QUATRE VINGT TREIZIEME JOUR : LE 30 JANVIER 2018

                    C'est parmi les chants d'oiseaux et la végétation
tropicale que nous réveillons . C'est super ! C'est d'autant plus
agréable que nous avons bénéficié d'une  délicate fraicheur nocturne .Et
puis délivré de mes obligations de blog puisque j'ai réussi à le finir
et à l'envoyer hier soir depuis le camping car , ce matin je peux
trainer un peu au lit . Pendant que  nous déjeunons , nous parvenons à
skyper avec notre fille Nathalie que l'on vient encore de solliciter
pour régler des problèmes avec le centre des impôts qui ne veut
décidément pas me considérer comme jubilado (retraité) alors qu'au
premier avril ça fera déjà deux ans que j'ai cessé mon activité ! Cela
nous fait plaisir de la voir en forme à l'aube de son accouchement sur
grossesse gémellaire et de savoir que les bébés font 2,7 kilos .

                    Comme nous n'avons qu'une petite étape de jonction
de 200 bornes , où il n'y a  rien à voir , hormis Asia , nous ne mettons
les bouts que vers 7h30 . Asia est le plus  grand complexe commercial du
Pérou , avec une galerie marchande et  un énorme super marché de luxe
d'après Janette où la jet set vient faire ses courses et aussi se
promener . Il aurait été créé sous le régime de leur président d'origine
asiatique . Dès la sortie du camping , nous tombons sur la carriole
tirée par deux ânes que nous avions dû suivre  au pas hier , le chemin
étant trop étroit pour que Roger puisse la doubler . Aujourd'hui nous la
croisons , aussi je me range dans un petit renfoncement pour lui laisser
le passage . La paysanne , certainement pour montrer qu'elle se dépêche
,se met aussitôt à battre violemment les deux pauvres bourricots à
grands coups de bâton . Aussi nous faisons très attention de ne pas
montrer de signe d'impatience pendant le long croisement pour épargner
le dos des pauvres ânes .

                    Le pire nous attend un peu plus loin sur la petite
piste étroite de contournement du pont écroulé par le tremblement de
terre : nous tombons sur une colonne de cinq véhicules péruviens , têtus
comme des bourriques , avec qui nous nous retrouvons nez à nez : pas un
ne daigne faire une marche arrière de cinq à dix mètres jusqu'à un petit
élargissement . Devant mon statisme déterminé  le ton monte , les machos
latinos descendent pour jouer les gros bras et crier en concert . Devant
un tel niveau de bêtise  , je joue la carte de l'immobilisme mais comme
Dominique commence à avoir peur de l'effet de meute et des représailles
matérielles sur le véhicule , je commence une marche arrière de deux ou
trois cent mètres en prenant tout mon temps . Résultat , ces "bats de
plafond" me talonnent , comme pour me pousser avec leur pare-choc ! Plus
bête qu'un latinos , tu meurs ! Et derrière nous c'est la même chose ,
les quatre voitures se positionnent de part et d'autre de la zone plus
large pour passer avant ceux d'en face !  De vrais pollos(poulets) !
Aussi , dès que le champ est libre je parts à fond les manettes , plein
phare et le bi-ton en continu pour calmer ce qui pourrait encore arriver
en face . Et ça marche sur nos fanfarons de Péruviens ! Une bonne
dizaine de voitures se plaquent sur les talus ou dans les bas côtés
comme par hasard . Aussi , quel bonheur lorsque nous retrouvons la
nationale qui mène à Lima !

