CINQUANTE DEUXIEME JOUR : LE 20 DECEMBRE 2017

            Encore un matin où il faut se faire violence pour
s'arracher de dessous la couette : oh la la ...! Que c'est dur ....! Et
pourtant il n'y a pas , il faut se lever , nous avons une étape de prés
de 400 bornes avec quelques points d'intérêts sur le chemin, et  puis
nous sommes attendus dans un chais  vers 16h00 pour une dégustation de
vin , alors c'est sérieux ! Par chance, hier soir j'ai eu le courage de
boucler la rédaction du  blog , alors nous sommes quand même plus cool
ce matin . J'ai même pris le temps d'agrandir quelques clichés de notre
survol du cratère du Volcan Villarica suite aux photos montrer
orgueilleusement par un suisse où on voyait des cordées d'alpinistes .
Et bien , moi aussi j' ai un paquet de montagnards et même une cordée ,
et j'en suis fier, mais comme nous avons volé une heure avant , les
nôtres ne sont pas encore sur le bord même du cratère mais à proximité
quand même .

            Après avoir pris le petit déjeuner à la chambre ,je sors
voir  Roger qui circule déjà dans la clairière où l'on entend des
ronflements , voir de véritables grognements d'ours venir de la nuées de
tentes igloo qui nous ont  littéralement envahi la veille . Je lui
explique que nous allons décoller de bonne heure pour aller essayer la
wifi de la grande station service que nous avons repéré hier  , histoire
de passer les deux derniers chapitres du blog .Pour finir le plan se
révèle foireux car même si la station  est plus moderne , elle n'en ai
pas moins démuni d'accès internet . Heureusement , à force de
persévérance Dominique finit par régler le problème en utilisant son
téléphone doté d'une carte argentine ,comme modem . Je profite  de
l'attente pour me raser et pour me débarrasser des eaux grises dans
l'égout à proximité de notre stationnement .

            Nous commençons par revenir sur nos pas jusqu'à Villarica
en longeant le lago éponyme sur lequel des nuages de brume assez denses
et plutôt blanchâtres offrent un curieux spectacle, au point que je
décide d'arrêter pour tirer quelques clichés . Arrivés en ville , nous
suivons la plage de sable noir, cent pour cent volcanique , suivie d'une
zone de marigots où les joncs se taillent la part du lion, aux côtés
d'arbres avec le pied dans l'eau quand ils ne sont pas à moitié noyés .
Et vlan , encore une série de clichés , malgré la proximité de la
maréchaussée qui semble prête à verbaliser les stationnements gênants !"
Allez , on ne traine pas , on y va!" Comme nous empruntons de grandes
artères , nous n'avons pas la possibilité de revoir les superbes maisons
en planches peintes de couleurs vives qui ressemblent à des isbas .
C'est bien dommage car je compter bien  leur tirer le portrait ce matin
, heureusement qu'hier à Curarréhué , nous en avons fait le plein . Nous
prenons maintenant la route de Témuco où nous trouvons un coin pour la
corvée des toilettes avant de reprendre l'autoroute 5 en direction du nord .

            Après quarante bornes d'autoroute ,l'heure est au choix :
on sort ou on ne sort pas, pour visiter Témuco? Pour finir, nous
continuons sagement notre route en direction de Santiago . Avant hier
Janette nous a déconseillé fortement d'aller voir le marché de Témuco à
cause du pillage des véhicules en stationnement . Nous avons un petit
pincement au coeur car nous aurions aimé y faire un pèlerinage trente
cinq ans après .Aussi nous évoquons nos souvenirs à voix haute dans le
camping car quand nous avons fait sensation en entrant  dans un bistrot
mapuche :quatre gringos au milieu des indiens ,tout le monde s'arrête de
parler , vingt têtes se tournent ,quarante yeux se dilatent , un seul ,
typé à mort avec sa longue crinière qui lui tombe sur le dos , debout le
long du bar , reste imperturbable : c'est Paul Newman dans Humbre , vous
vous en souvenez forcément , un moment grandiose du Cinéma Americain. Il
regarde ,droit devant ,sans regarder,les paupières sont baissées ,tout
en regardant ,car on se sent  pénétrer jusqu'au fond de l'âme ! Il a dû
travailler des mois la dessus , le Paulo , pour faire passer çà à
l'écran .Par chance , nous l'avons vécu une fois ,  en chair et en os ,
mieux vaut rester sur cette impression plutôt que de tout gâcher . Le
plus dur , c'est peut être pour Dominique qui avait franchement eu le
coup de foudre de sa vie ce jour-là , et qui , sait-on jamais aurait pu ...!

            Par chance le grand beau est de retour , ce qui nous permet
de continuer à admirer la chaine de volcans ,qui défilent sur notre
gauche ,derrière une première ligne de petits monts couverts de forêts
de sapins .Dominique a lu quelque part ,qu'il y en avait plus de deux
mille six cent  de répertoriés dont  une soixantaine  sont encore en
activité !  Je passe le manche à Dominique car j'ai envi de taper un peu
comme cette après midi nous risquons d'être occupés , je n'aurait guère
le temps de bavarder avec vous . Et bien sûr , à peine ai-je l'ordi dans
les mains ,qu'il faut s'arrêter en catastrophe parce qu'un voyant
représentant le panneau attention (un triangle avec un point
d'exclamation)  vient de s'allumer au tableau de bord  : il faut aller
chercher le bouquin Mercédes dans la soute . Après un quart d'heure de
stress dont on se serait bien passé  , nous nous rendons compte que
c'est le système ASR qui est neutralisé : c'est ce qui permet de réduire
ou non l'adhérence des pneus au sol comme dans le sable , les graviers
ou la neige . En fait c'est de ma faute car tout à l'heure; en appuyant
sur le bouton du warning, j'ai dû neutraliser l'ASR qui est juste à côté
. Décidément tous ces voyants , sensés nous faciliter la vie , nous
occasionnent souvent pas mal de décharges d'adrénaline !

