VINGT DEUXIEME JOUR : LE 20 NOVEMBRE 2017'

            C'est bien la première nuit que nous passons au calme
depuis bien longtemps ! Pourtant nous campons quasiment sur la plage ,
mais  nous sommes abrités par une succession  de haies d'arbustes qui
nous protègent du vent de terre, pourtant encore bien violent . Mais de
ce fait ,pas de réveil en douceur par le bruit du ressac , nada ,  le
vent porte en sens inverse . Comme nous avons une grosse étape au
programme avec prés de 500 bornes devant le pare-choc ,pas question de
trainer au lit pour prendre le café ,on installe directement la table
pour le petit déjeuner . Mais malgré tout, on prend quand même le temps
de faire le plein du réservoir d'eau et ça se révèle une opération
délicate : une fois déroulé , je constate que mon tuyau est trop court
..Puis ma voisine , une suisse germanophone , me propose gentiment
d'utiliser le sien puisqu'elle vient de terminer la même opération .
Malheureusement la pauvre,  en voulant ouvrir le robinet,  voilà que
celui-ci lui reste dans les mains et vlan!  c'est parti pour une douche
glacée de la tête aux pieds! Et comme j'ai 230 litres à remplir , et
avec un faible débit  de surcroît ,  l'infortunée, après la douche voilà
qu'elle se tape une attente prolongée . Aussi ,pour la dédommager de son
dévouement, je lui offre un porte-clé Tour Eiffel qui la ravie ! Et
pendant que je me prélasse en discutant  avec ma bienfaitrice , Roger ,
Jean Marc et Christian , telles des fourmis besogneuses font des vas et
viens incessants chargés de leur arrosoir !! Dominique , de son côté ,
n'hérite pas de la même chance avec la wifi du camping : c'est d'autant
plus ennuyeux que nous avions deux articles à transmettre .

            Malgré tout , nous parvenons à partir vers 7h00 et dès
la sortie de Puerto San Julian nous nous accrochons comme une tique au
cul d'un bus à étage, qui nous protège  doublement du vent :c'est
indispensable pour nous car le compteur affiche une consommation à 23
litres au cent !! Grâce à notre bouclier , après 130 bornes ,j'arrive
péniblement à la baisser à 20 litres !Très vite, entre le chauffeur du
bus et nous s'installe une  certaine complicité; il nous materne
littéralement en nous prévenant des dangers , styles trous en formation
, grandes descentes , ralentissements , en allumant ses warmings . Le
seul inconvénient est qu'il roule un peu  trop vite pour nous, sur cette
Ruta 3 toujours aussi déformée . Avec 110 km/h affiché en permanence ,
il nous procure une moyenne comme jamais  nous avons eu, à plus de 80
km/h ! Pas étonnant qu'il se dandine d'un pied sur l'autre avec les
rails de la chaussée , toujours aussi profonds : ça lui donne vraiment
la démarche du pingouin et ce qui est d'autant plus drôle , c'est que
derrière lui nous en faisons autant, ainsi que Monique et Jean Marc, et
bien sûr Esther et Urs qui profitent de la combine depuis moult
kilomètres .  Une vraie file indienne de manchots qui partent pour la
pêche en traversant la plage !  Aussi quelle déception lorsque notre
bienfaiteur nous abandonne à la sortie de Piedra Buena !

            Là , après avoir traversé le Rio Santa Cruz sur un grand
pont , nous retrouvons un autre bienfaiteur en la personne d'un gros
camion porte conteneur, mais moins coopérant celui-la . Bien qu'il
pratique la tactique de l'élastique , accélérant à plus de 110 par
moment , ou ralentissant sans raison à d'autres pour nous décourager ,
nous persévérons quand même sur 120 bornes . Mais  malgré tout vers
10h00, je suis bien content de voir le camping-car de Claire et Roger
stationné au pied d'un bouquet d'arbres , en bas d'une grande descente ,
pour faire la pause café . Pour finir, on se retrouve à six chez Jean
Marc et Monique ,après avoir photographié un combat acharné entre deux
oies , décidées à protéger leur progéniture respective .

            Dès que nous reprenons la route , nous traversons une
zone beaucoup plus vallonnée avec des monts pelés couverts d'herbes
rases et de petits buissons d'épineux éparpillés , faisant irruption
comme des verrues à même la pente . Au fonds des vallées, on longe des
zones marécageuses  , paradis des joncs et des canards en tous genres
,offrant  aussi parfois l'hospitalité à quelques petits groupes de
flamants roses . Depuis le départ nous voyons énormément de carcasses de
guanacos , abandonnées sur les bas côtés , victimes de la circulation ;
il faut dire que lorsqu'ils traversent au nez et à la barbe d'un camion
,ils ne font aucun effort pour presser le pas , les bougres , c'est au
véhicule de ralentir : après tout, ce sont quand même eux les plus
anciens occupants de la région !

