TRENTIEME JOUR : LE 28 NOVEMBRE 2017'

                Encore une nuit calme , sans rafale pour nous secouer ,
au beau milieu d'une clairière dominant le Détroit de Magellan , pas
étonnant qu'aujourd'hui aussi on joue les prolongations jusqu'à 6h00 .
Je pense qu'après un mois passé à bourlinguer dans tous les sens , le
besoin d'un peu plus de repos s'impose d'office . C'est un âne qui s'est
mis à braire brutalement de je ne sais où qui a donné l'alerte . Mais
aujourd'hui , pas de panique ,le site des bateaux de Magellan n'ouvre
qu'à 9h00 , résultat on prend le temps de faire griller le pain ,
d'autant qu'il est moyennement  bon ici en Argentine ! Lorsque je sors
pour saluer Roger et demander à Jean Marc s'il est intéressé par le
petit crochet par le port , je suis surpris par la douceur de l'air .
C'est l'absence totale de vent  qui donne cette impression parce que
malgré tout ,le thermomètre reste assez bas avec 7 degrés tout juste. 
Comme nous sommes  prêts relativement  tôt, nous décidons de partir 
quand même et d'attendre devant le site .

            Installés en face du  portail fermé, on en profite pour
prendre une bonne douche chacun notre tour ,puis le gardien nous fait la
surprise d'ouvrir une heure plus tôt que prévu ; déjà depuis l'extérieur
nous avons le souffle coupé par la beauté de la coque ronde et  vernis à
souhait . D'entrée nous sommes surpris par la petitesse de l'embarcation
pour faire un aussi long parcours et aussi la hauteur impressionnante
qui  devait lui donner un manque de stabilité . Moyennant 3000 pésos par
personne , soit 5 dollars US , le gardien nous confit un petit
magnétophone qui nous fournit pas mal d'explications concernant les
difficultés rencontrées pour reconstruire la Victoria , le plus
fidèlement possible .Avant de grimper à bord , nous admirons les deux
mats dotés d'une espèce de tonneau à leur sommet , servant de poste
d'observation pour la vigie et l' écheveau d'étais , de haubans et
d'échelles de cordée tendu sur chaque bord pour les maintenir verticaux
contre vents et marées . Après avoir franchi le plat-bord d'une hauteur
respectable pour empêcher les paquets de mer de balayer le pont , nous
tombons nez à nez avec l'ancêtre du fameux moulin à café : c'est un
grosses poulie à axe vertical qui ,moyennant des manches de bois  que
l'on y enfonçait et surtout de l'huile de coude pour la faire tourner,
qui permettait de hisser les voiles et de les étarquer , surtout lorsque
le vent forcissait . Des lignes de quilles en bois plantées en rang
d'oignons le long du plat-bord servaient de taquets-coinceurs pour
bloquer les drisses et les écoutes . Le château arrière possédait deux
niveaux : le premier , ouvert vers l'avant abritait un  atelier de
réparation en tout genre avec un établi de menuisier à tribord et la
cuisine avec son  poêle et son four à pain à bâbord . Le centre était
traversé par l'arbre de la barre franche qui commandait le gouvernail en
passant par une ouverture dans le tableau arrière . En montant
l'escalier latéral à claire-voix , on arrivait au second niveau fermé
celui-là par une porte ,qui donnait accès à la cabine de Magellan,
équipée d'un lit à baldaquin et d'une table à cartes avec un ancêtre de
sextant et de compas . Au dessus , se trouvait le pont arrière d'où on
accédait au second mat et aux voiles arrières . Le château avant ne
possédait lui ,qu'un niveau , grand ouvert vers l'arrière : on y
stockait des vivres , des tonneaux contenant l'eau de boisson et où
s'abritait les hommes de quart . Sur le pont principal est aménagé une
descente protégée par un caillebotis avec deux escaliers successifs car
il y a deux niveaux de cale : le premier servait de chambres aux
matelots qui dormaient dans des hamacs pendus au plafond , le second
permettait de stocker des vivres et de l'eau ; on y trouvait aussi de
grosses pierres  qui servaient de leste pour la stabilité du bateau . On
a peine à croire qu'une cinquantaine  d'hommes d'équipage pouvait vivre
dans un espace aussi réduit pendant plusieurs années . Pas étonnant que
Magellan ait eu à résoudre le problème d'une mutinerie !

