SOIXANTE DIX NEUVIEME JOUR : LE 16 JANVIER 2018

                Encore une nuit où nous sommes bercés par le bruit
d'une douce pluie sur le toit de la chambre , c'est bien agréable quand
on est au chaud sous la couette ! Et comme hier soir j'ai réussi à
boucler la rédaction du blog , je  suis complétement zen lorsque je me
mets au lit  vers 23h30 car je sais qu'au matin je n'aurai que la
correction à faire . Après le petit déjeuner nous allons tout de suite à
la réception de l'hôtel pour bénéficier une dernière fois de leur super
wifi puis il faut ranger le prolongateur électrique , refaire l'appoint
d'eau , descendre le camping car de ses cales , laisser tourner le
moulin pour qu'il soit bien chaud pour affronter la sortie de La Paz ,
tout ça avant 7h00, heure d'ouverture de notre parking . Nous aidons
ensuite Roger à sortir  du campement car la manoeuvre est délicate , le
portail étant étroit et la ruelle très pentue . Puis nous sortons le
notre avant d'aider Jean Marc .

                Comme pour les excursions  des jours précédents , nous
commençons par longer la Vallée de la Lune , puis nous plongeons vers le
bas de la ville jusqu'à la rivière que nous nous mettons à suivre au
lieu de prendre à gauche pour rattraper la serpentine . Conscients de
notre erreur , nous espérons en remontant l'Avenida de Espagna trouver
un "riturno" pour pouvoir redescendre . Malheureusement l'occasion ne se
présente jamais ce qui fait que nous traversons Miraflores de bas en
haut pour continuer notre ascension dans des rues de plus en plus
étroites , espérant toujours trouver une traverse pour rejoindre la
serpentine mais rien à faire. Je n'aurais pas dû me moquer de notre
chauffeur Freddy hier, qui tournait un coup à droite , un coup à gauche
, car aujourd'hui je suis obligé d'en faire autant. Le GPS devient
alors  complétement fou et finit par déclarer forfait . Il ne nous reste
plus qu'à nous fier à notre instinct .Malheureusement nous tombons sur
un marché installé dans la rue ,déjà très étroite ,où il ne reste qu'un
passage unique . Je ne vous explique pas lorsqu'il faut croiser une
voiture , une camionnette et même des petits bus ....! Et tout ça au
milieu des piétons qui se foutent royalement des véhicules , qui
traversent à notre nez  et qui n'hésitent pas à s'appuyer sur le camping
car , le cas échéant .Et bien sûr, avec au moins 15% de pente ! Ca
tourne à un gym-cana indescriptible : à force d'être obligé de serrer à
droite, je finis par frotter  gentiment quelques toits d'étales en toile
sans les faire écrouler malgré tout . Sortis de se cauchemar , nous
tombons sur une rue à deux voies où nous reprenons espoir . Mais cela ne
dure pas car il faut tourner à droite et nous voilà entrain de gravir un
véritable mur ,d'une déclivité complétement surréaliste , 20 ,25 % ,
peut être plus ! Pas la peine de bricoler , j'enclenche la seconde
manuelle , ce qui n'arrive jamais ,et le pauvre V6 Mercédès en a plein
les bottes . Devant nous un vieux bus américain fume noir,tout ce qu'il
peut , et avance en hoquetant . Nous enfilons épingle à cheveux sur
épingle à cheveux ,et maintenant  en plus nous nous enfonçons dans le
brouillard , ce qui n'arrange pas les choses , surtout côté moteur .
Quand je peux , c'est à dire quand il n'y a personne qui descend en face
, je prends les virages le plus au large possible pour ménager la
monture . C'est comme ça que je parviens à doubler deux bus qui n'en
peuvent plus . Mon klaxon bi-tons se révèle très efficace quand des
piétons complétements inconscients se mettent en travers de notre chemin
, au risque de couper notre élan . C'est un autre bus qui , en  calant
devant nous , nous oblige à nous immobiliser et là , impossible de
repartir, même avec la  première qui est déjà en service depuis quelques
kilomètres . Il faut bloquer le frein à main pour ne pas culer dans le
vide et enfoncer l'accélérateur à fond ,pour qu'enfin le camping
reprenne une relative progression au milieu des coups de klaxon  et des
queues de poissons des autochtones en colère. Dans de telles conditions
, c'est chacun pour soi chez les automobilistes . En levant les yeux ,
je vois au dessus de nous ,des  quantités de  favelas en briques creuses
qui disparaissent dans les nuages de brouillasse et là j'ai un coup au
moral ; je me demande s'il est techniquement possible d'atteindre
l'Altiplano par cette voie ! En plus, je constate que c'est seulement la
ligne jaune de téléphérique qui nous survole ; ensuite, si mes souvenirs
sont bons ,il y a encore la ligne rouge pour atteindre la ville d'en
haut, El Alto, tant convoitée ! J'ai le moral dans les pompes !
Dominique , à côté de moi , ne dit plus un mot depuis bientôt une demi
heure ....! Par moment nous passons au milieu d'un ensemble de cheminées
de fée , encore un quartier qui est retourné à la nature, suite à un
glissement de terrain qui a embarqué toutes les maisons du secteur . Par
moment la circulation d'en face m'oblige à prendre les lacets par
l'intérieur du virage où il m'est impossible d'évaluer la pente mais je
sais que je suis debout sur les pédales dans la cabine et que le moteur
tousse tout ce qu'il peut !C'est affreux ! Et notre supplice dure comme
ça une heure et quart avant d'atteindre l'Altiplano ! Le compteur
indique une consommation record de 40 litres au cent pour une moyenne de
18km/h !

