QUATRE VINGT SIXIEME JOUR : LE 23 JANVIER 2018

                    A 4h30 c'est déjà le branle-bas de combat dans les
couloirs et les escaliers d l'hôtel . Résultat comme je suis  déjà
réveillé, je prendS la roue de ces lèves-tôt et j'expérimente aussitôt
la superbe douche de notre chambre .Le bruit et la lumière finissent par
tirer Dominique des plumes . Il faut dire que nous ne sommes pas enclin
à trainer car nous avons rendez-vous pour le petit déjeuner à 5h00 ;
nous avons la surprise de  voir que tous les Suisses sont déjà à table
lorsque nous gagnons la salle de restaurant . Ce qui nous surprend
encore plus ,c'est que Caire et Roger ne sont pas là .Je dirais même que
cela commence à m'inquiéter car ils arrivent en dernier vers 5h30 : il
faut dire qu' ils ont déjà descendu leurs bagages . Après un petit
passage à la chambre , nous retrouvons le reste de la troupe à la
réception en compagnie de notre guide Juan déjà sur le pied de guerre .

                    Nous enfilons déjà nos ponchos en plastic par
dessus les sacs à dos pour sortir de l'hôtel  car il tombe des cordes
et  nous descendons  jusqu'à la station de bus où il faut faire la queue
bien qu'il  ne soit que 6h00 . Nous grimpons trente par trente dans de
petits bus qui se mettent à gravir la montagne en suivant les lacets de
la route dans la forêt tropicale . C'est curieux de voir la brouillasse
s'effilocher parmi les fougères géantes et les lianes qui descendent des
arbres . Que c'est magnifique toutes ces larges feuilles de bananiers et
d'autres plantes tropicales vernissées par la pluie qui n'a de de cesse
de tomber .Lorsqu'il faut croiser un autre bus qui descend , la
situation devient sérieuse , surtout pour ceux qui sont du côté du vide
car la route est très étroite et les à-pics vertigineux : d'après Juan
elle a été construite dans les années quarante et sa réalisation a
demandé  4 ans . Il faut  une bonne demi heure pour gagner le parking
situé  en bas du site devant l'hôtel où nous avions eu la chance de
dormir il y a trente cinq ans . Cela nous avait permis de profiter de
Machu Picchu sans l'ombre d'un touriste toute la soirée et aussi le
lendemain matin avant la ruée sauvage ! Là nous devons nous faire
violence pour descendre du bus en plein brouillard et sous la pluie
battante .

                    Juan décide d'attaquer la visite du site par le bas
en suivant le circuit A .Nous commençons par longer l'une des terrasses
qui descendent en cascade très bas dans la vallée, pour gagner le
quartier résidentiel : Juan nous fait remarquer que du côté où était
logé les dignitaires les pierres sont finement taillées et agencés à
joints vifs alors qu'en face  ,côté populaire, les pierres plus petites
sont vulgairement cimentés avec un mortier à base de chaux , de sable et
de jus de cactus qui a un effet anti mousse et anti lichen . Malgré la
lumière blafarde , la pluie qui nous coule dans les yeux  et la
brouillasse qui court sur les murailles ,nous sommes pris à la gorge de
revoir ces maisons en pierres aux pignons très pointus. Juan nous fait
remarquer que certaines ont quand même un étage et que la  forte pente
des toits trahie la violence des précipitations sub-tropicales  . Ils
nous montrent que les Incas laissaient dépasser des protubérances
taillées  en cylindre  pour y attacher la charpente . Puis il attire
notre attention sur le sommet de la montagne d'en face où nous percevons
une échancrure d'où sortent les rayons du soleil lorsque le temps est
clair, pour arriver jusqu'à une fenêtre trapézoïdale du temple du 
Soleil . En filtrant par cette ouverture , les rayons viennent
illuminer  une grosse pierre qui servait de cadran solaire , disposé au
centre d'une pièce de forme cylindrique . Partout les Incas ont su
tailler , maitriser et utiliser le soubassement rocheux de la montagne ,
toujours pour bénéficier d'une protection anti sismique majeure . Puis
tout à coup notre guide se tourne vers le vide , écarte les bras paume
de main vers le ciel et se met à chantonner en quetchua . Ensuite il se
met à jeter des feuilles de coca dans le vide d'un geste de semeuse .
Face à notre stupeur il se rend compte qu'il nous doit des explications
. Le mauvais temps s'acharnant sur nous , il a demandé une faveur à la
Pachamama accompagnée  d'une offrande très prisée à la Terre Mère , les
fameuses feuilles de coca . Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un numéro
orchestré de simple guide car lors d'une de nos discussions , il nous
avait confié qu'il était en cours d'initiation aux rites chamaniques
quetchuas et qu'il en était au troisième niveau qui en comporte six . Il
nous confiait qu'un archéologue , un anthropologue comme lui, qui a
consacré sa vie à la compréhension de la civilisation inca, était obligé
de passer par cette initiation pour vraiment comprendre à fond cette
extraordinaire civilisation encore pleine de mystères . Et bien sûr à
partir de 9h00 la nappe de brouillard qui nous masquait les hauteurs du
site et  le pain de sucre de l'Hayana Picchu finit par se lever et la
pluie finit par cesser . Je rassure tout de suite les esprits cartésiens
, la météo de Jean Marc , captée sur internet la veille , nous avait
prédit une éclaircie de 9h00 à midi !

