QUATRE VINGT UNIEME JOUR : LE 18 JANVIER 2018

                   Il a encore bien plu cette nuit et c'est très
agréable d'entendre le mauvais temps dehors et de pouvoir se blottir
sous la couette  bien au chaud d'autant qu'il fait à peine 10 degrés
dans le camping car . Pas question dans ces conditions de laisser
dépasser quelque chose en dehors de la literie . Et puis ce matin ,quel
bonheur de se lever pourtant à 5h45 et de bénéficier de la lumière jour
grâce à l'heure  péruvienne . Après le petit déjeuner et la correction
du blog , nous envoyons celui-ci en utilisant le téléphone comme modem
étant donné que maintenant avec notre carte SIM péruvienne nous avons un
accès internet indépendant .Heureusement d'ailleurs, car nous n'aurions
pas pu compter sur la wifi de l'école militaire ...!

                    Ce matin nous partons en bus vers 8h30 pour aller
prendre le bateau et visiter les îles flottantes des indiens Uros sur le
lac Titicaca . Notre guide ,pour le trajet en bus, est un vieux péruvien
qui s'appelle Georges. Il nous explique que ces indiens Uros sont des
descendants des indiens Arawaks des caraïbes chassés par les indiens
Taïnos , réputés pour être anthropophages . Comme ils s'agissaient de
pêcheurs et de navigateurs, ceux-ci migrèrent vers la forêt amazonienne
en remontant le fleuve . Mais les  conditions de survie en forêt ne sont
pas excellentes avec un fleuve qui n'hésite pas à déborder de son lit
sur 300 km de chaque côté à la saison des pluies , les Arawaks
continuèrent leur migration vers l'ouest pour arriver dans la région de
Machu Picchu qui se révéla un Eden pour eux avec plus de 300 fruits
fournis par la forêt sans compter les racines et les tubercules de la
vallée de l'Urubamba . Mais certains  décidèrent de franchir les
montagnes et ils découvrirent le lac Titicaca , très hospitalier aussi
bien climatiquement  que matériellement car il fournissait la nourriture
surtout pour des pêcheurs comme les Arawaks . Malheureusement à  cette
époque les pumas faisaient des ravages , résultat ces nouveaux arrivant
utilisèrent les totoras (roseaux) du lac pour faire des embarcations et
des îles flottantes . Arrivés au port  Georges nous explique que le
réchauffement de la planète  est un problème crucial pour le lac qui a
perdu 2 mètres depuis 2015, ce qui risque de faire disparaitre les îles
flottantes dans les cinq ans à venir du fait que les totoras qui en sont
la base mesurent environs deux mètres de longueur . En route j'ai quand
même le temps de lui parler de Vargas Llosas , prix Nobel de littérature
dans les années 2000 et qui faillit être président du Perou . Georges
pense qu'il aurait pu être un bon président , même si sa formation
militaire au cours de sa jeunesse transparaissait dans ses idées. C'est
très agréable pour moi qui est lu cinq ou six de ses oeuvres avant de
partir d'avoir l'avis d'un autochtone très cultivé .Il nous explique
également la signification du monument inca que nous avons vu sur le
bord de la route hier : il s'agit du "siège de l'Inca" . C'est l'endroit
où fut signé la paix entre les Incas venus coloniser ces terres et les
tribus Aymaras qui peuplaient  alors la région  . Il nous explique
également l'origine du nom Titicaca : titi veut dire puma  en quetchua,
la langue des incas et kaka veut dire gris . Les pumas , chassés par les
Arawaks  mourraient souvent noyés , et  leur dépouille gonflait et
devenait grise en séjournant dans l'eau .  Merci Georges pour toutes ces
précieuses informations  !

