VINGT TROISIEME JOUR : LE 21 AOUT 2017'

            C'est royal de dormir face au Détroit de Magellan , mais ça
se paie ! Quelle nuit d'enfer! Ballottés dans tous les sens par des
rafales  aussi violentes que tournantes , abasourdis par les hurlements
de la tempêtes et les claquements des aérateurs , sans parler des
frissons sous la couette . Même les rétroviseurs se sentent obligés de
faire l'andouille en se prenant pour des harmonicas . Quel tintamarre !
Malgré tout , la fatigue aidant , nous dormons jusqu'à 5h30 , heure
fatidique du lever de soleil . Par peur du froid je commence par tirer
un cliché au travers de la fenêtre de la cuisine mais le résultat ne me
plait pas , il faut se résoudre à sortir!! Bien sûr, au club  des
lève-tôt je retrouve d'abord Roger , puis Jean Marc qu sévit déjà sur
les rives  du Détroit de Magellan .

            Comme hier nous avions trouvé des croissants au supermarché
de Rio Gallegos, ce matin pas besoins  de dresser la table ,chacun
déjeune de son côté : Dominique dans la chambre , sous la couette et moi
dans les fauteuils avant ,tout en bouclant la fin du  blog . Pas
question de trop trainer non plus aujourd'hui ,car nous avons 360 bornes
à dégommer et surtout deux frontières à passer , le découpage de la
Terre de Feu ayant été fait un peu en dépit du bon sens ! Du fait qu'ici
nous sommes en bivouac ,dans une pâture , nous ne sommes par retarder
par le plein d'eau propre ou la vidange des eaux grises .

            Aussi dès 6h45 nous quittons le campement pour bénéficier
pleinement de la lumière chaude de l'aube et nous sommes récompensés à
la hauteur du sacrifice ! Les arrêts photos se multiplient d'autant que
le paysage devient vallonné ,avec de grandes collines couvertes d'herbes
rases , des moutons et des guanacos qui broutent partout en bonne
intelligence apparemment , de maigres rivières qui serpentent au fond
des vallées , des étangs envahis de roseaux où s'abritent de nombreux
canards . Nous arrêtons également pour discuter avec un gaucho perché
sur son cheval , le grand béret vissé sur la tête , le foulard rouge
noué autour du cou et les jambes protégées du froid par des peaux de
guanacos . Comme il se révèle très sympa ,nous lui offrons une Tour
Eiffel qui le ravie . Lors d'une de nos séances photo , un jeune agneau
perdu vient au devant de moi en bêlant comme un putois ,  pour chercher
protection . Une fois en haut du talus , juste à mes pieds , il se rend
compte qu'il s'est trompé d'adresse et le voilà qui détalle comme une
balle avec ses pattes encore un peu molles qui vont dans tous les sens !
Heureusement , un peu plus loin , nous voyons la mère qui cherche son 
fugueur de rejeton !

            Au bout de 110 bornes, nous tournons à gauche pour
emprunter une piste en caillasse , de bonne qualité au début , mais qui
très vite se transforme en tôle ondulée ,nous obligeant à réduire notre
vitesse . Heureusement que nous sommes pas suivis car nous soulevons un
énorme nuage de poussière . Nous doublons deux camping cars suisses
littéralement scotchés à 10 km/h alors que la vitesse la plus
confortable dans ce genre de situation tourne autour de 50km/h .  Bien
sûr ,on ne s'entend plus à bord et la vaisselle cliquette pas mal , mais
au moins ça évite de rebondir sans arrêt . Après trente bornes de
tape-cul ,nous tombons sur  Roger parti un peu plus tôt ce matin  , puis
sur le poste frontière chilien . Monique et Jean Marc ne tardent pas à
nous rejoindre pour  commencer les formalités douanières qui se résument
, somme toute, au passage de trois bureaux successifs . Puis nous nous
retrouvons chez les Bories pour un pause café-biscuits .

            En principe  , nous devions attendre Janette jusque 11h00
sur le parking pour effectuer le passage de frontière ensemble . Mais
comme celui-ci est  déjà fait et qu'il n'est que 10h15 , nous décidons
de continuer la piste jusqu'au prochain poste frontière , argentin
celui-la , distant de trente bornes . Nous chargeons donc Annie et
Christian , décidés à rester sur place , de prévenir Janette de notre
départ .  Nous musardons un peu le long de la piste qui offre de jolies
paysages en suivant les méandres d'une belle rivière où viennent boire
moutons et guanacos . Au second  poste frontière les choses se corsent
un peu pour nous à cause de la carte grise dont nous  ne disposons que
d'une photocopie . Pour finir quand nous sortons enfin des bureaux ,nous
avons la surprise de nous retrouver seuls sur le parking .