                C'est donc sous des cieux plus cléments que nous
continuons la visite des quartiers résidentiels jusqu'à l'extrémité Est
du site qui se termine comme une proue de bateau , juste au pied de
l'Hayana Picchu qui nous domine majestueusement . En faisant un peu
attention , on commence à  voir les bâtiments et les terrasses de ce
site , quasi inaccessible pour le commun des mortels : il y a trente
cinq ans , malgré notre jeunesse , nous avions calé en cours d'ascension
à cause de passages difficiles , équipés de chaines  si mes souvenirs
sont bons ,pour ne pas dévisser dans le vide . Parvenus ici , ce qui est
magnifique , c'est de voir tout là bas en bas les flots impétueux de
l'Urubamba écumer comme jamais de part et d'autre du site , installé
dans ce vaste méandre du torrent . En revenant sur nos pas, nous avons
des vues magnifiques sur l'ensemble des terrasses   dont le vert de
l'herbe alterne avantageusement avec l'ocre des murs de soutènement
.Nous faisons une escale pour grimper voir à un second cadran solaire
installé sur un promontoire rocheux : le bâtiment qui abrite la pierre
du cadran  est construit avec des blocs monstrueux , cyclopéens , d'au
moins 100 tonnes chacun . Certaines fenêtres trapézoïdales  des parois
latérales sont équipées d'occultations en pierre : de sacrés volets !

                Revenus à l'entrée du site, Juan nous montre
l'embranchement pour continuer la visite par la boucle B, mais nous
laisse y aller tout seul , son état de santé et ses soixante treize ans
ne lui permettant pas malheureusement de nous accompagner . Nous nous
mettons à grimper sur un chemin pavé , le "Chemin de l'Inca" , qui part
à l'assaut de la montagne en longeant le bord des terrasses supérieures
du site . Après vingt à vingt cinq minutes d'efforts deux options se
présentent à nous : à gauche le "Chemin de l'Inca" continu droit à flanc
de coteau vers l'Inti Punku (La Porte du Soleil en quetchua , Inti étant
le Soleil ) à encore une heure de marche au milieu de la forêt tropicale
. Seuls Gérard et Christian , en pleine forme tente la superbe ballade .
A droite , c'est plus à notre portée : on rejoint le sommet du site d'où
la vue  est splendide sur toutes ses murailles de pierres  et ses
bâtiments, semblant jaillis de la végétation luxuriante de la forêt sub
tropicale . Droit devant, la pointe aiguë de l'Hayana Picchu avec ses
pentes quasi verticales , se dresse comme un mat de bateau . C'est à
couper le souffle ! Montés en compagnie de Claire et Roger , venus ici
aussi il y a une vingtaine années , nous partageons ce  violent moment
d'émotion  avec eux  et c'est très agréable. Roger , toujours aussi
sensible , en a presque la larme à l'oeil . Nous décidons de laisser 
aussi de côté l'option "Pont de l'Inca" qui demande encore pas mal
d'efforts pour voir de notre perchoir un pont suspendu en corde au
dessus de l'Urubamba , tout là bas en bas, au fond de la vallée très
encaissée . Nous préférons garder nos forces pour descendre l'immense
escalier en pierres , aux marches irrégulières , qui longue le côté
gauche des terrasses .

                Fatigués par tant de grimpettes , nous allons dégommer
une mousse avant de rejoindre le reste de la troupe pour descendre en
bus jusqu'au village . Pendant que je monte à l'hôtel récupérer les
bagages  avec Roger , Dominique , en compagnie de Claire achète un
collier en argent avec un pendentif en émaille épousant la forme de la
croix andine , très colorée . C'est là devant la bijouterie , que nous
retrouvons le reste de la troupe pour retourner manger au restaurant
tenu par un français . Aujourd'hui nous goûtons la truite préparée de
divers façons : à la tomate , à la mangue , à la crème d'ail , à la
meunière , au citron , à chacun sa version . Le patron , content de
notre seconde visite dans son établissement , nous paie un super pisco
sur . Puis comme il pleut de plus bel ,le taulier nous offre même des
ponchos en plastique pour rejoindre la gare où nous reprenons le train
vers 15h20 direction Ollantaytambo . En route on nous propose une petite
collation servie  par une charmante hôtesse , Gina  que nous charrions
gentiment . Tout au long du trajet , nous suivons les flots impétueux de
l'Urumbamba , déchainé comme jamais .  Une fois parvenus à la gare
d'Ollantaytambo , nous retrouvons notre petit bus et notre chauffeur
avec plaisir pour nous ramener à Cuzco vers 19h30 . Encore un trajet
nocturne avec un col à 3900m  franchi dans l'obscurité totale avec une
enfilade de virages et des à-pics pas possible . Ce qui inquiète le plus
notre petite communauté c'est que notre chauffeur regarde tout ça à
travers un parebrise couvert de buée sans s'inquiéter le moins du monde
, ce qui nous vaut un violent coup de volant pour éviter de justesse un
tas de pierre entreposé sur la chaussée sans la moindre signalisation  :
il ne faut oublier que nous sommes au Pérou ! Fatigués , nous terminons
la soirée dans nos camping cars respectifs .

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