QUARANTIEME JOUR : LE 8 DECEMBRE 2017

            Hier soir , nous avons profité du repas pris en commun pour
que chacun des six équipages français donnent son programme des deux
prochains jours , histoire de ne pas s'attendre inutilement sur la route
ou à l'étape . Deux d'entre nous ( l'équipage Annie-Christian et
Michèle-Jean-Marie) ne sont pas particulièrement intéressés par les
peintures rupestres et préfèrent filer directement sur Los Antiguos pour
s'installer au bord du lac où nous devons les rejoindre le 9 décembre
ainsi que les équipages suisses et Janette .  Avec les Bories et les
Gruffat , nous comptons partir tôt pour dégommer les 220 bornes de
routes et les 40 kilomètres de piste sur la matinée afin de pouvoir
consacrer notre après midi à la visite de Las Cuevas de Los Manos ,
refaire la piste en sens inverse pour rejoindre notre camps de base fixé
à Bajo  Caracoles . Pour Isabelle et Gérard c'est encore une autre
histoire : ils visitent les grottes comme nous ,mais ensuite , grâce à
leur pick-up 4x4 , il compte continuer la piste , très mauvaise selon
Janette pour atteindre directement Los Antiguos . Il fallait donc ,
devant de tels menus à la carte ,que les choses soient dites clairement .

            Aussi ce matin , nous nous préparons assez tôt pour pouvoir
repasser à la station service de Gobernador Gregores afin d'envoyer le
blog avant de prendre la route . Pour les même raisons , Claire et Roger
nous accompagnent , suivis de peu par Monique et Jean Marc .
Malheureusement pour nous, le sacrifice est inutile . La wifi , qui
fonctionnait pourtant si bien hier soir , en a décidé autrement ce matin
, et nous repartons tous bredouilles ! C'est vraiment une galère l'accès
internet en Amérique du Sud , on a beau avoir été prévenus , c'est très
désagréable dans baver de la sorte !

            Dès la sortie de la ville, matérialisée comme souvent en
Argentine par un vaste portique , nous retrouvons la pampa désertique
d'hier : du sable , avec de vastes plages nues , des touffes d'épineux ,
un peu d'herbe rase pour nourrir les guanacos , abondants dans le
secteur . C'est amusant de les voir déambuler en files indiennes , sur
les crêtes qui dominent la Ruta 40 . Malgré tout, de ce côté , le
paysage semble un peu moins monotone du fait qu'il soit plus vallonné .
C'est d'ailleurs assez curieux de voir le contraste entre les flancs de
coteau arides  , désertiques à droite , et de l'autre coté de la
chaussée une large vallée presque verdoyante où serpente un rio qui se
divise en  de multiples bras secondaires . Sur les chapelets d'îlots
ainsi délimités , l'herbe bien verte arrive  à nourrir des troupeaux de
moutons et même de  bovins . Au bout d'une cinquantaine de bornes , la
Cordillère des Andes refait son apparition sur notre gauche et même
droit devant nous par moment , au grès des virages , pourtant peu
nombreux . Malheureusement,  le ciel un peu chagrin avec ses gros nuages
grisâtres , nous empêche , du moins partiellement , d'en apprécier la
beauté . Après une heure de bons et loyaux services au volant , je
laisse les commandes à Dominique , toujours pour les mêmes obligations
journalistiques .Et bien sûr , comme elle n'a pas de pot , du moins pour
la conduite , elle hérite d'un tronçon plein de trous !  Qu'elle se
rassure , elle n'est pas la seule à en baver , les ornières ne me
facilitent pas la vie non  plus sur mon clavier où je multiplie les
fautes de frappe par quatre ; et puis les rayons du soleil , qui en
réfléchissant sur mon écran , me font perdre la trace de mon curseur !!
Une vraie galère ! Et je ne compte pas les coups de freins brutaux pour
éviter de justesse un guanacos qui saute devant nos roues ! C'est vrai
que l'herbe est souvent meilleur dans le prés d'à côté... !

            Au kilomètre 220  , un peu après Bajo Caracoles , Jean Marc
dans l'élan de la descente loupe l'entrée de la piste de Las Cuevas , et
comme il se trouve juste devant nous  ,nous le laissons faire sa marche
arrière  en barrant la Ruta 40 ,et nous lui emboitons le pas . Au bout
de 3 ou 4 km de caillasses nous tombons sur Roger , mais en sens
inverse." Qu'est-ce-qui se passe ? J'ai été voir plus loin , c'est
mauvais , je ne veux pas risquer d'abimer le camping car avec 80 bornes
de piste pour un truc qui n'en vaut pas la peine  selon moi ! Et toi,
Jean Marc , qu'en penses-tu? A moi , j'y vais si tu y vas , Pierre ! On
ne peut pas se lancer si loin tout seul ! Ok , alors on y va  ensemble !
Où on te retrouve , Roger ? Ah , moi je vais  directement au lac
d'Antiguos ! Ok , alors à demain !"