                    Nous traversons alors beaucoup de champs de coton :
les pieds fleurissent de trois couleurs , jaune , rouge et blanc . Roger
pense que les paysans sont peut-être obligés d'en mettre plusieurs
espèces pour la pollinisation mais ce qui est sûr c'est que le résultat
est très joli au niveau des plantations qu'ils irriguent abondamment dès
le matin . Sur l'autre côté de la route c'est une haie continue ,faite
d'une alternance  de mimosas très florifère et de lauriers rouges :
c'est  superbe et çà permet de cacher l'austérité du sable du désert
toujours aussi menaçant tout autour de nous . D'ailleurs , une fois que
nous quittons le chapelet d'oasis que nous venons de traverser pour
prendre l'autoroute de Lima  , nous retombons dans l'immensité de sable
, hostile au possible , limité à droite par d'énormes dunes et à gauche
par l'Océan Pacifique .Le plus affreux est que le sable est couvert de
détritus ,que de sacs plastiques  volent avec le vent , que les
automobiliste jettent par leur fenêtre ouverte des gobelets de boissons
ou des sachets de nourritures usagés , en toute impunité . Le Pérou est
une vaste poubelle ! Et pour compléter le tout, il plane en permanence
une brouillasse de chaleur qui gomme les contours , qui dissout la
silhouette des bâtiments . On dirait que l'on a un papier calque de
collé sur les lunettes de soleil . Et puis tout le long de la route ,
jusque dans les dunes il y a ces immenses salles de tortures pour
gallinacés , c'est odieux et insupportable de savoir que des millions
d'animaux ne connaissent que la souffrance tout au long de leur courte
existence . Sur la côte on commence à voir quelques complexes
touristiques sortir  du sable comme des champignons , coincés entre le
Pacifique brumeux et l'autoroute ! Bien sûr tout ceci est gardé à grand
renfort de hautes palissades , de barbelés et de miradors où des gardes
armés veillent en permanence . Il faut dire que de l'autre côté de
l'autoroute c'est le domaine des favellas : quatre bambous , cinq nattes
de roseaux et l'habitation est construite : pas d'eau , pas
d'électricité et encore moins d'égout ou de ramassage d'ordure : je vous
laisse imaginer le résultat !

                    Vers 9h30 nous arrivons à Asia  , niché derrière de
hautes clôtures et gardé par une armée de vigile : sur le parking , pas
de soucis avec le camping car , il y a de la place partout , même à
l'ombre ! Juste quelques voitures de luxe montrent que le lieu n'est pas
complétement désert . A peine avons nous franchi la porte que nous
sommes envahis de frisson : la clim est polaire !  Une vrai caverne
d'Ali Baba , il y a de tout , même des fromages français !
L'inconvénient majeur est que les prix sont ceux pratiqués en Europe !
Malgré tout nous nous permettons l'achat de  quatre petites langoustes
pour ce soir : à 10 euros le kilo , cela reste une folie raisonnable que
nous faisons partager à Roger et Jean Marc en vue d'une belle grillade
pour ce soir .

                    Après avoir tenté de trouver une petite plage pour
y déjeuner et s'y baigner , en vain , nous décidons de reprendre
l'autoroute et de finir l'étape . Vers 13h00 , nous nous installons dans
un complexe sportif géré par l'automobile-club péruvien . Doté de
plusieurs grandes piscines et de cours de tennis , il a l'avantage
d'être bien gardé . Nous avons la chance d'être le dernier camping car à
pouvoir s'installer sur un bout de pelouse . Comme Monique et Jean Marc
ont déjà sorti leur salon de jardin , nous les rejoignons sous leur
auvent pour casser la croute . Puis au café on sort les cartes routières
des USA pour commencer à discuter d'un itinéraire possible en respectant
les points d'intérêt de chacun . Après un petit mal entendu avec Roger
et Claire , nous terminons l'après midi avec  la réalisation d'un
itinéraire commun qui convient à tous allant de Tombstone (où nous
abandonnons le reste du  groupe) jusqu'à Vancouver . Roger et Claire
pense prendre le temps de monter en Alaska :de notre côté nous voudrions
rentrer en France début juillet , comme Monique et Jean Marc ce qui nous
oblige à traverser le Canada directement de Vancouver à Halifax où nous
devons prendre le bateau . Fatigués par cette après midi laborieuse ,
nous terminons la journée en beauté avec dégustation de langoustes
grillées sur le barbecue de Roger , puis de bananes flambées cuites par
les soins de Jean Marc sur sa plancha .

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

CHAPITRE 5

CHAPITRE 9

CHAPITRE 8