QUATRE VINGT HUITIEME JOUR : LE 25 JANVIER 2018

                    En se couchant à 21h30 ,on a  franchement aucun
mérite à se lever 5h30 . Ce matin on démarre tranquillement car j'ai
réussi à boucler le blog hier soir ; il faut dire qu'avec une journée de
relâche à Cuzco la rédaction était facile et courte . Après avoir trainé
un peu au petit déjeuner , je suis obligé d'aller à la réception de
l'hôtel pour pouvoir envoyer du blog ; comme nous avons quitté notre
place privilégiée dans la pelouse , nous avons perdu le confort d'avoir
la wifi plein pot au camping car ! Comme en plus j'avais rangé mon
prolongateur électrique hier , nous sommes très vites prêts . Le temps
de prendre une douche à l'hôtel et nous emboitons le pas à Roger , parti
déjà il y a 5 minutes .

                    Nous commençons par remonter de larges avenues en
direction des hauteurs de la ville . Puis tout à coup, je me retrouve en
sens inverse sur l'une d'entre elle : en fait nous aurions dû sortir
certainement de cette quatre voies par une petite porte à droite .
Résultat je me retrouve nez à nez avec deux voitures en face ! Pas
facile la manoeuvre pour sortir de ce guêpier en marche arrière, au
milieu de la circulation déjà assez dense et avec le mauvais esprit des
Péruviens au volant,pour une fois  qui peuvent coincer un gringo ! Dès
que  la situation  est rétablie , nous retombons sur nos pattes et nous
voilà de nouveau sur un grand axe en direction des hauteurs de Cuzco
;malheureusement , petit à petit l'avenida se transforme en simple rue à
deux voies , puis se met à tourner à droite , puis à gauche et ainsi de
suite...  Le GPS ne tarde pas à déclarer forfait  ! Il ne nous reste
plus que notre bon sens et aussi beaucoup de chance pour sortir des
favelas aux ruelles étroites , très pentues et encombrées de tas de
fruits et de légumes , de camionnettes à moitié démontés et de
triporteurs à moteur qui doublent à droite ou à gauche selon leur
fantaisie . Et je ne parle pas des piétons qui bondissent devant les
roues en pleine côte . Il y a aussi les énormes ornières , les plaques
d'égout qui manquent et qui laissent ouvert des gouffres béants . Un
vrai calvaire pendant une demi heure jusqu'à ce que nous retombions sur
"la route des crêtes sud" . Même si cette épreuve n'était pas drôle ,
elle n'avait rien à voir avec l'enfer que nous avions connu lors de la
sortie de La Paz . Une fois parvenus au col , nous nous laissons glisser
vers Poroy en assistant à l'installation de petits marchés aux légumes
sur les bas côtés  : en plus des végétaux habituels nous voyons de
vieilles péruviennes vendre des brouettes entières ou de grands paniers
d'orge présenté avec la tige et les racines : Juan nous avait expliqué
que c'était pour nourrir les cochons d'Indes , les fameux "cuy" tant
prisés par les autochtones .

                Après avoir traversé Poroy , nous prenons la direction
de Abancay situé à 160 bornes .La route regrimpe alors à flanc de coteau
pour nous offrir une série de magnifiques panoramas sur les profondes
vallées qui se croisent et sur tout une série de petits villages
éparpillées au milieu du patchwork des champs de pommes de terre , de
colza , de maïs et de quinoa . Ici ,on exploite aussi beaucoup les
eucalyptus ,que l'on utilise pour les charpentes ou comme bois de
chauffage . Comme en Sibérie avec les bouleaux , les autochtones coupent
les grosses branches des eucalyptus en ayant soin de laisser une souche
importante pour assurer la repousse . Janette nous a dit hier que la
route Cuzco-Alancay s'appelle aussi "la route des milles virages" :la
réalité est à la hauteur de sa réputation : on pourrait aussi l'appeler
"un virage tous les cent mètres" , ce ne serait pas exagéré ! Aussi nous
sommes obligés de nous arrêter pour réparer la fermeture du barre qui
s'ouvre  et se ferme dans chaque lacet !Je ne vous explique pas
l'ambiance à bord avec Dominique qui s'accroche comme elle peut pour
aller le refermer !

                Arrivés au joli village de Limatambo ,nous arrêtons
pour acheter des fruits et des légumes dans une petite tienda où nous
rejoignent Monique et Jean Marc : nous trouvons quatre beaux avocats
bien murs , des bananes et un ananas rouge , le tout pour 15 solés soit
4 euros ! En discutant avec la taulière et deux de ses clients ,nous
apprenons que le mont neigeux qui domine toutes les montagnes voisines
d'au moins deux têtes s'appelle le Salcantay et mesure entre 6 et 7 000
mètres (en réalité 6271 m) . Vue sa forme conique , il doit encore
s'agir d'un  des volcans de la Cordillère des Andes .En route nous avons
remarqué depuis déjà quelques jours un phénomène particulier concernant
les chiens ,que nous venons de comprendre ; nous avons constater à
maintes reprises que des perros attendaient couchés sur le bord des
routes au milieu de nulle part . En fait il s'agit de chien qui
attendent tout simplement leur maitre à un arrêt de bus ou tout
simplement à l'endroit où le collectivos ou la camionnette de chantier
le déposera .

