TRENTE ET UNIEME JOUR : LE 29 NOVEMBRE 2017

            Encore une sacrée nuit de récupération  sur les rives de
la baie de Puerto Natales alors qu'hier soir c'était plutôt mal partie
entre la circulation  infernale sur la route 9 et la musique techno à
fond les manettes dans une voiture de jeunes venus se coincer entre
Christian et nous . Heureusement qu'un violent coup de tabac a
brutalement calmé nos amateurs de vacarme . Malgré tout ,à 5h30 je suis
sur le pont pour aller photographier le lever de soleil sur le bras de
mer et les massifs montagneux enneigés qui nous entourent , sans compter
le village niché au bord de l'eau .Le spectacle vaut bien le sacrifice
d'un lever matinal et surtout d'un bol d'air froid . Après les
préparatifs habituels ,nous accompagnons Claire et Roger en ville pour
trouver de la wifi, du côté de l'office du tourisme . Installés sur le
trottoir, comme des malheureux, nous avons toutes les peines du monde à
voir sur l'écran de l'ordinateur avec le soleil éclatant de ce matin .
Pour finir nous parvenons à envoyer le blog du trentième jour mais pas
celui du vingt-neuvième ! C'est encore à mettre sur le compte des
mystères de l'informatique !

            Nous prenons ensuite la route 9 qui longe la baie un
moment avant de s'enfoncer dans les terres . Malheureusement ,nous ne
trouvons pas la déviation au sixième kilomètre comme nous l'avait
indiqué Janette hier . Résultat nous continuons sur la 9 , décidés à
prendre la seconde option , plus longue de 40 km , mais beaucoup plus
photogénique d'après elle . Et puis  la météo excellente prévue pour
aujourd'hui, finit de nous aider à opter pour ce plan B . Nous
embarquons d'ailleurs dans la bataille quatre équipages suisses qui
s'apprêtaient à faire demi-tour . Nous remontons une série de larges
vallées glaciaires à fond plat encastrées entre de jolies montagnes
couvertes de neige dont l'une d'entre elles a un profil particulier avec
une table rocheuse très élevée surmontée d'un chapeau chinois tout blanc
. Nous continuons en ligne droite jusque Cerro Castillo où deux gauchos
montant des chevaux presque sauvages nous coupent la route . Leurs
montures n'ont pas l'air commodes car ils ont bien du mal à se maintenir
dessus , surtout quand ils essaient de rentrer dans une espèce de corral .

            Après avoir pris  à gauche en direction de Torres del
Paine , nous tombons sur une alternance de tronçons de route pleines de
trous et de pistes souvent en tôle ondulée et pleines de poussière .
Nous commençons à grimper sérieusement en contournant la Sierra del Toro
. Après les moutons disséminés dans la lande d'herbe rase , maintenant
ce sont des bovins qui peuplent d'immenses enclos pendant que le long de
la route les guanacos viennent voir les voitures passer . De vrais
oisifs créés juste pour brouter de l'herbe et contempler le monde
béatement .Un groupe de nandous  n'hésitent pas à  les attaquer  à grand
coups de bec pour se frayer un chemin parmi eux . Sur notre gauche ,un
massif  montagneux couvert de glaciers retient notre attention plus
particulièrement du fait de sa prestance ,depuis de nombreux kilomètres
; il faut dire qu'il est bordé sur sa droite par un rideau d'aiguilles
rocheuses offrant des parois verticales à faire frémir les alpinistes
les plus aguerris .Nous apprendrons ensuite par Janette qu'il s'agit
des  fameuses trois tours du Torres del Paine .  Et tout à coup , après
avoir franchi un haut de côte avec la piste , nous plongeons vers le lac
Sarmiento ,dont les eaux bleues outremer , voir bleu de Prusse ,offre un
premier plan sublime au pied de cette chaine montagneuse : c'est à
couper le souffle !

            Après un long arrêt photo ,  ça vaudrait même mieux que
ça , comme de faire étape par exemple ,nous reprenons la piste de
caillasse pour manger encore plus de poussière que tout à l'heure . Nous
franchissons alors un pont qui enjambe une large rivière aux eaux
boueuses , et là nous commençons  réellement une ascension en lacets
jusqu'au poste des gardiens de l'entrée  nord du parc Torres del Paine :
après avoir acquitté les 21 000 pésos par personne de droit d'entrée  et
rempli des paperasses en double exemplaire , nous nous rencardons sur la
route à prendre pour nous rendre au camping Péhoé . Dans un premier
temps la fille du bureau me fait peur en m'expliquant que l'on ne  peut
pas s'y rendre avec le camping car , qu'il faut laisser celui-ci sur la
berge d'un lac  et prendre un  bateau pour l'atteindre  ! Voyant ma
figure décomposée , Dominique me conseille de m'adresser directement aux
gardes en uniforme installés un peu plus loin, qui me réconfortent 
aussitôt : "si , si  senor , toma la pista a la izquierda , vienti y
siete kilometros  de aqui ! Esta bien ! Muchas gracias !",

