SOIXANTIEME JOUR ; LE 28 DECEMBRE 2017

            Malgré le rami corse d'hier soir chez Roger , je réussis à
émerger à 5h00 car nous envisageons d'attaquer l'ascension du géant 
très tôt ,vers 6h00 .Dominique a passé une très mauvaise nuit avec un
violent mal de gorge et ce matin elle est quasi-aphone . Elle a même
fini enroulée dans un drap de bain sur  un siège de la cabine . Aussi je
la laisse tranquille le plus longtemps possible pendant que je prépare
le café et que je commence les rangements d'usage avant de prendre la
route . De mon côté depuis hier je suis gêné par un mal des montagnes
débutant ,qui se manifeste par la tête cotonneuse sans céphalée franche
et par une certaine oppression .Monique , dans le même état , a préféré
déclarer forfait pour la partie de cartes de la veille . Connaissant son
goût immodéré pour ce genre de sport , c'est dire les désagréments que
cela occasionne !On entend  déjà des moteurs ronronner depuis un quart
d'heure et ce matin ce sont les Suisses les plus pressés .Aussi nous ne
tardons pas à les imiter , Roger en tête , suivi de prés par Jean Marc

            Nous faisons les premiers kilomètres dans l'obscurité mais
très vite une lueur rose apparait sur les sommets . La Ruta 150 suit
scrupuleusement le torrent sur quelques kilomètres avant de commencer à
grimper plus sérieusement à flanc de coteau . Les tâches de rose
s'agrandissent en descendant les pentes des montagnes là-bas droit
devant nous au fond de la vallée . Comme chaque équipage est parti selon
ses désirs ,nous voyons le faisceaux des phares balayer la nature un peu
partout dans la nuit et lorsque la route décrit une longue ligne droite
ce sont des lampions  qui se mettent alors en file indienne pour prendre
l'aspect d'une guirlande de Noël géante . L'obscurité nous accompagne
pendant la première demi-heure d'ascension et puis très vite la lumière
rose de l'aube naissante met en valeur les falaises et les rochers qui
sortent la tête des vastes champs d'éboulis . Tout doucement le lumière
devient orange : c'est beaucoup moins subtile et surtout plus commun ,
mais ça reste une magie à laquelle on ne peut pas rester indifférent .
La montagne s'abrase alors ,là-haut , tout autour de nous . Comme des
fourmis besogneuses ,nous continuons notre ascension  les uns derrière
les autres,  mais à des distances tout à fait supportables .

            Parvenus au fin fond de la vallée, barrée par un massif
montagneux imposant ,nous pivotons sur notre gauche ,pour enfiler une
série de lacets interminables . C'est à ce moment que le macadam nous
abandonne pour faire place à une piste de qualité très correcte mais qui
présente par moment des étranglements importants . Heureusement que
jusque 9h00 nous sommes sûrs de ne pas croiser un véhicule  en face, car
le poste frontière chilien est fermé la nuit . Au sommet de cette série
de rampes , nous retrouvons le confort d' une large vallée, haute , très
haute car le GPS indique  déjà 3800 mètres .Les symptômes du mal des
montagnes font également leur petit bonhomme de chemin , au fur et à
mesure que nous montons . Heureusement que le spectacle à 360 degrés
auquel nous assistons a vite fait d'atténuer le tableau ,sans compter
que la prise d'innombrables photos  se révèle une excellente
thérapeutique . Depuis que nous voyageons ,nous n'avons jamais vu une
palette de couleurs aussi diversifiée dans la nature . Sur ce flanc de
montagne ce sont les rouges qui  dominent, et qui en s'éclaircissant
donne une infinie variété de roses pour arriver presque jusqu'au blanc .
De l'autre côté, ce sont les jaunes qui tiennent le haut du pavé ,virant
au dégradé d'orange ou d'ocre au grès des pentes .Des arêtes volcaniques
se lancent  même dans les violets et les mauves . Des coulées de vert
soulignent les couloirs d'éboulis où tentent de survivre quelques
touffes d'herbes rases . Le thermomètre qui indiquait 10 degrés au
campement finit par tomber à 0 vers 4000 mètres .

            Comme tout à l'heure, au bout de la vallée, nous attaquons
à nouveaux une série de lacets où nous doublons Jean Marc , un peu
scotché dans la pente avec son Fiat 130 CV surchargé à mort . Devant,
Roger a des petits moments de faiblesse , mais rien de comparable avec
ce qu'il avait connu au PPI dans les cols de Mongolie pourtant plus bas
. Un coup je le double , un autre coup c'est lui qui repasse devant, à
l'occasion d'un arrêt photo . Nous franchissons maintenant la barre des
4500 mètres et la récompense est là ,tout au long de la pistes : des
champs de capucins en procession , c'est unique . Ce sont des séracs
,qui en fondant ,prennent la forme de pénitents blancs avec leur capuche
et l'échine courbée . C'est à couper le souffle au sens propre comme au
sens figuré car en descendant du véhicule pour tirer quelques clichés ,
je me trouve un peu poussif en  tournant autour du camping-car . Au
second arrêt, nous faisons une séance photo collective d'abord avec
Roger puis avec Jean Marc ,qui  vient de nous rejoindre . Nous
terminons  de concert les 300 derniers mètres d'ascension pour une
nouvelle séance photo devant le panneau du col , indiquant 4767 m . 50
km d'ascension dont 40 de pistes avec un spectacle inoubliable tout le
long . Janette avait vraiment raison de dire que c'est la plus belle
étape de notre périple et nous avons  une chance inouïe avec la météo,
car aujourd'hui c'est grand beau, alors que depuis deux jours le temps
était maussade .

