DIX NEUVIEME JOUR : LE 17 NOVEMBRE 2017"

            Une violente tempête de vent a secoué les grands peupliers
au dessus de nos têtes une bonne partie de la nuit, au point que nous
avions peur de recevoir de grosses branches cassées sur les camping cars
.. Déjà la soirée avait été émaillée de quelques petites averses ,mais
nous  ne pouvons décemment pas nous plaindre de la météo qui nous a gâté
jusque maintenant ,contrairement à la colonne allemande qui fait le même
parcours que nous avec trois jours d'avance ; ils n'ont pas pu voir de
perroquets sur les falaises de El Condor tant les éléments étaient
déchainés et le pauvre asado d'Azul  a dû annuler sa grillade monstre en
raison d'une pluie battante !

        Dès 5h30 c'est le branle-bas de combat chez les Adèle
aujourd'hui ,car il faut que je prépare mon second jerrican de secours
pour le faire remplir à la pompe  , avant le départ . Et comme celui-ci
est solidement ficelé au fin fond de la grande soute , je ne vous
explique pas la manoeuvre : le montagnard d' à côté va encore avoir un
sourire jusqu'aux oreilles à me voir brasser , comme il sait dire ! Nous
profitons également des services de  la station  où nous arrêtons pour
envoyer le blog avec leur wifi ; malheureusement, çà rame pendant un bon
quart d'heure et il faut deux tentatives avant  que çà finisse par
partir . Résultat , bien que nous étions les premiers à quitter le 
camping , nous voyons déjà passer bon nombre de camping cars dans le
centre de Gaiman et il est huit heure moins vingt lorsque nous prenons
enfin la direction de Trélew ! Et de surcroît nous sommes obligés de
traverser du nord au sud cette ville affreuse pour retrouver la Ruta 3
qui doit nous mener jusqu'en Terre de Feu .

            Contrairement à ce que nous avions prévu hier , nous
laissons tomber la boucle Est vers Punta Tumbo au profit de celle qui
part de Camérones où nous faisons étape ce soir ; cette option a
l'avantage de nous permettre de dégommer le plus gros  de la route avant
de nous consacrer aux colonies de pingouins . Les conditions de route
,ce matin ,sont épouvantables au point qu'il est difficile de rouler à
90km/h ; entre un vent violent qui souffle en rafale , une chaussée
déformée comme ce n'est pas permis avec des rails profonds creusés par
le passage des camions surchargés , je ne vous explique pas ce que peut
donner le doublement des poids lourds dans de telles conditions ; c'est
l'enfer , qui se termine par un monstrueux coup de raquette dès que l'on
arrive à la hauteur de la cabine . Un  malencontreux coup d'oeil au
compteur me fait prendre conscience , qu'avec une consommation à 19,6
litres au cent , nous allons avoir du mal à atteindre Camérones si ça
continue . Aussi , je me cale derrière le premier  38 tonnes venu et je
m'accroche à ses basques comme une tique . A peine ai-je gagné un point
et demi de consommation que le bougre change de direction . Et nous
revoilà soumis au ballotage et à la surconsommation, jusqu'à ce que nous
abandonnons notre cap vers le sud pour pivoter  vers l'Est , c'est à
dire en direction de la côte ,distante de soixante dix bornes !

            Bien que nous prenons le vent en travers , ce qui n'est
guère plus confortable , notre consommation baisse jusqu'à 17 litres au
cent . Un peu après la bifurcation , nous tombons sur un tatou  étalé
au  beau milieu de la route certainement écrasé par une voiture cette
nuit . Curieusement, le paysage change en même temps que notre
orientation : fini l'interminable pampa qui nous colle aux trousses
depuis quelques jours . Nous longeons maintenant une vallée où coule un 
maigre ruisseau qui doit se montrer quelques fois assez violent à en
juger par la largeur de son lit et la hauteur de ses  berges , taillées
à la verticale . Cette humidité , pourtant toute relative , a permis le
développement de bouquets d'arbres et même de pâtures où paissent des
moutons . Quelques fermes se partagent cette oasis de verdure qu'encadre
une chaîne de petits monts relativement pelés où les épineux laissent
apparaitre de larges plages de sable et d'argile couleur mastic .

            Une fois parvenus à l'entrée de Camérones , nous prenons
une  large piste caillouteuse à droite, qui se dirige vers Cabo Dos
Bahias ,distant de quarante bornes . Rapidement celle-ci se met à longer
une côte rocheuse ,où alternent caps et  criques, aux fonds desquelles
se lovent des plages de petits galets . Des bancs d'algues d'un vert
éclatant tranchent avec la déclinaisons d'ocre qu'offrent les rochers
..Une violente houle vient s'y fracasser , laissant derrière elle, son
large ruban d'écume . Un peu partout dans la baie , des brisants strient
de blanc le bleu turquoise de l'océan :  avec les rayons du soleil qui
jouent à cache-cache parmi les nuages ,  pour un peu ,on se croirait au
Conémarra ! La seul différence  , c'est qu'ici des groupes de guanacos ,
pas farouches du tout , s'approchent de la piste pour voir ce que nous
fabriquons . Nous remarquons même parmi eux un jeune,   dont  les pattes
ont une fâcheuse tendance à se dérober sous lui . Aussi nous multiplions
les arrêts photo au point que nous mettons plus d'une heure pour
atteindre l'entrée du Parc Provincial où nous entrons gratuitement
moyennant quelques renseignements concernant notre origine .