            Effectivement la piste n'est pas fameuse ,avec pas mal de
tronçons de tôle ondulée , mais pour l'instant elle n'est pas pire que
celle d'hier .  Nous longeons le pied d'un mont qui ne déparerait  pas
dans le Parc National de Monument Valley ,avec sa table rocheuse bien
plate en guise de sommet et quelques aiguilles bien acérées qui se
dressent vers le ciel juste,  à côté comme des gardes du corps . Un peu
plus loin , après avoir grimpé sur un haut plateau , c'est un énorme
cratère sur notre gauche qui retient notre attention . Comme il est
dépourvu de tout stigmate volcanique  , cela fait d'avantage penser à 
l'impact d'un énorme météorite . Après l'avoir contourné , la piste
devient vraiment mauvaise sur quelques kilomètres ,qui paraissent bien
longs de ce fait . Puis nous plongeons  dans une vallée étroite et
sinueuse, où le vent en s'y engouffrant f,ait courir des touffes
d'herbes sèches au travers du chemin . Dominique profite de l'
enchainement de virages qui suit ,pour faire quelques clichés du camping
car des Bories, qui soulève des nuages de poussière  devant nous. Encore
quelques tronçons de tôle ondulée et nous débouchons à nouveau sur un
haut plateau, mais cette fois , nous voyons que nous approchons du but
car celui-ci est taillé d'un profond canyon auquel je ne résiste pas
longtemps ; des arrêts photos s'imposent, surtout que nous suivons le
bord du gouffre . Deux étages de falaises s 'empilent de part et d'autre
du rio Pinturas ,qui se fait escorter d'une rangée d'arbres là-bas en
bas , tout au fond du canyon . Les roches nous offrent tout un dégradé
d'ocre et de brun ,qui tranche fortement avec le  vert tendre de la
végétation, niché au fond de cet écrin minéral . C'est vraiment
magnifique et rien que pour ça , nous ne regrettons pas le sacrifice des
80 bornes de piste . Le chemin plonge maintenant , et le mot n'est pas
trop fort , en décrivant une succession de lacets pour atteindre un
petit parking installé à mi-profondeur des gorges .

            Moyennant 200 pésos par personne , et décorés d'un casque
de chantier blanc ,  une jeune guide nous  invite à emprunter  un petit
sentier creusé à même la falaise et doté d'un garde-fou en bois .Après
un quart d'heure de marche, nous découvrons sur la paroi  rocheuse, une
multitude d'empreintes de mains droites , plus souvent de mains gauches
, en positif , en négatif , en rouge , en brun , en orange , en jaune ,
en violet et même en vert  ,mais exceptionnellement . Plus loin , nous
découvrons aussi des représentations de guanacos entourés de chasseurs
de petites tailles .On voit également une ligne brisée , qui représente
une succession de montagnes , des alignement de points qui correspondent
d'après les historiens aux chemins parcourus par les chasseurs , des
tâches rondes et jaunes peintes sur la voûte des  grottes  qui
matérialisent les étoiles . Les peintures les plus nombreuses datent de
9300 ans et le site aurait été habité pendant près de 8 millénaires .
Nous marchons une heure et demi  aller et retour sans nous rendre compte
du temps passé tant c'est émouvant de voir ces témoignages humains
datant de si longtemps et surtout dans un tel cadre .L'état de
conservation , l'éclat des couleurs en dit long sur la qualité des
pigments utilisés . Monique et Jean Marc sont aussi enchantés que nous .
En quittant les lieux vers 13h30 , nous tombons sur Isabelle et Gérard
qui viennent d'arriver .

            De notre côté , nous reprenons les véhicules pour aller
déjeuner en haut de la côte , juste au bord du canyon , d'où la vue sur
le site est à couper le souffle . Après un petit coup de blanc argentin
pris chez les Bories tout en commentant la visite dont nous venons de
bénéficier , nous mangeons dans nos camping cars respectifs , le vent
gênant l'installation des salons de jardin ! Après le café , il faut se
résigner à  refaire les 44 kilomètres de piste en sens inverse que nous
dégommons en une heure et demi , comme à l'aller . Puis , une fois sur
la terre ferme ,  c'est à dire sur la Ruta 40 , Dominique reprend le
volant , direction Antiguos . En route  , elle me tire plusieurs fois de
ma frappe pour prendre quelques clichés de montagnes de toutes les
couleurs et aussi de champs de fleurs rases qui ressemblent à des
coussins . Nous roulons sur la réserve de carburant depuis  un bon
trente kilomètres lorsque nous atteignons la ville de Périto Moreno
(distante de 500 bornes du glacier du même nom ) pour y faire le plein
de gasoil et aussi passer deux chapitres du blog grâce à la wifi de la
station .

            Une fois déchargés de nos obligations  sur le net , nous
partons à la recherche de notre bivouac prévu sur les rives du lac
Buenos Aires . Un vent très violent nous crée des misères tout au long
des derniers 25 kilomètres . Sur le final , la route nous offre une
série de vues panoramiques sur les eaux bleues outremer rayées de blanc
de ce  lac géant encadré de montagnes. Pour finir , nous nous installons
sur une des premières plages, où nous retrouvons les quatre autres
équipages français , à dix mètres à peine de grosses déferlantes qui
viennent se briser sur les galets dans un bruit d'enfer . Ce soir ,c'est
apéro chez les Adèle avant que tout le monde rentre se claquemurer dans
son camping car , bien au chaud !

Commentaires

  1. On se croirait dans l'Ouest américain parfois ! Encore de bien jolis clichés ! Et que dire de cette vue du camping car sur le lac !

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

CHAPITRE 5

CHAPITRE 9

CHAPITRE 8