            La descente nous fournit autant de plaisirs que la montée
quant à la qualité des paysages mais nous la goûtons certainement
d'avantage encore , enfin débarrassé du stress d'une faiblesse mécanique
ou aussi d'une éventuelle intolérance à l'altitude . Par contre arrivés
à mi-pente, nous commençons à nous faire doubler par des voitures qui
foncent à travers tout , levant d'énormes nuages de poussière et gênant
nos nombreux arrêts photos . Une fois les premiers milles mètres
d'altitude perdus en enfilant d'interminables lacets dans lesquels nous
nous saluons entre équipages d'un côté du ravin à l'autre , nous nous
mettons à suivre un torrent impétueux aux eaux écumantes parmi un ruban
de verdure .Par moment il s'enfonce dans  d'étroits couloirs rocheux
pour mieux cascader encore dès la sortie . Puis quelques kilomètres plus
bas dans la vallée ,voilà qu'il s'entoure de graviers et galets d'une
couleur encore jamais vue , offrant toute sorte de nuances de rose  avec
des reflets mauves . C'est d'autant plus fantastique que, tout le long
de cette vallée le spectacle des roches de toutes les couleurs
recommencent . Les arrêts photos n'en finissent plus .  Encore quelques
kilomètre de descente dans ce déchainement  de couleurs , et voilà que
le rio donne naissance à un superbe lac où se mirent les sommets voisins
. Son contournement est un enchantement car la piste suit les berges
juste en effleurant la surface de l'eau .

            Puis tout à coup la vallée se ressert et nous voilà devant
le poste frontière où par chance il reste juste une place pour nous dans
la cour , la barrière se refermant derrière nous . Comme d'habitude il
faut faire la queue une bonne demi-heure en compagnie de Monique et Jean
Marc pour atteindre le premier guichet . Encore des petits papiers ,
encore des tampons au cours du franchissement des trois guichets , puis
c'est la fouille du véhicule , et quelle fouille ! Il s'y mettent à 
trois et tout y passe ! Par malheur pour nous, ils trouvent 4 oeufs durs
et deux morceaux de fromage que Dominique a caché maladroitement dans le
placard de salle de bain , juste à la dernière minute ! Un quart d'heure
après ,nous voilà dans le bureau du chef qui nous explique que c'est un
délit , qu'il est obligé de faire un rapport et que demain nous devons
descendre jusqu'à La Serena situé à 60 bornes de notre lieu d'étape , 
et d'aller au tribunal pour payer l'amende dont il est incapable de nous
donner le montant . Nous avons la surprise de voir débarquer dans le
même bureau Claire et Roger accusés de transporter des herbes
aromatiques style Ducros pour la grillade ! Comme notre douanier zélé ne
parle qu'espagnol et aussi par solidarité dans le malheur , nous les
attendons pour aider éventuellement à la rédaction du procès verbal .

            Avec tout ça il est déjà 13h00 , nous décidons  donc de
finir l'étape encore longue de 85 bornes avant de casser la croute .
Nous suivons encore une magnifique vallée , toujours très colorée .
Lorsque celle-ci commence à s'élargir nous sommes intrigués par la
construction d'espèces de dalles très épaisses , répartis un peu partout
à flanc de coteau . En se rapprochant nous constatons qu'il s'agit de
vignobles couverts de filets assez dense . C'est vrai que nous arrivons
dans la région du Pisco , cet espèce de Marc de raisin qui sert de
boisson nationale . En arrivant à Vicugna , nous avons une mauvaise
surprise : nous sommes logés sur un parking d'hôtel en béton et en plus
d'un accès difficile . Comme nous n'avons plus rien à manger à bord et
qu'il est déjà 14h15 , nous décidons dans un premier temps d'aller
manger au restaurant de l'hôtel en compagnie de Claire et de Roger , on
verra le reste après .

            Vers 15h30 , nous profitons que les voitures en
stationnement dans la petite rue devant le parking sont parties pour
faire la délicate manoeuvre d'entrée .Puis, pour se changer les idées
nous allons inaugurer la piscine  , les douches chaudes ,  nous
squattons également le coin  wifi  , bien décidés à exploiter l'hôtel
puisque nous avons le désagrément du parking en béton pour y passer 2
nuits ! Vers 20h00 Janette nous invite pour une dégustation de Pisco
Sour au salon installé au second étage , sur la terrasse dominant la
ville . C'est l'occasion de mettre au point notre expédition de demain
au tribunal de La Serena avec Catherina qui nous servira d'interprète .
Pendant la dégustation nous apprenons que si nous sommes les seuls à
être verbalisés , les autres équipages ont bénéficié de fouille très
approfondis et souvent par un personnel douanier peu aimable , voir
limite agressif . Peut être travaillent-ils pour la prime en ces
derniers jours de l'année !

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