            Encore trois kilomètres de piste et nous voilà au parking
où nous retrouvons le camping-car de Claire et Roger . Un sentier balisé
permet de rejoindre la côte en face de la petite île de Moréno . Partout
autour de nous et à perte de vue ,le sol est couvert de nids de pingouin
creusés à même le sol . A l'intérieur , sur un lit de paille, les mâles
comme les femelles couvent, pendant que  leur conjoint monte la garde à
l'entrée ou part en quête de poisson vers la plage toute proche . C'est
amusant de les voir partir les uns derrière les autres , en file
indienne , en se balançant maladroitement d'une patte sur l'autre , avec
la tête qui accompagne le mouvement . De vrais petits bonshommes ,
sérieux comme des papes dans tout ce qu'ils font , sans se soucier le
moins du monde de notre présence . Il faut dire que nous ne sommes que
quatre visiteurs dans l'immensité du site . Malgré la violence du vent
et le froid , nous allons jusqu'au Cabo Dos Bahias pour voir l'océan se
fracasser inlassablement sur les rochers ocres de l'île Moréno sur
laquelle on devine une importante colonie d'éléphants de mer . De retour
au camping car , nous décidons de manger face à ce panorama grandiose,
au beau milieu des Pingouins de Magellan .Et puis de temps en temps , le
bruit du vent est coupé par le crie strident d'un pingouin , suite à un
différent entre voisins de nid ou à l'approche d'un prédateur ; on
dirait vraiment un âne qui braie  .Ils émettent également un bruit
d'éternuement qui correspond à l'évacuation de l'excédent de sel
accumulé lors de leurs exploits aquatiques. D'après le dépliant fourni à
l'entrée du parc ,chaque couple couve deux oeufs ; seul , un d'entre eux
arrive à terme , les autres sont mangés par des prédateurs, qui ne
manquent pas : les renards , les tatous , les mouettes et autres
oiseaux.. Il faut quarante jours pour voir éclore les premiers poussins
couverts de duvet . L'hiver , toute la colonie migre vers le nord , du
coté de Rio .

            Vers 14h00 nous rebroussons chemin pour prendre  une autre
piste à gauche, qui grimpe au sommet du mont le plus élevé du coin pour
offrir un panorama magnifique à 360 degrés , mais à quel prix !  Sur
quatre kilomètres, nous en prenons plein la tête, car avec la pente , la
piste a été sauvagement attaquée par le ravinement , creusant des
tranchées, de 60 à 70 centimètres de profondeur , parfois se partageant
la faible largeur du chemin  à deux  de front . Terrassée par la peur ,
Dominique ne parvient même pas à me remonter les bretelles . Pire que ça
, arrivée au sommet , elle n'a plus la force de descendre du camping car
, heureusement qu'il est bien vitré , elle bénéficie quand même du
spectacle . Puis c'est l'épreuve de la descente , peut être encore plus
délicate ,car on  ne voit les embûches qu'à la dernière minute . Je
n'ose pas imaginer ce qui se passerait si le sol , meuble par endroit,
cédait sous le poids du camping car et que les roues arrières partaient
au fond de la tranchée . Un silence pesant règne à bord jusqu'à
l'embranchement de la piste principale . En rentrant nous croisons Annie
et Christian , retardés par leur quête infructueuse d'une banque ! C'est
vraiment la misère chez les Coffinet : pas de sous , pas de gaz , pas de
téléphone ...! Voilà ce que c'est que d'être chez Free ! Heureusement
qu'ils peuvent compter sur le reste du groupe pour les dépannage en tous
genres ! Gérard et Isabelle sont  d'ailleurs dans la même situation
téléphonique et pour les mêmes raisons .

            De retour en ville , enfin ville... c'est beaucoup dire , à
Camérones en tout cas , notre premier soucis est de faire le plein de
gasoil qui est 1 péso plus cher qu'ailleurs . Puis nous gagnons le petit
port où d'autres camping cars sont déjà installés et où nous retrouvons
Claire et Roger, face à l'océan , pour prendre le café . Puis pendant
que Dominique termine son aquarelle , je m'occupe des photos , des
vidéos et bien sûr du blog . Nous avons alors la visite de Janette  qui,
faute de briefing ce soir , fait la tourner des popottes  pour nous
parler de l'étape de demain et nous encourage à charger électriquement
nos talkies walkies .Ce soir c'est apéro dinatoire chez nous ,dans le
camping car ,étant donné la météo détestable, que nous terminons avec le
gâteau d'anniversaire de Roger offert par Janette hier soir . En face ,
à quelques encablures de la plage , sur un petit îlot rocheux , nous
observons avec  les jumelles une petites colonie de pingouins , tous
tournés le dos au vent . C'est vraiment agréable d'avoir de tels voisins !

Commentaires

  1. Bonjour bonjour...
    C'est encore trop tôt pour nous pour apprécier pleinement votre blog.
    La digestion de notre immense déception est compliquée.
    Mais ça nous fera de quoi lire pour l'hiver !!
    Passez le bonjour à vos compagnons de voyage
    (en souhaitant bon courage aux Coffinet ... du gaz, nous en avons ici si besoin !!! )
    Bonne route
    Annick et François (panaméricains déçus)

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    Réponses
    1. les coffinet sont en galère , heureusement qu'il y a des St Bernard dans le groupe !!

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