            Par endroit la pampa se fait encore plus pouilleuse que
d'habitude ; les épineux  , de plus en plus maigrichons laissent la
place à de simples touffes d'herbes folles qui ondulent dans le vent
comme de véritables vagues , et puis ce sont carrément des plages de
sable qui leur offrent une alternance . Les rafales  de vent soulèvent 
alors celui-ci en volutes pour mieux le déposer  un peu plus loin en tas
au niveau des glissières de sécurité, le long de la route .Vers midi
nous atteignons Rio Gallegos où  notre premier soucis est de faire le
plein de gasoil dans la première station de la ville . Déjà pas mal
d'équipages suisses sont aux prises avec les pompistes qui font
manoeuvrer les véhicules dans tous les sens , anarchiquement, car
beaucoup de pompes sont à sec ! Il était temps que nous arrivions car
j'en mets 65 litres alors que nous n'avons fait que 350 km . Puis nous
essayons de passer les deux  derniers articles du blog  sans plus de
résultat que ce matin au camping .

            Ensuite nous allons faire quelques courses au magasin
Carrefour , tout proche . Pour quatre bricoles, nous nous tapons une
queue de 3/4 d'heure , c'est dur ! Puis nous reprenons la RN 3 sur une
cinquante de bornes car nous voulons casser la croute prés de Laguna
Azul , un lac situé à 4 km sur la droite  . Après avoir traversé des
faubourgs lépreux à souhait , nous  nous enfonçons dans une plaine d'où
surgissent par-ci par-là des cônes volcaniques anciens ,  un peu comme
des terriers de taupe dans une pelouse . Il est 14h00 lorsque nous
attaquons la petite piste sur la droite qui mène à un lac , aux eaux
bleues turquoises, occupant le fond d'un cratère . Sur les bords ,des
masses de lave figée ont pris des formes de trölls qui semblent danser
une farandole en se tenant par la main .

            Après un repas rapide, où nous essayons de consommer ce
qui ne pourra pas passer la frontière chilienne , des tomates et des
oeufs , nous finissons les quarante dernières bornes argentines pour
attendre Janette sur le parking de la douane en sirotant un café à bord
de notre camping car en compagnie de Claire et Roger , Monique et Jean
Marc ayant été retardés par l'achat d'une  seconde couette, plus chaude
.. Lorsque tout le monde est enfin arrivé  vers 16h00 et que les bureaux
ouvrent , nous attaquons les formalités douanières . Au premier bureau
,l'employé oublie de nous donner un papier et au troisième , il se
trompe en recopiant le numéro de notre passeport . Par chance la fouille
du camping car se déroule sans encombre . Il n'y a plus qu'à avaler les
20 bornes qui restent pour atteindre le fameux Détroit de Magellan . En
route nous ne manquons pas d'arrêter pour tirer le portrait du panneau
indiquant "Fin del Mondo  Ushuaïa 590 km", c'est royal ! Puis nous nous
retrouvons avec Roger et Jean Marc , vêtus comme des trappeurs , pour
aller faire quelques photos du Détroit de Magellan et du ferry qui
chargent inlassablement des flots de camions .Nous tirons également le
portrait d'un tatoue qui au grand mépris de tout le monde , traverse la
cour d'un entrepot voisin . Bien que ça ne soit pas spécialement vif
comme animal , je ne parviens qu'a le prendre de dos au cours de sa
fuite !Dommage !,

            Comme il faut attendre jusqu'à 19h30 pour prendre le
ferry et qu'il fait glacial dehors , Janette nous propose de faire le
briefing avec les talkies walkies en restant chacun à bord de son
camping car . Elle nous annonce qu'il a neigé à Ushuaïa et que les
montagne voisine sont toutes blanches , ça promet pour nous qui avons
déjà du mal à supporter le vent glacé d'ici ! Puis il y a encore un
nouveau contre-ordre , on part à 20h30 à cause de la marée qui est trop
basse pour charger les camping-cars ,avec des portes-à-faux arrières
trop longs ,qui risquent de frotter lors de l'embarquement, n'est-ce-pas
Roger ! . La traversée dure 45 minutes pour un tarif de 33 dollars US .
Bien qu'il fasse un froid polaire, nous montons sur le pont supérieur
pour faire quelques clichés du soleil couchant sur le Détroit de
Magellan et aussi de nos véhicules ,alignés en rangs d'oignon, sur le
pont inférieur .

            Nous nous installons ensuite dans une pâture ,juste à
côté du débarcadère ,pour y passer la nuit et aussi pour boire un coup
en l'honneur de notre arrivée en Terre de Feu .

Commentaires

  1. Traverser le détroit de Magellan ça doit rester un grand souvenir ! Profitez au maximum et merci de nous faire partager cette belle aventure avec ce blog !

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  2. félicitations pour ce blog très détaillé , c'est du travail !

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  3. Je rattrape doucement mon retard de lecture!!! En effet le passage du détroit ça doit être qqch!

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