TRENTE QUATRIEME JOUR : LE 2 DECEMBRE 2017''

            Ce matin , pas question de me laisser distancer par les
autres du campement comme hier ! A 5h00 tapantes je descends allumer le
chauffage et je laisse la porte de chambre ouverte pour que la chaleur
viennent jusqu'à nous . De retour sous la couette , j'emmagasine un peu
calorie pour qu'à 5h20 j'ai le courage de sauter dans mes vêtements et
de sortir l'appareil  photo en main . Personne sur  la plage de graviers
sauf bien sûr l'anorak jaune de Janette  qui dépasse déjà des
broussailles ! Une première rafale pour fixer le rose naissant sur
l'extrême pointe des sommets et je rentre aussitôt mettre en route le
café . Quelques minutes plus tard , lors de ma seconde sortie , le club
des lève-tôt est au complet ou presque puisqu'il manque Jean-Marc .
Roger se moque de moi parce que je suis installé dans mon fauteuil au
milieu de la plage . N'empêche que j'apprécie la protection du haut
dossier qui me garantit de la petite brise matinale  ,un peu trop
fraiche à mon goût . Les rayons orange du soleil levant taille en biais
les interminables parois rocheuses des "Torres del Paine" pour notre
plus grand plaisir : c'est prodigieux la magie de la lumière  et fugace
à la fois ; je crois que c'est même ça , cette rapidité ,qui en décuple 
le prix  à payer! Il est temps de retourner au camping car finir de
passer le café avant de revenir pour la troisième et dernière rafale ,
plus calme ,consacrée au reflet dans l'eau du lac .

            Après le petit déjeuner et les préparatifs d'usage, je
retrouve Roger et Jean Marc en sortant ranger mon matériel de camping ;
je leur souhaite bonne fête de Saint Eloi , en temps qu'ancien
travailleur du métal , avec un jour de retard puisque nous sommes déjà
le 2 décembre . J'apprends que Jean Marc , absent ce matin pour le lever
du soleil , était bel et bien en panne d'oreiller ; après trois nuits
d'insomnie , il faut bien récupérer un peu ! Comme hier , je propose de
partir le premier, étant donné notre manque de roue de secours .

            Nous prenons la direction de Cerro Castillo où se trouve
le poste frontière chilien ,distant d'une cinquantaine de borne . Mon
premier souci est d'arrêter dès le sommet d'un mamelon pour prendre une
photo de notre campement avec tous les camping cars rangés au bord du
lac , une façon comme une autre de faire nos adieux  au Torres del Paine
(à prononcer pa-i-né) . Partout des groupes de guanacos viennent au
devant de nous pour le salut du matin , pendant que d'autres continuent
à ruminer à moitié couché dans la position du sphinx . Un peu plus loin
un groupe de trois nandous décide de traverser à notre nez pour détaler
ensuite dans les buissons d'épineuxd'en face , comme des furies en
battant des ailes . Nous ne tardons pas à atteindre les rives du lac
Sarmiento  mais malheureusement la lumière d'aujourd'hui ne donne pas la
même qualité d'images , à couper le souffle, comme nous avions eu il y a
trois jours ! Rejoints par Roger , nous nous mettons à tirer en rafale
sur un groupe de trois condors que Claire vient d'apercevoir , juste au
dessus de nos têtes: quelle grasse , quelle élégance dans le vol ,
quelle  merveille d'exploitation du moindre courant ascendant , c'est
prodigieux de voir glisser ces magnifiques planeurs , tout de noir vêtus
!  Avec leur envergure de plus de trois mètres , ils en imposent , quand
même !

            Parvenus à Cerro Castillo , nous réglons les formalités
douanières en moins de trois minutes et deux coups de tampons, à peine !
Reste à franchir un no-man's-land de plus de 8 kilomètres avec une
superbe route bétonnée côté chilien et une affreuse piste de terre
battue , pleine de trous , côté argentin . Ici ce n'est pas la même
histoire , surtout pour nous qui tombons sur une fonctionnaire zélée qui
commence par contester notre copie de carte grise pourtant découpée aux
mesures et glissée dans un vrai porte-carte par les soins de Dominique .
Puis elle  monte à bord pour  fouiller le camping car , mais très vite y
renonce  ! Encore une demi heure de stress dont on se serait bien passée !

            Nous suivons encore 5 km de mauvaise piste  avant de
prendre à gauche la mythique route 40 , longue de 5100 km , partant
d'ici en Patagonie pour aller là-haut au nord , à la frontière
bolivienne . Malgré un premier plan d'une pampa d'herbe rase , nous
pouvons quand même admirer sur la gauche la Cordillère des Andes , 
barrière montagneuse , blanche à souhait qui semble bien s'amuser avec
les nuages . Je profite de ce retour au calme pour filer le manche à
Dominique , histoire de blogger un peu entre deux arrêts photos ,
heureusement beaucoup moins nombreux par ici . Il faut garder aussi un
oeil vigilant sur la jauge de carburant car avec plusieurs jours passés
dans le parc , nous n'avons pas fait le plein de gasoil depuis Puerto
Natales et il reste 110 bornes entre la frontière argentine et la
première pompe à La  Esperanza , qui porte bien son nom, en tout cas
,pour nous qui avons un tout petit réservoir !