            Nous allons ensuite voir le Beagle , goélette anglaise qui
abrita Darwin lors de son voyage d'étude autour du monde . Là , il faut
se contenter de l'extérieur , l'intérieur étant en cours de construction
. En sortant du site , nous tombons sur Isabelle et Gérard : nous leur
confions l'info que nous venons d'avoir par téléphone : Roger vient de
trouver une petite piste  à gauche de la route  de Puerto Natales ,la Y
50 très sympa qui longe la mer . Après avoir récupéré le camping car ,
nous commençons par quitter Punta Arfénas avant de repasser devant notre
campement , puis nous nous tapons quarante bornes de pampa avant de
trouver la fameuse petite piste sur notre gauche . Même si elle ne se
révèle pas toujours fameuse , avec de longues portions de tôle ondulée ,
quel bonheur de croiser ici un cavalier avec ses chiens , là un groupe
de trois lamas ou plutôt d' alpagas à en juger par l'épaisse couche de
laine qui leur couvre le dos , plus loin ce sont des nandous qui
arpentent les bas côtés en quête de nourriture . Au bout de 20 bornes ,
nous tombons sur  l'océan , ou plutôt des bras d'océan qui s'insinuent
profondément dans les terres en formant des fjords ou entourant des
chapelets de petites îles . Ici le vent a taillé les arbres d 'une façon
particulièrement remarquable puisqu'il ressemblent tous à des drapeaux
plus ou moins couchés . Nous découvrons , quelque fois de loin , les
bâtiments colorés d'Estancia entourées  de moutons éparpillés un peu
partout dans la nature .

            Après une quarantaines de bornes de pistes , nous tombons
sur une intersection qui nous inquiète un peu car il n'y a pas de
panneau . Par chance je parviens à faire arrêter une voiture
immatriculée au Chili , venant d'en  face  et aussitôt j'essaie de
m'appliquer"por favor , donde estamos aqui? Si c'est la route de Puerto
Natales que vous cherchez , c'est à droite Monsieur !"  me répond
gentiment ma chilienne d'opérette avec  un sourire narquois .Pour un
flop , c'en est un de première !! Et l'autre d'insister :" encore 30 km
et vous retomber sur la route principale macadamisée !

            Quelques kilomètres plus loin nous tombons sur deux gauchos
et leurs quatre chiens qui tentent de canaliser un gros troupeau de
bovins un peu nerveux et pas décidé du tout à dégager la piste .Après
quelques rafales de photos , nous mettons en route la Go-Pro ,pour la
circonstance . Une fois dégagés de cette obstacle ,la piste nous conduit
au fond d'un fjord où se niche le village de Rio Verde avec ses maisons
peintes de couleurs vives . Quelques bateaux de pêches , très colorés
également ,font des aller et venu  incessants le long de la côte . Un
bac apparemment assure la traversée des véhicules sur l'autre rive ,
mais peut être pas tous les jours!

            Comme la piste quitte maintenant la côte pour rejoindre la
nationale , nous décidons de chercher un coin pour déjeuner quand tout à
coup nous tombons sur Claire et Roger qui ont eu la même idée .Nous nous
installons le long de la piste , en haut d'une butte d'où nous dominons
la vallée  très verdoyante à cet endroit . Après le repas, nous prenons
le café ensemble avant de continuer notre route vers Puerto Natales .
Dès que nous retrouvons le macadam, je file le manche à Dominique  pour
pouvoir blogger un peu . De temps en temps , je relève la tête car
l'horizon se barre de plus en plus de magnifiques montagnes neigeuses ,
la  Cordillère des Andes est là , droit devant nous dans toute sa
splendeur, et nous la voyons grandir tout doucement au fur et à mesure
des kilomètres de pampa que nous nous dépêchons de traverser . Nous
atteignons maintenant une zone de petits lacs bordés de forêts d'arbres
chétifs, couverts de lichen , plus ou moins morts , qui semblent
descendre  progressivement dans l'eau, en rangs serrés .

            L'arrivée sur Puerto Natales est royale avec les montagnes
neigeuses tout autour de la ville , qui se reflètent dans la baie  d'un
bleu acier . Notre premier soucis est de faire le plein de gasoil , puis
d'eau car notre réserve,  avec les douches de ce matin, est au trois
quart vide .Ensuite ,nous nous mettons à la recherche d'un serrurier
,que nous finissons par trouver au bout d'une heure d'enquête et
quelques demi tours . Malheureusement la clé est trop épaisse et il 
avoue au bout d'un moment ne plus pouvoir rien faire  de plus pour nous
.  Nous allons alors nous installer sur un parking en bordure de mer ,
face aux montagnes neigeuses .

            A 18h00 nous nous retrouvons pour le dernier briefing avant
le parc de Torres del Pain où nous évoquons les différentes possibilités
d'accès au parc et aussi les choix de ballades à pieds en fonction de la
météo . Nous prolongeons les discussions autour d'un apéro à bord de
notre camping  car ce soir en compagnie des Gruffat et des Bories .

Commentaires

  1. Il semble que le Rescator ait trouvé chaussure à son pied sur la 3ème photo !!!!

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  2. Elle est magnifique " la Victoria " !
    Sympa ta proposition d'Estancia mais ...pitié ...surtout pas en Terre de Feu ! on n'aime pas le vent ni le froid . Pour les chevaux et les moutons, on est d'accord mais plus près de l'équateur ....
    ( surtout pas l'Alaska non plus !)
    Bonne route

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  3. Vive le vent, vive le vent !
    A vous lire, on a presque envie d'enfiler le coupe-vent et tout le toutim.
    Merci pour vos news, même si elles nous mettent un peu plus le blues ...
    et bonjour à toute l'équipe.
    Annick et François ... toujours "orphelins" de notre camping-car
    qui depuis un mois s'ennuie sur les quais de Buenos Aires

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