            Plus on approche de Los Angeles (rien à voir avec son
homonyme des States) plus nous voyons des zones de défrichage et de
plantation de  vignes , exploitant au maximum l'orientation plein sud
des coteaux disponibles . Puis, le premier plan encore montagneux ,cède
tout doucement la place à une plaine où alternent champs de maïs et gras
pâturages où paissent des troupeaux de vaches rousses .Au bout de près
de trois cent bornes ,nous sortons de l'autoroute comme prévu , pour
aller voir la plus haute chute d'eau du Chili , le Salto de Laja ,
située à quelques kilomètres de là . Bien qu'elle soit jolie , la pauvre
a beau y mettre du sien en plongeant d'une falaise parmi les arbres, sur
trente à quarante mètres de front , elle parait vraiment pâlichonne
après Iguazu . Résultat en un quart d'heure la visite est pliée et bien
qu'il soit déjà 12h15 , nous décidons de finir les 90 bornes de l'étape
avant de casser la croute .

            Encore de l'autoroute ,mais sympathique somme-toute,
puisque  nous longeons toujours la chaine des volcans neigeux qui sert
de frontière entre Argentine et Chili ; aussi nous nous retrouvons à la
sortie Bulnes sans nous en rendre compte . Encore sept bornes sur une
petite route de campagne et nous prenons une piste caillouteuse à gauche
pour rejoindre le domaine vinicole où nous devons faire une dégustation
, prendre un repas gastronomique ce soir et y  passer la nuit . Arrivés
deuxième , nous nous installons au bord d'un pré où sèche du foin coupé
, juste à côté d'une petite rivière . Comme il fait 29 degrés , nous
ouvrons tout ce qui peut être ouvert pour essayer d'établir un léger
courant d'air , histoire de ne pas rôtir pendant le déjeuner .

            Comme prévu nous faisons le briefing vers 16h15 sous
l'auvent de Jean Marc à cause du soleil puis Janette nous emmène pour
une visite du chais . Louis , le patron des lieux , un suisse d'origine
venu s'installer ici il y a une vingtème d'années possèdent 27 hectares
de vignes .Outre les cépages habituels , cabernet , cabernet-sauvignon ,
pinot noir , syrah , il possède du carménère : un vieux cépage vient du
bordelais d'où il est disparu complétement suite à l'épidémie de
phyloxera qui a sévi en Europe et qui est totalement inconnu au Chili :
certains pensent que c'est l'isolement du pays derrière la Cordillère
des Andes qui l'a protégé, d'autres dise que c'est l'eau d'ici , riche
en sels de cuivre qui est à l'origine de cette préservation . Puis notre
hôte , certainement enchanté de pouvoir parler sa langue natale, se
lance dans un monologue  interminable de deux heures que Janette a
quelque fois bien du mal à nous traduire du fait que c'est du suisse
allemand et que beaucoup de termes techniques émaillent sont discours .
Nous apprenons aussi qu'il vend 50 % de sa production en Suisse et que
le vin chilien ne vieillit pas beaucoup au delà de 10 ans . Puis nous
passons à la dégustation : d'abord un blanc-rosé , vieilli en fût de
chêne pendant deux ans qui date de 2007 . Avec Dominique nous le
trouvons excellent et très original . Son titrage à 15,4 degrés par
contre en fait d'avantage un vin apéritif . Puis il nous fait goûter un
pinot noir de 2012 que nous trouvons carrément mauvais au point que
Roger et Dominique le vide à la cuvette . Et nous terminons par un syrah
de 2012 également très sympathique , rond en bouche mais qui n'a rien
d'original .

            On nous invite ensuite à nous installer à table dans une
superbe salle de restaurant installée dans l'une des ailes de
l'exploitation . C'est la jeune épouse du maitre des lieux , chilienne
d'origine italienne , qui dirige le service de table . On nous sert en
entrée du poulpe sur canapés de pastèque avec une sauce à base de
noisette , des empanadas farcis à la viande et aux légumes , puis en
plat  un pavé de saumon aux brocolis avec une jardinière de légumes , un
pavé de boeuf garni de copeaux de fromage et de salade avec un filet de
vinaigre balsamique  dessus que j'apprécie beaucoup ; en dessert du
pana-cota  au coulis de fruits rouges et de la glace à la réglisse
décorée de fraises . Janette profite du repas pour  installer sur notre
GPS l'adresse du garage Mercédes où nous devons nous rendre demain à
Santiago pour faire initialiser notre clé de rechange de camping car que
Nathalie , notre fille , nous a envoyé de France par l'intermédiaire de
Catarina venue d'Allemagne pour épauler Janette . Puis nous achetons
douze bouteilles de Carménère , six de blancs et six de rouges .

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