            Nous dégommons ensuite les 70 bornes restantes pour Rio
Grande où nous nous dépêchons de faire le plein de gasoil car notre
camping car commençait à avoir soif ,bien qu'aujourd'hui son appétit
soit considérablement diminué avec une consommation qui tourne autour de
14 litres au cent . Les trois chapitres du blog ne passent toujours pas
, aussi Dominique pense qu'il faudrait pouvoir mettre à jour notre
anti-virus . Pour cela , nous décidons de trouver un parking face à
l'océan pour déjeuner , mettre tout ça d'équerre et passer le blog .

            Cette après midi c'est Dominique qui est de conduite . La 
Ruta 3 , que nous avons retrouvé en même temps que l'Argentine , longe
d'abord la côte avant de traverser une curieuse forêts d'arbres nains ,
à moitié morts et couverts de mousses et de lichens qui pendent des
branches comme de longs cheveux volant au vent . Puis tout à coup ,
juste au dessus , parmi les nuages nous commençons à voir les sommets
neigeux de la Cordillère des Andes . Très vite , les nuages s'écartent ,
la forêt de spectres laisse la place à des pâturages et des étangs
bordés d'un tapis de renoncules . Encore une fois les arrêts photos se
multiplient .

            Nous atteignons Tolhuin vers 16h00 où notre premier soucis
est de nous rendre à la paniceria  La Union pour acheter bien sûr du
pain , des croissants mais aussi du chocolat de fabrication maison qui a
l'air très sympathique . En traversant le village , nous admirons les
maisons en rondins ou en planches , peintes de couleurs vives ,comme
dans les pays nordiques .Puis nous descendons vers le lac pour trouver
le camping installé sur le rivage de galets . Celui-ci  est tenu par un
original , qui tient beaucoup de notre"Facteur Cheval" d'Hauterive , à
en juger par toutes les installations qui peuplent le campement . Il y a
même une tour de guet d'où le panorama sur le lac bleu turquoise entouré
de monts neigeux est magnifique . Une fois installés dans une petite
alvéole gazonnée , nous allons faire une ballade le long du lac pour
tirer le portrait de toutes ces jolies maisons de bois . En nous
promenant nous discutons ensemble des différences flagrantes que nous
avons constaté entre le Chili et l'Argentine . Aux maisons inachevées
avec des fers à bétons qui dépassent partout , des carcasses de voitures
rouillées qui s'empilent dans les jardins en Argentine , le Chili répond
par des habitations coquettes , fraichement peintes , des tas de bois
bien rangés , des pelouses tondues , des clôtures impeccables . Pour ce
qui est de la qualité des routes , c'est le même constat .L'Argentine
nous laisse l'impression d'une fatalité de la misère , d'une
installation durable dans la médiocrité ! Macri , le nouveau président
pourra se relever les manches pour redonner un élan à son pays ! Où est
le  dynamisme que nous avions constaté il y a plus de trente ans ..
lorsqu' Alfonsyn venait de gagner les élections au suffrage universel et
de mettre les colonels corrompus derrière les barreaux !

            Ce soir , Roberto notre hôte , sculpteur , poète , peintre
, inventeur , tenancier de camping , enfile le tablier d'asado pour nous
préparer une grillade monstre . En fait de tablier c'est en combinaison
rouge , un peu dans le style des bagnards américains qu'il officie
devant un monstrueux barbecue , construit de ses mains , bien sûr !
Janette , aidée de ses deux assistantes ,Maria et Andréa , ont préparé
de vastes salades et un dessert : une banane cuite au four, dans sa
peau  fendue pour pouvoir y ajouter un peu d'alcool local type Alexandra
.. Personnellement je me régale avec le pavé de boeuf admirablement
grillé par Roberto , accompagné d'une grosse saucisse ; pour ce qui est
du  boudin noir , je fais l'impasse , et d'un avis général , je ne
manque rien . Et bien sûr , notre Roberto  ,toujours aussi polyvalent,
mute maintenant en DJ  , aussitôt assisté par Monique ,pour finir la
soirée en dansant devant l'énorme cheminée , construite de ses mains
également ! Les équipages français remportent la palme avec 100 % des
effectifs sur la piste alors que les Suisses tournent péniblement à 30 %
malgré les efforts de Suzy et de Urs  pour faire fondre la glace .

PS : Aujourd'hui j'adresse personnellement  à ma petite  fille Charlotte
une photo de la mascotte du camping car , un petit pingouin en pluche ,
que nous lui donnerons lors de notre retour . De gros bisous   par le
net en attendant mieux !

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