                Arrivés au port ,nous montons à bord d'un bateau à
moteur en compagnie de notre nouveau guide , Dullio qui parle un
français quasi parfait et sans accent ! C'est incroyable pour un
autochtone qui a vécu jusqu'à l'âge de 14 ans sur une île flottante et
dont les parents habitent toujours sur le lac . En nous éloignant de la
rive, tout en remontant un chenal parmi les roseaux , nous commençons à
avoir de superbes vues sur Puno derrière nous. C'est superbe de voir
cette ville dégringoler des hauteurs de l'Altiplano pour atteindre les
bords du lac. Après avoir contourné l'île où nous avons séjourné il y a
trente cinq ans  , nous errons parmi les totoras jusqu'à ce que nous
atteignons l'île flottante de Kontiki .Bien sûr , on a beau essayer de
faire abstraction du côté touristique , c'est difficile  de se laisser
prendre au jeu de la spontanéité . Nous débarquons donc sur une berge
faite de roseaux coupés qui flottent sur les eaux du lac et qui remuent
sous nos pas . Dullio nous invite à nous asseoir sur des bancs de
totoras au milieu du village , histoire de nous fournir quelques
explications . D'abord sur la fabrication de l'île elle même : les Uros
coupent de gros cubes de racines de roseaux très lourds qu'ils
assemblent entre eux pour faire les fondations sur lesquels ils mettent
des couches successives de roseaux coupés, disposés en quinconce .Il
faut ensuite amarrer l'ensemble pour qu'il ne dérive pas trop au gré du
vent . Comme les roseaux pourrissent , ils doivent remettre des couches
de ceux-ci tous les trois mois sur toute la surface de l'île .Puis ils
construisent des cabanes en tressant des roseaux sous formes de nattes
qu'ils posent sur des armatures d'eucalyptus . Leur foyer pour cuisiner
sont posés sur une pierre plate pour ne pas mettre le feu au village .
Ils mangent la base  blanche des totoras qui ressemble à des coeurs de
palmier et des pommes de terres issues du troc avec les autochtones de
la côte . Ils pêchent cinq sortes de poissons dans le lac : des truchas
(truites arc en ciel ou saumonées) introduites par le Canada , des
perches amenées par les Boliviens , des poissons chats , des Ispis ,
sortes de petits anchois et des karachis poissons de 20 à 30 centimètres
qu'ils font sécher pour les conserver . Ils récupèrent également les
nombreux oeufs de canettes et d'oies sauvages , sans compter les poules
d'eau qu'ils chassent également . Actuellement ils se sont équipés de
panneaux solaires qui leur permettent de s'éclairer et de pouvoir
regarder la télé ! Les enfants vont à l'école en empruntant des barques
sur plusieurs kilomètres . Il y a encore plus de trente îles flottantes
de la sorte sur la baie de Puno .Comme les femmes de la communauté
brodent beaucoup  , elles nous montrent le fruit de leur travail en
espérant bien tirer quelques solés de notre visite : Dominique achète
une jolie tapisserie représentant Pachamama , la Terre mère , Pachatata
le Ciel père , le Tumi , couteau sacrificiel , le Puma et le Condor bien
sûr pour 100 solés (30 euros) et une petite crèche miniature fabiquée
dans une petite calebasse pour 30 solés .

                Une fois rentrés de notre expédition lacustre notre bus
nous dépose dans le centre ville pour faire des courses au super marché,
inaccessible en camping car . Puis nous rentrons à l'école militaire
pour déjeuner et ranger nos courses . Vers 13h30 nous quittons Puno avec
nos véhicules pour aller visiter des fermes typique de l'Altiplano .
Construites en pierre à joints vifs avec des fenêtres trapézoïdales à la
mode inca et des toits de chaume , elles sont magnifiques . La première
chose qui choque ce sont les deux taureaux en terre cuite, disposés au
dessus du portail de la cour intérieure et un peu partout sur la
faitière des toits ; dans l'enclos il y a souvent plusieurs corps de
bâtiment , une cuisine d'été , quelques parc de pommes de terres et de
quinoa , un clapier pour élever des cochons d'Inde dont il sont très
friands . A l'extérieur paissent des lamas et des alpagas , et derrière 
la ferme , à distance ,des cochons noirs . Ils produisent plusieurs
sortes de pommes de terres qu'ils font déshydrater avec  le gel nocturne
, plusieurs variétés de quinoa et d'autres tubercules que la pomme de
terre . Nous leur achetons un gros fromage  faits avec le lait de leurs
vaches d'un kilo pour 25 solés (6 euros ) . Dullio nous explique que
patatas en quetchua veut dire terrasse et non pomme de terre comme l'on
crut les conquistadors espagnols !

                Nous continuons notre route vers Sillustani , un site à
la fois Aymara et Inca , ce qui est une particularité unique . Comme
nous devons prendre à bord notre guide Dullio , il me demande s'il peut
conduire le camping car et il nous amène comme un chef jusqu'au parking
du site que nous allons visiter aussitôt .Il faut grimper au sommet
d'une colline qui domine de petits lacs envahis de joncs pour découvrir
de superbes Chullpa , c'est à dire des tombeaux en pierres ressemblant à
des silos de 10 à 12 mètres de haut dans lesquels on déposait des momies
en position foetale entourées d'une natte ou d'un panier . Une petite
ouverture à la base , toujours orientée à l'Est ,permettait au soleil
d'y pénétrer : les rayons solaires était le cordon ombilical qui les
reliait à l'astre sacré . Lorsqu'un nouveau défunt devait être mis en
place un prêtre ouvrait le toit du silo pour  descendre la momie au bout
d'une corde pendant qu'un autre prêtre passer par la petite ouverture du
bas pour la positionner prés de celle-ci afin que les rayons du soleil
viennent chercher son âme . Dullio nous fait remarquer que sur le site
on peut distinguer l'époque pré incaïque avec des silos faits de pierres
à peine dégrossies et la période incaïque avec des murs faits de blocs
parfaitement polis et jointifs . Deux époques qui cohabitent , c'est ce
qui fait la singularité du site de Sillustani .

                Fatigués par cette longue jouée de découverte , nous
assistons malgré tout au briefing dès que nous sortons du site . Puis
chacun regagne son intimité pour méditer sur tout ce que nous avons plu
glaner comme informations sur les péruviens d'hier et d'aujourd'hui . De
notre côté nous profitons de rester sur le site pour la nuit pour
acheter deux taureaux en céramique que nous installons sur le tableau de
bord : il parait qu'ils procurent la prospérité : on verra  bien !

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