                Nous reprenons la route qui continue à descendre
régulièrement en suivant un torrent pour atteindre une altitude
inférieure à 2000 mètres  (1880 m exactement )  . Voilà bien longtemps
que nous n'étions pas descendus si bas ! Là , le petit torrent se jette
dans un autre , beaucoup plus gros et plus impétueux  que nous
franchissons sur un pont métallique tout neuf ,pour commencer
l'ascension d'un col de prés de 4000 m . Nous grimpons à flanc de coteau
,enfilant virage sur virage, tout en suivant la vallée très encaissée .
Puis nous traversons une série de hauts plateaux couverts de cultures de
maïs . Plus haut encore ,c'est le domaine des herbages et des troupeaux
où nous retrouvons d'ailleurs des autochtones en habits traditionnels de
l'Altiplano alors que depuis ce matin nous ne croisions plus que des
Péruviens habillés à l'Européenne .

                   Lorsque nous franchissons le col le GPS indique
4011 m d'altitude . Nous amorçons alors une interminable descente très
raide qu'il faut négocier au frein moteur en alternant troisième et
parfois seconde lorsque les 4,5 tonnes poussent un peu trop . Nous
sommes amenés à arrêter 15 minutes au niveau d'un secteur en travaux :
en fait il s'agit simplement d'un traçage de ligne jaune mais  ici  ça
mobilise au moins 20 personnes sur 5 kilomètres , sans compter les deux
gardes armés d'un talky walky ! La descente du col se termine dans la
ville même de Abancay où une fois de plus le GPS se révèle complétement
nul ! Coincés dans d'étroites ruelles très pentues et encombrées de
voitures mal stationnées , nous finissons par demander notre route à
deux policiers qui trainent par ici . Pas un ne connait le nom de la
ville suivante sur notre route de sortie , c'est impressionnant ! Nous
continuons donc notre descente en slalomant comme ce n'est pas permis !
Puis, dès que je trouve une rue à peu prés large et d'allure
accueillante , je tourne à droite et nous commençons à remonter cet axe
qui devient par moment une avenida avec terre-plein centrale , mais qui
est capable de se transformer en piste argileuse pleine de profondes
ornières ! Aussi , lorsque le GPS se réveille et me dit de tourner à
gauche pour continuer à descendre vers les profondeurs de la ville , je
le crois ! Heureusement qu'un chauffeur de bus qui arrive en face sur
l'avénida me fait signe de ne pas m'engager par là et d'un geste très
autoritaire me dit de continuer tout droit . Après avoir traversé moult
péripéties dont un torrent qui descend à travers tout, dans la ville,
embarquant les poubelles au passage , nous grimpons un petit raidillons
et hop ,nous voilà sur la route de Nazca : c'est le premier panneau que
nous voyons après vingt bornes de traversée de ville ! Aussi , dès la
première station service , je m'arrête : ça fait six heures de volant
depuis le départ ce matin avec deux traversées de ville épouvantables et
un col à 4000 , ça vaut bien une petite pause . Pour mal faire le
pompiste  profite de mon état second  pour me refiler du gasoil bio ,
plus cher et pas très recommandé pour nos moteurs d'après Janette . Et
en plus , ils ne prennent pas la carte Visa   ,  ces clowns!

                Fatigués , nous décidons avec Jean Marc qui vient de
nous rejoindre, de trouver un coin au bord du torrent, à la sortie de la
ville . Dix minutes plus tard ,nous sommes entrain de nous régaler avec
nos gros avocats crémeux à souhait, devant les flots impétueux d'un
Urubamba bis . Puis nous invitons Jean Marc et Monique pour le café 
avant de reprendre notre route en suivant la vallée à contre courant :
c'est un peu particulier de voir les gerbes d'écume vous arriver de face
car la route est juste au niveau de l'eau . Encore quarante bornes de
zigzags et nous tombons sur le parking d'un restaurant désaffecté où
nous devons passer la nuit . Nous apprenons par l'un des Suisses , déjà
installé , que Janette serait en retard ce soir suite à des problèmes
mécaniques et à une chute sans trop de gravité de Catherina , l'une de
ses assistantes .

                    Le temps de commencer le blog , Claire et Roger
arrivent ; ils se sont attardés en mangeant en haut du col .Monique fait
un peu la sieste pendant que Jean Marc est déjà parti explorer les rives
du torrent . Vers 19h30 Janette arrive enfin . Ce soir il n'y aura donc
pas de briefing . Avec l'obscurité ambiante ,chacun s'isole dans son
camping car , histoire de faire le point sur la journée passée et de
récupérer un peu .Après le repas , alors que je suis absorbé par la
correction du blog , j'entends taper à la porte : toujours aussi
professionnelle ,Janette fait la tournée des popotes malgré l'obscurité
totale et la pluie battante ,pour nous donner quelques conseils
concernant l'étape très longue de demain  avec 370 km et pas mal de
montagne !

PS ; un petit mot personnel aux Tissot , qui ont le courage depuis
bientôt trois mois de mettre un  commentaire régulièrement sur le blog .
Merci pour cette assiduité et pour quelques corrections pertinentes .
Grâce au téléphone d'Annie Coffinet nous avons pu  enfin mettre une
image sur un nom , ce qui rend encore plus sympa et vivant cet échange
entre camping caristes !

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