            Aussitôt la piste de plus en plus mauvaise, se met à
grimper sévèrement , découvrant des paysages à couper le souffle à la
sortie de chaque virage ou au sommet de chaque raidillon . Des chaines
neigeuses , des lacs de toutes les nuances de bleu , des torrents qui
écument . Nous ne savons plus où donner de la tête . Impossible
d'avancer dans de telles conditions tant les arrêts photos se
multiplient . Nous en avons presque mal à la tête , comme lorsque nous
étions abasourdis par le vent . Je commence à comprendre ce que veut
dire le  mot "trop" ! Même la végétation s'en mêle : c'est le jaune de
mini genets ratatinés par le vent, le rouge d'arbustes épineux , le vert
tendre d'une espèce d'herbe piquante qui forment des touffes en forme de
coussins , des joncs marrons qui ondulent dans le vent sur le bord des
petits étangs . Après avoir franchi un col  , la piste plonge en longues
portions de lignes droites vertigineuses, vers un lac aux eaux bleues
turquoises . Pendant qu'un guanaco y trempe jusqu'au ventre , d'autres
s'affrontent sur la plage , blanchis par le sel , en se bousculant 
debout sur leur arrière train ,à coup d'épaules et de pattes avant, tels
des boxeurs . Ils ont le chic pour nous faire rire , ces lamas sauvages
! Plus loin , nous en voyons un autre  , solitaire ,perché  au sommet
d'une montagne en forme de table rocheuse , scrutant indéfiniment
l'horizon !

            A peine avons nous contourné le Lago Nordenskjol en
suivant scrupuleusement ses rives rocheuses ,que nous voilà aux prises
avec le Lago Péhoé , tout aussi turquoise , mis à part qu'ici une énorme
cascade semble l'alimenter en son centre ,sur la rive d'en face . Une
fois parvenus à son extrémité sud , nous découvrons le camping où nous
devons passer la nuit . Nous y arrivons en même temps que Michèle et
Jean Marie qui eux ont suivi la route sud , plus courte de quarante
bornes pour y venir . Nous décidons de remonter en sens inverse ,vers le
point de rendez vous fixé par Janette à Salto Grande ,pour faire une
ballade à pieds à partir de 15h00 .

            Nous y retrouvons Claire et Roger , qui arrivés de bonne
heure, ont déjà fait l'excursion pédestre par leurs propres moyens .
Comme il est 12h30 ,nous décidons  avec Jean Marc et Jean Marie de
déjeuner là ,vite fait ,et de partir aussitôt  après ,sans attendre le
reste de la troupe , histoire de profiter du beau temps au maximum .
Résultat à 13h30, équipés de vêtements chauds , de gourdes et de sacs à
dos , nous attaquons le sentier à six . Il nous mène dans un premier
temps au bord de l'énorme cascade qui alimente le Lago Péhoé en son
centre .Dans le nuage d'embruns qui s'élève au dessus des gerbes
d'écume, nous pouvons admirer par moment un fugace arc en ciel, qui joue
à cache-cache au grès de la lumière du soleil . Puis à travers une forêt
de squelettes d'arbres morts , à moitié calcinés , nous grimpons en
direction du" Glacier de Francès", qui descend d'un des sommets voisins
. Janette nous a expliqué hier que c'est à cause de la bêtise d'un
suisse, pyromane amateur , il y a quelques années, que nous devons  de
traverser cette forêt d'arbres calcinés . Partout autour de nous ,  à
droite , à gauche , devant , derrière ,nous découvrons de petits lacs
aux nuances de bleu infinies . Nous serpentons parmi des massifs de
fleurs pendant que là-haut , au dessus de nos têtes , les séracs du
glacier bleuissent au fur et à mesure que nous approchons . Mais il faut
rester modeste et se contenter au bout d'une heure de marche, d'une
approche toute relative, le monstre de glace nous narguant encore du
haut de son perchoir rocheux! C'est vraiment un très beau glacier, mais
inaccessible ,pour les grimpeurs d'opérette que nous sommes .

            Une fois redescendus au camping car , nous reprenons la
piste sur sept bornes pour trouver à gauche, le camping au bord du lac
Péhoé ,où nous prenons possession d' un magnifique emplacement ,avec vue
imprenable . Pendant que Dominique profite du beau temps pour faire un
peu de lessive , je m'active pour mettre à jour le blog et  à transférer
les 360 clichés pris aujourd'hui  !! Après le briefing de 19h00 ,Janette
nous invite chez elle pour une dégustation de vin chaud qu'elle  nous
sert par la fenêtre de son camping-car ,transformé pour la circonstance
en baraque à frites .De ce fait ,le barbecue programmer par Roger tombe
à l'eau et nous partons casser la croute chacun dans nos camping car ,
la chute brutal du thermomètre nous interdisant tout idée de pique nique
en terrasse !

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