justesse un contrôle de vitesse . Curieuse
autopista qui traverse les villages avec des voitures en stationnement
et des piétons qui passent d'un côté à l'autre, un peu partout sans
regarder. L'arrivée sur la mégalopole est très désagréable avec la
traversée de faubourgs où le sol est couvert de détritus , avec des
bâtiments lépreux ou inachevés , des ruisseaux voir des marres d'eaux
usées . C'est affreux , voir répugnant ! Je préfère encore  garder
l'image de La Paz d'il y a trente cinq ans ,avec ses favellas qui
descendaient les flancs de l'immense carrière que constituait la ville
,  avec ses cabanes faites de branchages et de pisés aux couleurs ocres
que ce tas d'immondices et de ferraille  . Après quelques errances sur
l'altiplano , nous empruntons les "serpentines" , des routes qui
permettent de descendre dans la ville en traversant des quartiers plus
calmes que le centre grouillant de circulation . La route est un peu
plus longue kilométriquement parlant puisque nous traversons une partie
de la Vallée de la Lune pour aboutir à l'hôtel Oberland doté d'un grand
parking capable de recevoir des camping cars .

                Après nous y être installés , nous profitons de la
piscine de l'hôtel , un peu crade et de ses douches ,avant de nous
reposer un peu au camping car après cette dure journée ,riche en
événements surprises . Un petit coup de blog avant le repas , puis nous
assistons à l'arrivée nocturne , sous  une pluie battante de la plus
part des équipages qui ont été bloqués par des barrages routiers de plus
de quatre heures de long . Le plus horrible c'est qu'ils n'ont même pas
laisser passer un des suisses qui doit rentrer à l'hôpital de La Paz
pour un problème urinaire . Il parait , d'après Janette ,que Roger ,
Jean Marc et un autre équipage suisse seraient bloqués par des barrages
de gréviste du côté de Tolédo , juste à l'entrée de la piste et à
encore  53 km du site où nous devions voir passer le Dakar ! J'espère
que la situation va se débloquer pour eux après un tel détour et si prés
du but.

Commentaires

  1. Eh bien finalement, nous ne sommes pas les seuls à faire grève en France ! Par contre le résultat est partout le même : la loi de l'emmerdement maximum !
    Par contre encore de superbes photos avec encore une belle galerie de portraits de chiliennes bien typées ! On espère que Dominique a pu voir de beaux exemples de chiliens à la chevelure de jais !

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