            Arrivés à La Esperanza , notre premier soucis est de faire
le plein de gasoil : 66 litres sur les 70 du réservoir , mais on a fait
pire il n'y a pas si longtemps que ça ! Puis nous nous occupons de la
wifi  malgré les a priori négatifs de Janette, et heureusement ,car ça
marche super bien , puisqu'on parvient à passer 4 chapitres du blog sur
les cinq en retard : malheureusement le vingt neuvième jour ne veut rien
savoir . Et puis on reçoit la super bonne nouvelle de Nathalie qui a été
au commissariat en France et qui a résolu notre problème de carte grise
volée ! Ouf ! Vraiment un grand merci , Nathalie ! Et désolés de te
faire courir dans tous les sens avec ta grossesse gémellaire de plus de
6 mois !

            Nous reprenons la Ruta 40 sur 35 bornes à travers la pampa
pour atteindre l'Estancia Librun où nous nous installons suivis de peu
par Claire et Roger avec qui nous décidons de déjeuner en terrasse
malgré un petit  vent frais . Comme les frigos sont quasiment vides
après cinq jours sans courses dans le parc , nous mettons tout en commun
sur la table et Roger sort quand même le barbecue pour faire griller le
dernier bout de viande de son congélateur . De notre côté, c'est plus
maigre , nous avons une demi boite de Corned Beef ,deux avocats , un peu
de salade de pâtes-maïs-macédoine , des bananes et des pommes . Puis
nous prenons le café , mais cette fois de l'autre côté des camping-cars
pour être mieux protégés du vent , tout en assistant aux préparatifs de
la grillade monstre promise par Janette ce soir . Deux agneaux dépecés
sont déjà disposés en croix  dressées presque debout à proximité de ce
qui sera le gros feu de bois . Un gaucho taille déjà de grosses bûches
pour la circonstance .

            Vers 17h30 Janette vient nous chercher pour assister à la
tonte d'un mouton , préalablement ficelé par les pattes . En quelques
minutes , un gaucho armé d'une tondeuse mécanique , carrément juché sur
la bête ,semble la déshabiller de sa  toison de laine , épaisse d'au
moins 10 bons centimètres . Le patron de la Estancia Librun en personne
vient alors nous donner quelques explications ; d'abord sur ce que nous
venons de voir . Un mouton donne quatre kilos de laine par an , vendue 5
à 6 dollars US le kilo . Il y a trois catégories de moutons  en fonction
de la finesse de la laine: ceux marqués en bleu ont une très bonne laine
,chez les verts de qualité moyenne on garde les femelles pour la
reproduction , et les rouges sont rapidement vendus pour la boucherie
avec les mâles verts . Ici dans cette région , il faut compter 3
hectares pour nourrir une bête car l'herbe est rase . La  Estancia où
nous sommes possède 50 000 hectares plus 10 000 de location , soit 60
000 hectares pour 6000 moutons , 80 vaches et une bonne vingtaines de
chevaux . Puis notre hôte se présente : il s'appelle Andres  mais tout
le monde le nomme Zarucho , le petit , le court sur pattes ! Son arrière
grand père , allemand d'origine , voulait émigrer aux Etats Unis fin 19
ème siècle et pour finir est arrivé ici en Argentine . Il a commencé
comme ouvrier agricole puis en 1903 s'est associé avec un collègue pour
acheter les premiers hectares de cette Estancia . Malade , au bout de
quelques années il est reparti en Allemagne pour se faire soigner et est
revenu marié avec la fille de son médecin . Le fils de cet émigrant , le
père de Zarucho, a  racheté la part de l'associé et a agrandi le domaine
qui a compté jusqu'à 20 000 têtes de bétail dans les année 50 . Notre
hôte aimerait que son fils , ici présent reprenne le flambeau dans
quelques années .Puis il nous offre une dégustation de maté en faisant
circuler son gobelet et sa bambija parmi nous  !

            Nous assistons ensuite, dans un vaste enclos voisin au
rassemblement des moutons, à l'aide de chiens dressés par le petit fils
de Zarucho . Il s'agit d'espèces de Beauceron à robe noir et feu , mais
beaucoup plus petits . Une fois regroupés dans un second enclos plus
exigu , ils sont triés  en fonction de leur marque de couleur , en
passant dans un couloir étroit , fait de planches disjointes ,qui mène à
quatre petits corrals .La manoeuvre se révèle très rapide , mais pas
toujours parfaite car des bêtes  , stressées , arrivent à sauter par
dessus les clôtures .

            Il est 19h30 lorsque le maitre des lieux nous convie à
table pour déguster l'agneau grillé ,déposé en morceaux pas toujours
très bien coupés  pour les Européens que nous sommes ,sur des barbecues
de table .La viande est goûteuse mais un peu grasse pour nous , le tout
accompagné d'un buffet de crudités . Comme il fait très froid dans le
hangar où les tables ont été dressées , nous quittons les lieux vers
21h00 pour se retrouver chez les Gruffat pour une partie de Rami
endiablée qui nous mène à 23h00 . Monique est ravie , même doublement
ravie car elle joue avec son jeu et le mien  , ce qui lui permet de
gagner trois parties sur la soirée , ce qui n'est pas le cas de Roger
qui est le seul a ne pas en gagner une ! Il faut dire qu'il a tous les
neurones occupés par le compte des points où il cafouille sec  en se
trompant régulièrement de colonne lorsqu'il ajoute les points .

Commentaires

  1. Pfiou oui qu'elle aventure hein ces papiers. On retiendra une nouvelle fois que l honnêteté ne paye pas!

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  2. Super contents pour vous que le problème de cette satanée carte grise se résolve enfin !!!
    Sinon, le rami c'est bien mais il va falloir mettre les savoyards au tarot n'est ce pas Pierre
    !

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