                Curieusement , les boulevards de El Alto , pourtant
grouillants de monde sur cinq voies de chaque côté, sont ressentis  pour
nous comme une délivrance ! C'est incroyable ! Il faut dire que nous
venons de vivre l'enfer ! Alors les collectivos qui tentent de s'imposer
de n'importe quelle façon en faisant des queues de poisson , en se la
jouant à l'intimidation en fonçant à travers tout , rien ne nous atteint
! Que du mièvre , que du mesquin , que du petit.... ! Nous , on vient de
la cour des grands ! Aussi , personne n'ose venir nous incommoder sur
notre file de gauche . Seuls quelques ornières démesurées et quelques
grosses pierres abandonnées sur le tare-mac nous obligent à réévaluer
notre trajectoire  . Nous finissons par tomber sur le contrôle de police
annoncé par Janette puis sur le péage qui reste modeste avec 15
bolivianos ( un peu plus de deux euros) . Ca y est , nous quittons enfin
l'enfer urbain  pour traverser alors un haut plateau où nous
rencontrons  une succession de villages qui cultivent la pomme de terre
dans de petits champs carrés . A l'horizon , parmi les nuages , nous
devinons quelques sommets neigeux de la Cordillère Blanche.

                Après quarante bornes nous commençons à suivre les
rives du  mythique lac Titicaca , envahies de joncs . Très vite la route
prend un peu d'altitude pour nous offrir une succession de panoramas sur
les côtes très découpés de ce géant des eaux intérieures bordé d'un
patchwork de petits champs de pommes de terre . Nous retrouvons Jean
Marc et Roger juste avant d'emprunter le bac qui permet de rejoindre la
presqu'île de Copacabana . Après un bon quart d'heure d'attente nous
installons les  camping cars à bord de petits bacs , quasi individuels,
pour franchir un bras du lac Titicaca . L'expérience est très amusante .
Puis une fois débarqués , moyennant 60 bolivianos (un peu mins de 10
euros) nous attaquons une superbe route en corniche qui nous offre une
succession de panoramas splendides sur la côte et les iles du lac
jusqu'à ce que nous plongions sur Copacabana et son mini pain de sucre
doté d'un calvaire , lui aussi , mais plus modeste .

                Une fois installés sur le parking de l'hôtel Gloria ,
nous partons déguster une truite saumonée du lac Titicaca dans une taule
d'où la vue est imprenable . C'est royal ! Puis nous allons visiter la 
magnifique cathédrale de style un peu byzantin avec ses dômes carrelés
de céramiques de couleurs vives . A l'intérieur on découvre un autel
dégoulinant d'or du plus pur style baroque espagnol . En arpentant les
rues ?Dominique finit par trouver un chapeau qui lui va à merveille .
Après avoir fait quelques courses de bouche , nous rentrons au camping
pour s'occuper des photos et du blog en attendant l'heure de la popotte
face au lac ! Encore un super emplacement ! Merci Janette !

PS : Bonne anniversaire Alexandre depuis le Lac Titicaca . Gros bisous .
Profites bien de tes 4 ans .

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